Pop culture et libre associationAnalyse

Pop culture et libre association

À toi, joueur ! Oui toi, derrière ton écran, qui te demandes « qu’est-ce que c’est encore que cette chronique écrite par un hurluberlu ? ». Oui, toi qui restes sceptique lorsqu’un psy, un sociologue ou un journaliste se met à parler des jeux vidéo. Toi, oui, toi, oui oui oui. Sache que oui, je suis psychologue, oui je suis sociologue ; je suis même psychosociologue (mais pas encore journaliste). J’ai bien l’intention de te montrer que nous aussi, dans le milieu, on peut s’intéresser au monde moderne, aux gens, aux jeux, au média vidéoludique et aux jeux de société. Le Monopoly c’est très bien, mais Warhammer 40K c’est très bien aussi.

Je vous écoute…

Bref, soyons concis et intelligents. Durant ma vie professionnelle, je n’ai vu qu’un seul psychologue travailler réellement avec le jeu vidéo ; il s’appelle Serge Tisseron. J’en ai vu certains parler de Star Wars ou Battlestar Galactica, mais jamais de S.T.A.L.K.E.R. ou Mass Effect. Pourquoi ??? Je n’en sais rien. Je sais juste que moi j’ai envie d’en parler, que j’ai envie de m’intéresser à la chose. Alors allons-y, parlons de ces univers oubliés par les psys mais sollicités par le public.

Au cours de ma pratique de psychologue, j’ai souvent entendu mes patients me parler de jeux vidéo : Call of Duty, Assassin’s Creed, Minecraft, etc. Bien souvent, ils évoquaient ces sujets pour me parler d’images qui les ont marqués, de situations qu’ils ne peuvent vivre qu’à travers le média vidéoludique. Un très bon exemple : un patient hémiplégique, avec un handicap moteur assez important, qui me dit qu’il aimerait bien être fort et agile comme Ezio Auditore, c’est-y franchement pas beau à entendre ?
Certes c’est glauque, mais ça dit beaucoup plus de choses qu’un basique diagnostic de refus du handicap avec angoisse importante de castration.

Pourquoi un psy s’intéresserait aux jeux vidéo ?

Il faut admettre que si, personnellement, j’utilise ce matériel que me donne le patient en thérapie, ce n’est pas le cas de la plupart de mes collègues. À de nombreuses reprises, j’ai vu des psys rejeter en bloc une interprétation sous prétexte que le type aurait parlé des X-Men ou de Bob l’Eponge, et que du coup, ça ne leur paraît pas sérieux. Moi je dis NAAAANNNNNHHHHH ! Il faut avoir cette écoute globale, cette connaissance de la culture populaire pour entendre ce dont veut vraiment vous parler le patient. Ce pauvre homme essaie de vous expliquer ce qu’il ressent. Imaginons un homme qui a été marqué par le divorce de ses parents et qui a vu sa mère se transformer du jour au lendemain.
S’il n’a pas lu Lysistrata d’Aristophane, il peut très bien trouver une image équivalente ailleurs pour décrire ce changement radical : par exemple, Starbuck dans Battlestar Galactica (inversion des rapports de force entre homme et femme), ou Ellen Ripley (refus de la domination masculine et figure féminine persévérante). Maman veut plus se laisser faire et rentre dans le lard de Papa pour faire valoir ses droits. Ça peut paraître tiré par les cheveux, mais il faut bien comprendre que lorsqu’un patient évoque un personnage en particulier, il ne vous parle pas de la personne (à plus forte raison lorsque c’est un personnage fictif), mais des valeurs qu’elle représente. C’est la projection. Le patient ne voit chez l’Autre que ce qu’il veut voir.

Trois personnages différents dans trois univers différents, un point commun : elles imposent le respect aux hommes !

Cachez cette pop culture que je ne saurais voir !

RorschachEt bien malheureusement, il existe une tendance bien trop ancrée dans le milieu. Dès qu’un patient vous parle d’autre chose que de la littérature classique et académique (Zola, Montaigne, Ovide, ces auteurs que l’on a étudiés au lycée), les professionnels ont tendance à ne pas écouter, ou alors à ne pas prendre au sérieux les libres associations du patient. Pour information, la libre association, c’est l’apparition dans le discours du patient d’un contenu psychique inconscient transformé. Le patient rendra ce contenu acceptable par des associations avec des figures et des objets connus (ou pas) et socialement acceptables par celui qui l’écoute.
Cette méthode est à ne pas confondre avec l’interprétation libre : une projection arbitraire du patient sur des objets, comme dans le test de Rorschach. En gros, faire une libre association, c’est parler de la mort de Mufasa pour exprimer son malaise lorsqu’on a appris la mort de son propre père.

Alors pour ceux qui ont entendu parler de psychanalyse, il est vrai que Freud a beaucoup travaillé sur la mythologie. Il en a par ailleurs extrait le fameux complexe d’Œdipe, mais qu’est ce qui nous dit qu’il ne pourrait pas exister un syndrome d’Arthas, ou alors un complexe de castration de Raziel ?

razielCeci ne serait qu’un exemple mais en y regardant de plus près, la série Legacy of Kain est porteuse de nombreuses questions concernant la relation père-fils, la conflictualité et la déception engendrée par le complexe d’Œdipe. Kain n’envoie pas son fils à la mort sans raison, il sait qu’il va revenir et changer le cours de l’histoire. C’est ce qu’il se produit lorsque l’enfant passe de l’enfance à l’adolescence. Celui-ci se sent décontenancé et trahi par son père qui lui aussi a droit à l’amour de la mère (sinon, il n’y aurait pas eu d’enfant), et c’est précisément la tension qui se crée entre eux qui va pousser l’enfant à rechercher un substitut à la relation parentale fusionnelle qu’il entretenait dans l’enfance avec les figures maternelle et paternelle, notamment au travers de la bande de copains ou de la petite amie (ça, c’est de la psychanalyse).

Et bien malheureusement, parmi l’ensemble des essais de psychologie, il n’y a qu’une quantité infime qui parle de la culture populaire, et encore moins qui traite d’œuvres actuelles. Bruno Bettheleim publie en 1976 la Psychanalyse des Contes de Fées, qui se présente comme un bon début pour parler de la psychologie dans les œuvres populaires. Mais les psychanalystes et psychologues le boudent, trouvant qu’il n’est pas assez psy pour être pris au sérieux.

Serge Tisseron, également surnommé IPS dans le milieu (Impose Ton Style)

Serge Tisseron, également surnommé ITS dans le milieu (Impose Ton Style)

Un autre auteur important en la matière sera Serge Tisseron. Ce psychiatre atypique, ayant réalisé sa thèse sous la forme d’une bande dessiné (dans le milieu, on appelle ça poser ses ******** sur la table) est un des rares bonhommes à affirmer haut et fort que le jeu vidéo n’est pas addictif et qu’il pose de vraies questions de société qui ne sont pas celles que posent les journalistes ou les politiques. Au lieu d’affirmer que les jeux vidéo et jeux de société rendent violent, il préfère poser les questions suivantes : « pourquoi, alors que le choix en matière de jeu est conséquent, certains joueurs se tournent-ils vers les jeux de guerre agressifs (Call of Duty) et d’autres vers les jeux de guerre coopératifs (Red Orchestra, Full Spectrum Warrior) ? », ou encore : « le jeu vidéo ne permettrait-il pas de rendre les joueurs plus attentifs et de favoriser la concentration et l’attention ? ». Et des questions de ce genre, il en pose des quantités astronomiques.

Si vous voulez vous renseigner sur lui, n’hésitez pas à vous procurer ses publications et à consulter son blog. Une vraie mine d’or, une marque de respect envers les joueurs, mais surtout envers une génération entière qui a été nourrie avec les œuvres populaires que nous aborderons dans cette chronique.

Quoi qu’il en soit, le matériel offert par les œuvres populaires, que ce soit en science-fiction, fantasy, polar ou manga, est à mon sens assez important pour que l’on puisse, nous psychologues, y trouver un apport important pour la compréhension, le traitement et le transfert du patient. Pourquoi passer à coté ? Pourquoi snober ces œuvres riches et complexes, sur lesquelles les patients peuvent potentiellement projeter leurs fantasmes et leurs désirs. Pourquoi diable si un enfant ne se retrouve pas dans les aventures de Tom Sawyer, ne l’écouterions nous pas parler de sa passion pour Bravely Default, deux œuvres qui somme toute empruntent la forme du roman d’éducation ; au même titre que Pokémon, Final Fantasy ou Dragon Ball Z.

En somme, posons-nous ces questions :

Ces œuvres populaires, que les professionnels boudent avec ferveur, engoncés parfois dans leurs visions stéréotypées des mondes numériques et des jeux de société, forment pour les gens qui les pratiquent un terreau subtil de projection, d’introjection et de fantasmes. Pourquoi ne pas nous appliquer à chercher à comprendre ce dont parlent vraiment ces œuvres ?

Que nous raconte en réalité Pokémon ? Uniquement l’histoire d’un enfant qui devient braconnier, ou celle du passage à la vie d’adulte à travers une quête éternelle ? (Après 16 saisons Sacha n’a toujours pas fini son voyage).

Que nous raconte l’univers de Warhammer 40.000 ? Les Spaces Marines sont-ils juste de gros mecs armés jusqu’aux dents ? Ou leur histoire fait-elle écho aux pulsions infantiles ? Pourquoi les Tau n’ont-ils jamais réussi à percer ? Pourquoi les Orks sont-ils si appréciés ? Pourquoi les Tyrannides ont-ils changé de design au cours des années 2000 ?

would_youQue nous dit le premier Bioshock ? La fin du premier épisode est-elle simplement faite pour nous mettre en garde contre les méthodes de manipulation ? Que nous racontent les cités de Rapture et de Columbia ? Que disent réellement les chrosômes de l’humain ?

Call of Duty est-il un jeu intégralement fait de violence ? N’y trouve-t-on pas une place pour l’amour au cœur des fusillades et des headshots ?
Le jeu vidéo fait bon ménage avec la psychologie, quoi qu’on en dise. Il suffit juste de s’y mettre sérieusement, ce qui est encore trop rare. C’est pourquoi je vous propose, régulièrement, de décortiquer l’univers d’un jeu vidéo ou d’un jeu de société pour en tirer la substantifique moelle, les enjeux réels. Vous y découvrirez les mécanismes scénaristiques à la lumière de la psychologie et de la sociologie, nous essaierons de travailler le jeu, de le mettre en relation avec le psychisme du joueur, pour comprendre ce qu’il cache. Car au même titre que la littérature classique, les jeux vidéo et les jeux de société méritent le respect, et que le meilleur moyen de leur en donner, pour moi psychologue, c’est d’en faire un objet d’étude sérieux.
Et le meilleur moyen de vous faire réfléchir, vous lecteurs, sera de vous donner des clefs de réflexion, mais pas de vous mâcher le travail. Je vous citerai quelques auteurs, quelques essais, mais je vous laisserai aller vous renseigner par vous-mêmes, et entamer le débat dans les commentaires en dessous. Lisez, réfléchissez, apprenez, prenez position, assumez !

En gros, dis moi à quoi tu joues, et je te dirai qui tu es.

A voir aussi

15 commentaires

  1. Gael
    20 novembre 2015 à 17 h 54 min

    C’est pour ce genre d’articles que j’aime votre site.

    1. Jihem
      20 novembre 2015 à 18 h 02 min

      Et c’est pour ce genre de commentaires que nous aimons nos lecteurs.

    2. Alouxator
      20 novembre 2015 à 18 h 35 min

      Qui est le rédacteur de l’article ? :)

  2. ZoidbergForPresident
    20 novembre 2015 à 18 h 25 min

    Mmh, sujet à priori intéressant.

    Par contre et sans vouloir me fâcher avec vous: rester naturel. Parce que les « je te tutoie, c’est trop cool » et autres « tagada tsoin tsoin puet pouet je suis trop drôle je saute partout, tu vois c’est cool les psys », je ne sais pas si je suporterai bien longtemps…

    Et si vous étiez naturel…

    Et bien désolé… :P

    1. Vulcam
      20 novembre 2015 à 23 h 01 min

      Je me suis fait la même réflexion. ;)

    2. GardeSage
      21 novembre 2015 à 1 h 08 min

      Je suis assez d’accord.
      Les lecteurs de ce site ont assez de recul pour ne pas sauter à la gorge d’un psychologue qui écrirait un tant soit peu sérieusement. Je suis même presque déçu que l’article ne soit pas plus long et plus approfondi. Il y avait tellement de choses à ajouter -gardées en réserve pour plus tard, je suppose- et on a l’impression de lire juste une micro introduction, à la limite de l’offense au lectorat.

      Les générations ayant vécu à l’ère du jeu-vidéo vont progressivement prendre le pouvoir dans tous les domaines et donner enfin des avis constructifs autour du média, car ils se l’ont approprié et savent de quoi ils parlent. Comme quoi j’aurais vécu assez vieux pour voir que les mentalités finissent par évoluer.

    3. Parzival
      24 novembre 2015 à 10 h 36 min

      Moi je trouve ça bien, il réagit bien aux joueurs qui se tutoie à longueur de temps. N’allez pas me dire que quand vous rencontrez quelqu’un en jeu, vous écrivez un long paragraphe en bon François avec un vocabulaire soutenu, non, on est tous pareil.
      Pour l’exemple, dans un jeu de survie (hors serveur RP), vous rencontrez quelqu’un, vous ne dites pas:
      « Bonjour mon bon ami! Veuillez vous arrêtez et ne montrez aucune hostilité! Sinon je serais gré de vous abattre! Cordialement. »
      Non non, vous êtes comme tout le monde:
       » BOUGES PAS!!! TU BOUGES J’TE BUTE! »

      L’auteur s’est juste imprégné de cette culture de joueur et a utilisé le tutoiement avec simplicité, comme nous l’aurions fait In Game.

  3. Bruno
    20 novembre 2015 à 19 h 06 min

    Intéressant ça m’a fait penser à « La philo contre attaque », qu’il faut que je lise par curiosité d’ailleurs, même si la démarche de ce livre me semble plus intéressée qu’intéressante.

    Ça me semble bigrement compliquer de définir quelqu’un via sa ludothèque faudrait prendre chacun entre quatre yeux personne ne joue au même titre pour les mêmes raisons.

  4. marmot84
    21 novembre 2015 à 16 h 17 min

    Merci pour cet article fort intéressant mais peut être trop court.
    Il serai intéressant dans le futur d’extralife d’avoir des articles ou video présentant certains jeux d’un point de vu psycho, sociologique voir philosophique… ou des genres de jeux.
    Comment certaines histoires peuvent être mis en lien avec des références littéraires classiques, mythologiques ou autres.
    Comment certains gameplay peuvent être mis en lien avec les règles de certain jeux « classiques » ou certains comportement sociologiques.
    Comment la création d’un avatar ou un roleplay peuvent en dire plus sur la personnalité d’un joueur ou la projection d’un soit que l’on aimerai pour combler nos faiblesses, notre morale ou autre IRL…

    Encore merci Alexandre Bonhomme Deveycx et Etralife pour cet article !!

  5. Guduman
    23 novembre 2015 à 18 h 04 min

    Cette lecture fut intéressante, merci beaucoup pour tous ces articles de qualités. :)

  6. Serioussam
    23 novembre 2015 à 22 h 17 min

    Très bon article, j’attend avec beaucoup d’interêt la suite de vos publications :)
    Je pense qu’il pourrait être interessant de faire un « débat » (en live ou dans le forum par exemple) avec différent lecteurs, pour partager ce que peuvent représenter pour nous certains jeux ou autres oeuvres qui nous on fortement marqués notamment pendant l’adolescence, période pendant laquelle nous sommes en constante recherche de repères, et ou pour moi par exemple le jeux video m’as permis de trouver parfois un certain réconfort et sans lequel je serais certainement une personne bien différente aujourd’hui :)

  7. redh_nc
    23 novembre 2015 à 23 h 10 min

    Ce site a réussi à me donner de nouveau envie de prendre le temps de me poser pour pouvoir apprécier à leur juste valeur les articles que vous proposez ! Jusqu’ici c’est un carton plein ! ça fait plaisir de trouver un véritable contenu travaillé, et non pas des publications destinées à la course aux clics. Un grand merci à vous tous :)

  8. ZoidbergForPresident
    26 novembre 2015 à 14 h 11 min

    @Parzival
    Bon alors désolé, je T’arrête tout de suite: c’est un papier écrit sur un site, donc ni un jeu vidéo, ni pressé d’en découdre. Donc l’argument ne tient pas selon moi. Le RP n’a rien à voir avec la problématique non plus.

    En plus, quand je joue en ligne je joue rarement sur des serveurs francophones.

    Et quoiqu’on puisse en dire, le tutoiement n’est pas synonyme de vulgarité, je peux être très respectueux envers ta personne et tes opinions et vous envoyez vous faire foutre par derrière.

    N’est-ce pas? ;)

  9. Logomancien
    6 janvier 2016 à 10 h 29 min

    J’ai rarement lu quelque chose d’aussi démago.

    J’explique un peu parce qu’on est sur un bon site :
    « la littérature classique et académique (Zola, Montaigne, Ovide, ces auteurs que l’on a étudiés au lycée) »
    Cette citation n’est qu’un exemple de l’opposition faite entre culture « populaire » et culture « académique ».

    Bon, déjà, qui a lu Montaigne au lycée ? Qui a vraiment étudié Ovide ? Je ne parle pas des quelques passages qu’on nous fait parfois étudier en classe… Non, je parle d’une vraie lecture, comme quand on joue à un jeu du début à la fin (s’il y en a une), et qu’après on va voir des forums pour voir ce que les autres en pensent, ou pour en apprendre plus sur son univers ?
    Je suis certain à 99% que la réponse est : personne. Personnellement, j’ai lu Montaigne deux ans après le bac (alors que je jouais à Dragon Age Origins) et Ovide encore 2 ans après, et en latin (parce que je suis du genre à mettre mon Game of Thrones Telltale en anglais). Et encore, je n’ai pas tout lu, les œuvres de ces deux hommes étant conséquentes. Dans les deux cas je ne me suis pas contenté d’une simple lecture.

    Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, la caractéristique principale de la culture populaire est qu’elle est… populaire. Alors toute la rhétorique qui consiste à la faire passer pour une culture du rebelle, minoritaire et mal aimée, vous oubliez. Au XXIème siècle, en France, tout le monde y adhère, et rares sont les chercheurs à ne pas y avoir fait une incursion quand ils le pouvaient. Par contre, tout le monde se permet de cracher sur Zola et Ovide. Réfléchissez un peu sur ce sujet.

    Même les chercheurs en langues anciennes, que vous vous représentez sans doute comme des réactionnaires intransigeants, multiplient les discours sur la série Rome ou sur les jeux vidéo (qui ne se privent d’ailleurs pas de puiser, inconsciemment ou non, dans les mythologies, les thématiques, les visions du monde ou l’histoire antiques).

    Il n’y a d’ailleurs pas de point de vue académique sur le jeu vidéo en général. C’est une idée absurde.
    Il y a des analyses pertinentes partout, mais l’avantage qu’ont les universitaires, c’est d’une part qu’ils ont un bagage considérable à disposition, et d’autre part que l’analyse et les théories plus ou moins osées, c’est leur métier. En tant que joueur de stratégie, je suis peut-être plus habitué que d’autres à constater la présence d’universitaires, mais il me suffit d’une petite recherche pour voir des physiciens parler de Kerbal.

    Mais revenons sur « analyse ». Voilà pourquoi les questions naïves de la fin de l’article sont caduques avant d’avoir été posées. C’est un procédé très simple et pervers que, j’en suis sûr, les psychologues savent identifier et utiliser (honte à vous, donc). Cela évite d’avoir à analyser, justement, et permet de se mettre les lecteurs dans la poche.
    Elles permettent également de faire croire qu’on est un pionnier, un défricheur.
    Ce n’est pas un procédé d’analyse, c’est un procédé qui appelle faussement à se poser des questions (alors qu’il revient à celui qui les a posées d’y répondre après avoir montré en quoi elles étaient pertinentes), et qui correspond à de la persuasion.

    Les deux gros problèmes du rapport entre les chercheurs et les joueurs (pas les jeux vidéo) sont :
    – la vaste majorité des gens se contente de faire comme l’auteur de l’article : ils se positionnent en opposition, presque en rébellion, et se contentent de déplorer le manque d’intérêt des chercheurs pour leur passe-temps favori.
    – Les chercheurs quant à eux n’écrivent pas à l’intention explicite des joueurs. Si on veut accéder à leur pensée, il faut soit aller à l’université, soit lire ce qu’ils écrivent – et ne pas se contenter des bouquins racoleurs ou au contraire provocateurs qui leur sont destinés, ce que les joueurs font trop souvent.

    Alors oui, je comprends que tout le monde ne soit pas aux aguets sur ce sujet. je suis conscient que ces mêmes joueurs, qui sont souvent fières de pouvoir trouver n’importe quelle information sur Google, n’ont pas forcément les compétences nécessaires pour chercher des informations dans la masse des articles scientifiques. Je constate aussi que la querelle des Anciens et des Modernes a encore de beaux jours devant elle.
    Mais je vous en conjure, faites un effort. Il y a plus de conférences de chercheurs que de conventions, et vous pouvez y aller librement. Il existe tellement de choses que je ne sais pas par quoi commencer… Je sais pas, prenez Antiquipop par exemple… Ou ce géographe qui parle d’Assassin’s Creed…

    Franchement, on peut faire beaucoup mieux que ça… Le sociopsychologue (ou l’inverse ?) devrait être la première personne à éviter les facilités du racolage et de la mesquinerie. D’autant plus qu’il dispose d’un accès privilégié au public, et d’une aura plutôt bienveillante (la prochaine fois, essayez de vous présenter comme un spécialiste de grammaire…).

  10. ChatFinancier
    11 mars 2016 à 19 h 18 min

    Très sincèrement, l’article est recherché !!

    « Pour information, la libre association, c’est l’apparition dans le discours du patient d’un contenu psychique inconscient transformé. Le patient rendra ce contenu acceptable par des associations avec des figures et des objets connus (ou pas) et socialement acceptables par celui qui l’écoute. »

    Voilà, le genre de phrase qui vous dit que le type s’est renseigné…

    Continuez les gars!

Réponse