Star Ocean 5 : À l’ombre des étoiles Preview JV

Star Ocean 5 : À l’ombre des étoiles

À la reconquête d’un public pour qui l’avenir de la série Star Ocean semblait plus ou moins compromis depuis la sortie de The Last Hope en 2009, le studio tri-Ace n’est pas encore résolu à enterrer le space opera auquel il doit toute sa renommée. Annoncé comme la réincarnation du mémorable Star Ocean 3, rien de moins, le cinquième volet ne serait-il pas plutôt parti pour être l’une des plus grosses désillusions 2016 en matière de J-RPG ?

Notre entrée en matière pourra sembler un peu brutale mais n’oublions pas que, plus encore que Valkyrie Profile, la série des Star Ocean est celle qui a réellement permis au studio tri-Ace d’acquérir la réputation d’orfèvre du J-RPG qui est la sienne aujourd’hui. Difficile dans ces conditions de ne pas considérer la sortie de Star Ocean : Integrity and Faithlessness comme un événement, et de placer en ce cinquième opus des attentes dignes de ce qu’est censé nous offrir l’héritier de l’une des plus grandes fresques de space opera que l’on ait connues dans le domaine du RPG sur consoles.

RPG light pour joueurs pressés

Pourtant, depuis l’instant où on lance Star Ocean 5 jusqu’à son dénouement (soit une petite vingtaine d’heures en ligne droite, soyez prévenus), l’enthousiasme ne cesse de s’amenuiser… La vérité c’est que le jeu donne l’impression d’être un épisode allégé de la franchise, dans lequel l’histoire, l’ambiance et les personnages ne sont que des prétextes à la mise en place d’un système de combat mené, lui, tambour battant. Dès lors, il se dégage de ce Star Ocean 5 un sentiment bancal d’allégresse et d’ennui, tant la fougue des affrontements contraste avec le néant symbolique de tout ce qui n’est pas directement lié aux combats.

Pour en arriver là, les concepteurs de cet opus ont pris la décision de condenser l’aventure en une petite vingtaine d’heures seulement, sacrifiant les habituelles cut-scenes par des dialogues minimalistes ne servant qu’à relier de manière plus ou moins cohérente l’exploration des zones entre elles. Comprenez par là qu’il n’y a quasiment aucune véritable cinématique dans cet épisode, la mise en scène et les gros plans habituels ayant été zappés au profit de simples dialogues entre des personnages dont on ne peut jamais distinguer l’expression des visages.

Cela implique également que la narration ne réserve aucun rebondissement autre que celui induit par la parole, et que la teneur prévisible des dialogues en question donne davantage l’impression de subir ces scènes plutôt que de les suivre. L’immersion en prend d’ailleurs un sacré coup, tout comme la substance des héros, dépourvus de relief et desservis par des « private actions » insipides, l’intrigue n’étant en aucun cas le point fort du titre. Mais le plus gênant reste que, là où ce choix était censé apporter davantage de fluidité et de rythme au déroulement de l’aventure, c’est l’effet inverse qui est obtenu puisque le joueur doit s’efforcer d’imaginer lui-même durant de longues minutes ce qui est suggéré par son interlocuteur. Vive le progrès…

De l’imagination, il en faut aussi pour passer outre la vacuité des environnements visités dans cet épisode. Car, en plus d’être relativement réduites en termes de superficie et pauvres sur le plan visuel, ces zones sont aussi peu nombreuses que les allers-retours sont fréquents. Dans le même ordre d’idées, les villes sont réduites à leur plus simple expression et ne comportent quasiment pas d’intérieurs réellement accessibles. Quant aux interactions avec les NPC, elles sont pour ainsi dire inexistantes. Il en va de même des quêtes optionnelles, rassemblées sur une to-do-list d’objectifs à remplir dans chaque cité et qui ne font que conforter cette impression de négligence par rapport à tout ce qui a trait au contenu, à l’ambiance et à la narration du soft. Pour un Star Ocean, on était en droit d’espérer mieux, d’autant que la prestation des combats est, elle, d’un tout autre niveau.

Surdose d’action ?

Même s’il a toujours constitué l’attrait numéro un de la série, le système de combat de Star Ocean 5 réussit encore une fois à nous étonner par sa fougue et son dynamisme. Il faut dire qu’avec pas moins de six, voire sept membres actifs dans l’équipe agissant en simultané, les affrontements se révèlent aussi délectables que haletants. D’autant qu’il est très facile de jongler rapidement entre les différents personnages pour en prendre le contrôle, ce qui peut s’avérer judicieux pour faire pleuvoir efficacement les soins lorsque l’IA des alliés manque de réactivité. Dans l’ensemble, le comportement des coéquipiers reste heureusement satisfaisant, du moins si l’on prend la peine de leur assigner des rôles appropriés.

Car l’une des meilleures trouvailles de cet épisode réside dans ses différents rôles qu’il faut débloquer pour optimiser les capacités de nos héros tout en influant sur leur comportement. S’il y a de quoi être dépassé par leur nombre astronomique, ces jobs constituent un plus indéniable et ont le mérite de personnaliser un petit peu une équipe qui reste malgré tout cantonnée à des spécialités immuables (cogneur, soigneuse, mage, sniper, etc). L’acquisition de ces rôles constitue clairement l’une des carottes les plus stimulantes du jeu, même si les cristaux requis pour les débloquer s’avèrent également indispensables à l’obtention des skills de groupe. Une option à ne pas négliger si vous voulez par exemple optimiser les résultats de l’alchimie, ajouter plus de détails aux maps (comme l’emplacement des coffres et des ennemis), voire multiplier les ressources et les matériaux à récupérer dans les environnements extérieurs.

En plus de cela, le joueur doit aussi utiliser différents grimoires pour développer les techniques de ses personnages, et à ce titre, on peut regretter qu’il ne soit possible d’affecter que quatre skills aux touches de raccourcis, ce qui limite les schémas offensifs autorisés. Car, comme le veut la série, la particularité des joutes tient au fait que les attaques diffèrent selon la distance à laquelle on se trouve par rapport à nos adversaires, et selon la pression exercée sur les touches analogiques. Avec un peu de pratique, le timing des combos devient vite un régal, les subtilités résidant essentiellement dans l’usage du « cancel » pour interrompre/enchaîner des attaques et ainsi voir nos héros se déchaîner sans retenue sur leurs adversaires.

Le challenge réserve néanmoins quelques pics de difficulté, mais les niveaux grimpent rapidement et s’envolent sans problème jusqu’au level 60+ une fois passée la vingtaine d’heures de jeu. Enfin, le déclenchement du Rush, dont la puissance est exponentielle, est à réserver aux situations les plus critiques car il entraîne la perte du bonus qui lui est associé lorsqu’on le fait grimper un petit peu. Mais l’efficacité du système de combat de Star Ocean 5 ne compense malheureusement pas le manque d’intérêt global du contenu de cet épisode et nous laisse assez peu optimistes quant à l’avenir de cette franchise autrefois incontournable. Rendez-vous le 1er juillet pour savoir quel accueil lui réserveront les fans occidentaux !

L'avis d'extralife
  1. Développeur : tri-Ace
  2. Editeur : Square Enix
  3. Genre : RPG
  4. Support : PS4, PS3
  5. Date de sortie : 1er juillet 2016
  • star_ocean_5_jaquetteDe par ses choix radicaux, Star Ocean : Integrity and Faithlessness nous donne l'impression de foncer droit vers l'essentiel en oubliant que les ingrédients d'un J-RPG de qualité ne se limitent pas à un bon système de combat. L'abandon de vraies cut-scenes échoue à rendre les dialogues moins passifs que dans les autres productions du genre et condamne une narration qui n'apparaît clairement plus comme une priorité. Dommage pour une série qui nous avait habitués à lever les yeux beaucoup plus haut vers les étoiles.

A voir aussi

Réponse