Queendomino : Le roi est mort, vive la reine !Test JDS

Queendomino : Le roi est mort, vive la reine !

Quelques mois après le sacre de Kingdomino au Spiel des Jahres 2017, le prix allemand récompensant le meilleur jeu de société de l’année, la première image de Queendomino avait tout de la blagounette sympatoche. On a tous cru à un fake mais non, Queendomino existe bel et bien. Il s’agit d’une toute nouvelle boîte de jeu, à la fois indépendante et complémentaire à la version royale que nous connaissons déjà.

Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas d’avis sur Kingdomino sur Extralife.fr. Pour la petite histoire, nous nous apprêtions à partager nos impressions sur le lauréat du Spiel 2017 au moment même où, surgie de nulle part, l’annonce de Queendomino nous a convaincu d’attendre la nouvelle boîte avant d’écrire quoi que ce soit. Grand bien nous a pris puisque Queendomino c’est tout ce que Kingdomino propose déjà mais avec une grosse couche de nouveaux éléments qui lui apportent une dimension supplémentaire. L’article d’aujourd’hui fera donc d’une pierre deux couronnes. Toute la première partie sera valable à la fois pour Kingdomino et Queendomino, puis nous nous attarderons sur les ajouts réservés au cortège de la reine.

Le principe de Kingdomino, et donc celui de Queendomino aussi, est simplissime. Après avoir sélectionné et assemblé différentes tuiles de territoires pendant la partie, chaque joueur se retrouve avec son propre petit royaume qui lui fera marquer plus ou moins de points. Le calcul est minimaliste, chaque domaine rapporte un total de points égal à son nombre de cases multiplié par le nombre de couronnes imprimées dans ce domaine. Ainsi, une forêt grande de quatre cases qui compte deux couronnes rapporte huit points, tandis qu’une autre forêt de dix cases sans aucune couronne ne vaut rien. Après avoir additionné les points accordés par l’ensemble de ses territoires, le joueur obtient son score final, et le joueur avec le plus de points remporte naturellement la partie.

La sélection de sa tuile détermine l’ordre de passage du tour suivant.

Toute la beauté du système repose sur la sélection des tuiles, diablement efficace. À chaque tour, des tuiles sont aléatoirement piochées, puis réarrangées en fonction de leurs numéros, sachant que grosso modo, les territoires les plus juteux portent généralement les numéros les plus élevés. En respectant l’ordre des joueurs déjà établi au tour précédent, chacun commence son tour en plaçant la tuile qu’il aura justement réservée durant le tour précédent, puis il positionnera son petit pion royal sur la tuile qu’il vise pour le tour suivant. Ceci définira automatiquement le nouvel ordre de jeu à respecter à la manche suivante, et ainsi de suite. De base, ce mécanisme revient à confronter la tentation de jouer en premier (en sélectionnant une tuile plutôt anodine) à la satisfaction de récupérer des territoires plus puissants (en payant alors le prix de passer après les autres au tour d’après). Les amateurs de jeux de société reconnaîtront-là une forme de tension déjà présente dans plusieurs autres productions signées par l’auteur Bruno Cathala (Yamataï, Five Tribes).

À deux joueurs, chacun choisit deux tuiles par tour.

Nous ne l’avons pas dit, mais le placement d’une tuile dans son royaume obéit à deux petites règles. D’abord, il est obligatoire qu’au moins l’un des territoires de la nouvelle tuile touche un territoire identique déjà posé dans le royaume. Ensuite, la taille d’un royaume ne peut dépasser une grille de 5×5 (ou de 7×7 quand on joue à deux). Et là s’arrête Kingdomino. Le concept est simple, concis, et parvient admirablement à animer des parties aussi courtes qu’intenses. En vingt minutes à peine, l’affaire est pliée, et les joueurs quittent la table pleinement satisfaits après une partie riche en décisions toutes plus importantes les unes que les autres. Tout cela, mais aussi la qualité du matériel, ses tuiles laquées et bien épaisses, sa myriade de petites détails amusants sur les bouts de territoires, et même ses châteaux en carton pour indiquer le point de départ des royaumes, sont autant d’éléments qui participent à la réussite de Kingdomino et qui justifieraient les quatre cœurs que nous lui aurions attribués. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Place à Queendomino, qui reprend donc toutes les bonnes choses que nous venons de dire, en poussant le concept un peu plus loin.

D’abord, Queendomino présente une septième couleur de territoires. En plus des champs, des forêts, des rivières, des prairies, des marais et des montagnes, les tuiles introduisent les villes en rouge. L’une des particularités de ces villes est de ne proposer aucune couronne. En soi, elles ne rapportent donc aucun point. Ceci dit, chaque case citadine peut accueillir un bâtiment étant lui, source de points. Plus de détails sur les bâtiments un peu plus bas.

Le déroulement d’une partie de Queendomino suit le schéma introduit par Kingdomino, on y retrouve donc le même système de sélection de tuiles et les mêmes règles de placement. Cela dit, après avoir posé une tuile, trois nouvelles étapes facultatives interviennent dans le tour du joueur. D’abord, il est possible de prélever l’impôt pour augmenter sa fortune, fixée à sept sous en début de partie. Pour cela, le joueur dépose un ou deux de ses chevaliers sur la tuile qu’il vient de placer et l’impôt sera équivalent à la taille du territoire visé. Un chevalier placé dans une prairie de quatre cases, rapporte donc un impôt de quatre sous. Si trois sous se trouveront convertis en un point de victoire en fin de partie, l’argent permet aussi de financer la construction d’un bâtiment en ville. Il s’agit de la seconde action optionnelle.

Le chevalier rapporte un impôt de 5 pièces sur la prairie.

À condition de posséder au moins un emplacement libre dans l’une de ses villes, un joueur peut alors acheter l’un des bâtiments proposés sur le nouveau plateau bâtisseurs. Les coûts sont directement indiqués sur le plateau et s’étalent de gratuit à cinq pièces. Les bâtiments sont nombreux et encouragent souvent les joueurs à réfléchir différemment pour optimiser l’effet du bâtiment et engranger le plus de points possibles. Par exemple, l’école de magie distribue deux points pour chaque marais du royaume, ce qui nous pousse alors à multiplier les petits marais plutôt qu’à se casser la tête pour concevoir un seul et unique grand marais comme ce serait normalement le cas dans un jeu classique. La poissonnerie déclenche le même effet, mais pour les rivières et la boulangerie pour les prairies. On trouve aussi les coffres forts qui augmentent l’impôt perçu en fonction du nombre de chevaliers à sa disposition ou de la quantité de tours érigées dans le royaume. Il y a des bâtiments qui donnent des points de victoire bruts, d’autres qui agissent comme des couronnes pour les villes et d’autres encore qui offrent des chevaliers et/ou des tours supplémentaires.

Les bâtiments obligent à repenser sa stratégie.

Puisque cela fait deux fois qu’elles sont mentionnées, il est peut-être temps de parler des tours et de leur effet dans le jeu. En plus d’augmenter l’impôt ou de rapporter des points en fonction des bâtiments construits, les tours occupent une place importante dans la stratégie globale, puisque le joueur qui en possède le plus dans son royaume s’attire les faveurs de la reine. La reine passera donc de mains en mains au fil du jeu et celui qui la possède profite d’une réduction systématique d’une pièce lors de chaque achat de bâtiments. En fin de partie, la reine viendra aussi se placer dans le plus grand territoire du joueur qui la contrôle, pour agir comme une couronne supplémentaire lors du calcul de points. Même si elles ne sont pas indispensables pour remporter la partie, les tours sont donc un puissant atout à ne pas négliger. Les joueurs guetteront certainement les bâtiments à même de leur en apporter, et se livreront ainsi à une petite lutte de majorité pour se chiper la reine et profiter de ses pouvoirs.

La troisième et dernière action facultative implique le dragon qui attend sagement sur le plateau bâtisseurs que quelqu’un l’utilise. En payant une pièce, un joueur peut envoyer la bête détruire l’une des tuiles de bâtiments encore non construites. Cette action n’est possible qu’une fois par tour ; lorsque le dragon est hors de sa tanière, il faudra attendre la manche suivante pour qu’un joueur puisse l’utiliser de nouveau. En d’autres termes, mieux vaut se placer dans les starting blocks pour envoyer le dragon brûler un bâtiment avant qu’un autre joueur ne puisse le construire.

Jouer en 7×7 offre tellement plus de choix qu’en 5×5.

Entre les chevaliers et l’argent qu’ils rapportent, les bâtiments et leurs multiples façons de marquer des points et le dragon capable de priver ses adversaires d’un bâtiment, Queendomino livre forcément une expérience plus riche que Kingdomino. Et nous insistons bien sur « plus riche » qui ne veut pas dire « plus complexe », car si Queendomino propose davantage de pistes de réflexion et ouvre ainsi les approches potentielles vers la victoire, il garde aussi et surtout une accessibilité réellement admirable. En fait, Kingdomino et Queendomino sont à l’image du roi et de la reine sur un échiquier. Si les deux pièces sont basées sur le même type de déplacement, la reine se libère des restrictions imposées au roi pour aller beaucoup plus loin, et couvrir plus de terrain. Le plus fort dans l’histoire, c’est que nous avons désormais deux boîtes basées sur le même concept, l’une très épurée, la seconde un peu plus touffue, pouvant être jouées indépendamment l’une de l’autre, mais aussi en totale harmonie et complémentarité. En effet, en réunissant le couple royal, donc en jouant avec deux fois plus de tuiles qu’à la normale, de nouvelles variantes nous ouvrent leurs portes. Il est ainsi possible de construire des royaumes en 7×7 à trois ou quatre joueurs, de jouer en 5×5 à cinq ou six joueurs, et même de former des équipes pour ainsi accueillir un maximum de huit joueurs autour de la table !

L'avis d'extralife
  1. Auteur : Bruno Cathala
  2. Illustrateur : Cyril Bouquet
  3. Éditeur : Blue Orange
  4. Genre : Domino
  5. Nombre de joueurs : 2- 4 joueurs (jusqu'à 8 joueurs avec Kingdomino)
  6. Âge recommandé : 8 ans et plus
  7. Durée de la partie : 30 mn
  8. Date de sortie : 15 octobre 2017
  • Calibrés pour différents types de joueurs, ou en tout cas pour différents types de parties, Kingdomino et Queendomino sont deux exercices de styles autour d'un même concept. Direct et concis dans Kingdomino, le gameplay devient immédiatement plus riche et ouvert dans Queendomino, faisant de cette version la boîte que nous conseillerions s'il fallait n'en retenir qu'une. Cela étant dit, si votre budget le permet, ne vous posez pas la question et prenez simplement les deux pour combiner les tuiles et jouer sur des grands royaumes, même à quatre joueurs.
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La découverte de BurgerTime aux débuts des années 80 aura clairement affecté la vie de ce grand bonhomme. Non seulement, Jihem a développé une passion pour les jeux vidéo, mais il a également choisi de s'installer au pays du hamburger. Sa mère est plutôt heureuse qu'il n'ait pas découvert les jeux avec Boogerman.

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