Bloodborne : Le prix du sang Test JV

Bloodborne : Le prix du sang

Vous n’avez jamais eu la désagréable impression qu’on vous confisquait le pad des mains au beau milieu d’une partie ? L’aide à la visée, les QTE à gogo et les indicateurs d’objectifs vous guidant par la main ont eu raison de votre plaisir de jouer ? Heureusement, From Software est là. Avec la série des Souls, le développeur japonais nous a proposé des action-RPG qui rendent au joueur son rôle d’acteur. Le dernier bébé du studio, un certain Bloodborne, reprend à grands traits cette recette pour l’appliquer à un univers victorien impitoyablement glauque que n’aurait sans doute pas renié Lovecraft. Reste à savoir s’il s’agit du titre qui a permis aux possesseurs de PS4 de retrouver le feu sacré.

On ne peut pas vraiment dire que la sortie de Bloodborne en mars dernier sur PS4 soit passée inaperçue. A l’heure où nos pauvres consoles doivent surtout se contenter de remakes, il est logique que l’arrivée d’une nouvelle licence fasse parler d’elle, surtout si cette dernière nous a été concoctée par un studio comme From Software. Ce dernier a en effet su jouer du succès inespéré des Dark Souls pour passer du rang de développeur cantonné aux jeux de niche à celui de faiseur de blockbusters en puissance. Tout a peut-être déjà été dit sur cette formidable success-story, mais le fait d’arriver après tout le monde nous permet d’échapper au moins partiellement à la hype qui entourait la sortie de Bloodborne. Le premier écueil que l’on peut ainsi éviter concerne la soit-disant difficulté excessive du titre : non, Bloodborne n’est pas réservé à une élite de hardcore gamers surentraînés. Certes, les néophytes ont de quoi être un peu désorientés par le fait que le jeu se montre assez chiche en indications, mais il suffit finalement d’être attentif et patient pour venir à bout des défis proposés. Après cette mise au point nécessaire, plongeons ensemble dans les tréfonds d’un monde qui ne respire pas vraiment la joie de vivre.

Yharnam, ton univers impitoyable…

La ville de

La ville de Yharnam est plus charismatique que le héros lui-même.

Certes, Hidetaka Miyazaki, le producteur de Demon’s Souls et de Dark Souls, ne nous a jamais donné l’habitude de mettre en scène des environnements bucoliques. Il innove toutefois avec Bloodborne puisqu’il troque l’ambiance médiévale fantastique pour un décor victorien peuplé de créatures cauchemardesques. On y incarne un chasseur fraîchement débarqué dans la ville de Yharnam afin d’y trouver un mystérieux remède… Pas de chance, la bourgade n’est pas des plus accueillante, surtout depuis que la quasi-totalité de la population locale s’est transformée en bêtes féroces assoiffées de sang. Ne vous attendez pas à suivre bien sagement une histoire qui vous mènera par le bout du nez à grand renfort de cinématiques époustouflantes. Ici c’est au joueur de se constituer sa propre interprétation des faits et du background en se basant sur la description des objets en sa possession et sur les maigres informations que lui délivrent les survivants. Ceux-ci se font rares, pas franchement bavards et restent généralement cloîtrés chez eux… Autant dire que le scénario de Bloodborne ne vous arrive pas tout cuit dans la bouche, c’est à vous de creuser et de vous lancer dans des hypothèses un peu farfelues pour tenter de donner une cohérence à votre périple. Les plus terre à terre peuvent toujours aller chercher des interprétations prémâchées sur le net, mais ils perdent alors l’illusion de vivre une aventure unique dont ils sont la clef de voûte.

Les boss sont bien aussi dangereux qu'ils y paraissent.

Les boss sont bien aussi dangereux qu’ils y paraissent.

Il faut être honnête, le chasseur que vous incarnez a invariablement le charisme d’une vieille limace, le vrai personnage principal du jeu n’est autre que la ville de Yharnam. Bien qu’on fasse quelques incursions dans ses faubourgs, dans la campagne environnante, voire même dans des régions situées sur d’autres plans d’existence, on revient toujours à cette cité tentaculaire, véritable labyrinthe à ciel ouvert que vous aurez l’occasion d’explorer de fond en comble. La grande force de From Software est encore une fois de nous proposer un level-design aux petits oignons qui joue sur la verticalité : on visite aussi bien les égouts de la bourgade que les plus hautes tours de ses majestueuses cathédrales. Le tout est irrigué par un incroyable réseau de ruelles sordides et de raccourcis improbables qui, une fois débloqués, vous permettront d’atteindre les boss sans vous épuiser. L’ensemble est incroyablement bien pensé en terme de plaisir de jeu puisqu’il ménage aussi bien l’élément de surprise et de découverte, que le côté pratique. Mais ces environnements ne se limitent pas à être de très bons éléments de game design, ils constituent aussi et surtout une vraie réussite artistique. La force de Bloodborne est en effet de proposer un terrain de jeu à la fois cohérent, visuellement riche et doté d’une certaine audace architecturale. Autant de qualités qui n’étaient pas forcément au rendez-vous de Dark Souls II

La recette des Souls remise au goût du jour ?

L'usage des armes à feu change complétement la donne.

L’usage des armes à feu change complétement la donne.

On tourne autour du pot depuis le début de cet article, mais il est difficile de ne pas comparer Bloodborne à ses illustres aînés. En effet, même si leurs univers sont très différents, on retrouve bel et bien certaines mécaniques de gameplay communes. Dans Bloodborne comme dans les Souls on vous lâche dans un monde labyrinthique où la moindre rencontre peut être fatale, l’élément qui tient lieu de points d’expérience sert aussi de monnaie auprès des marchands, la montée en puissance de votre personnage se fait progressivement en améliorant une à une ses caractéristiques à chaque passage de niveau, ce qui peut d’ailleurs se traduire par un personnage complètement raté… Bref, on retrouve globalement les mêmes contrôles et une interface vaguement similaire, peut-on pour autant définir Bloodborne comme un Souls transposé à l’époque victorienne ? Ce n’est pas si simple, car si les différences entre ces titres peuvent paraître minimes sur le papier, elles ont en réalité d’importantes implications sur notre façon de jouer. En effet, la feuille de personnage de Bloodborne est moins touffue que dans les Souls, le poids de l’équipement n’est plus pris en compte, les serments, c’est à dire la possibilité de prêter allégeance à une faction, ne sont que trois et tiennent une moindre importance, les quêtes sont plutôt discrètes… Ce sont tous les aspects propres aux jeux de rôle qui sont revus à la baisse, il faut y voir un réel changement de perspective.

Les joueurs les plus nerveux trouveront un arsenal adapté à leur façon de jouer.

Les joueurs les plus nerveux trouveront un arsenal adapté à leur façon de jouer.

Tous ces ajustements vont de pair avec une accélération du rythme de jeu. Ici, il n’est plus question de se cacher derrière un bouclier en espérant parer les attaques, on joue de manière plus offensive, on esquive plus rapidement, on déstabilise l’ennemi en lui tirant dessus quand il prépare une attaque, on regagne aussi un peu de vie en balançant des coups directement après avoir été blessé. En un mot, là où les Souls penchaient clairement du côté de l’action-RPG, Bloodborne ne se cache pas de piocher certains éléments directement dans le chaudron des beat’em all. Cette accélération est d’autant plus perceptible lorsque vous êtes amené à affronter d’autres chasseurs, qu’ils soient contrôlés par l’IA ou pas d’autres joueurs, ces face à face constituent toujours de grands moments de tension où l’issue du combat peut se jouer en un claquement de doigt. Le PvP et la coopération sont d’ailleurs toujours d’actualité. Ici ce sont des petites cloches qui permettent d’appeler de l’aide ou d’envahir la partie d’un inconnu. Des zones spécifiques ont été pensées pour être propices aux duels puisqu’on y trouve des créatures qui ont la fâcheuse manie d’invoquer des joueurs adverses assoiffés de sang. Côté coop, il est désormais possible de paramétrer un mot de passe qui vous permettra de vous assurer de vous retrouver en équipe avec un ami, et donc de converser avec lui par le biais du chat vocal au lieu de vous contenter des habituelles gesticulations d’usage.

L’enfer de la routine

On accède aux donjons calice en passant par le hub.

On accède aux donjons calice en passant par le hub.

Le fait de faciliter ainsi la coopération a ses bons côtés, mais il faut éviter d’en abuser. En effet, les patterns des boss ont clairement été pensés pour donner du fil à retordre à un seul joueur, ils ont du mal à suivre dès que vous débarquez avec un pote. Vous vous frottez les mains en pensant tenir là une astuce qui vous permettra de progresser dans le jeu sans trop vous fatiguer ? Ne vous inquiétez pas, Bloodborne vous laissera mille et une possibilités de contourner les embûches qu’il vous réserve, et c’est bien le soucis. Par exemple, le fait de devoir gérer un stock défini de fioles de sang destinées au soin ainsi que de balles d’argent, va vous inciter à farmer régulièrement les premières zones du jeu pour refaire tout bêtement le plein. Cette pratique a priori sans conséquence présente deux inconvénients : d’une part vous risquez de vous lasser de parcourir encore et toujours le même quartier, et d’autre part vous mettez ainsi un premier doigt dans un engrenage potentiellement dangereux. En effet, le fait de céder aux sirènes du farm peut complètement casser votre expérience de jeu en rendant rapidement votre personnage surpuissant. Vous pouvez toujours rétorquer qu’il en va de la responsabilité du joueur, que c’est à ce dernier de ne pas exploiter les failles du programme. Certes, mais le présent reproche vise moins la possibilité d’enchaîner en boucle les mêmes zones que le fait que le jeu nous incite plus ou moins directement à adopter cette conduite.

Les combats de boss constituent les seuls moments un peu excitants des donjons calice.

Les combats de boss constituent les seuls passages un peu excitants des donjons calice.

Cette incitation à la débauche de massacres gratuits se fait d’autant plus sentir lorsque l’on part à la découverte des donjons calice. Ces derniers sont totalement optionnels et on y accède uniquement en utilisant les ingrédients adéquats près de pierres tombales situées dans le hub central. On crée alors un petit donjon généré de manière semi-aléatoire et proposant plusieurs niveaux. Chaque étage dispose de son boss, mais avant de le titiller il faut déverrouiller la porte qui mène à lui et accessoirement fouiller les environs afin de mettre la main sur quelques précieux objets. Si le jeu en général pèche par un certain manque de diversité au niveau des armes proposées et des ennemis rencontrés, ce travers devient réellement gênant dans ces fameux donjons calice. Ces derniers proposent invariablement un level-design qui n’a ni queue ni tête constitué d’un agencement de salles répondant à quelques modèles bien précis. On tourne en rond dans ces décors absurdes avec une constante impression de déjà-vu. Pourquoi s’infliger un tel calvaire ? Tout simplement parce que c’est la méthode la plus efficace pour récupérer des gemmes rares qui permettent ensuite d’ajouter de puissants attributs à nos armes. Le doute n’est pas permis, de cette manière Bloodborne nous pousse bel et bien au farm, c’est d’autant plus dommage qu’il s’agit là de son aspect le moins maîtrisé et qu’il risque à la longue de lasser même les joueurs les plus complétistes.

Plusieurs mises à jour sont intervenues depuis la rédaction de cet article. Il est par exemple désormais possible de stocker jusqu’à 600 fioles de sang et autant de balles d’argent contre 99 auparavant. Cette modification est certainement pensée pour minimiser l’incitation au farm, elle ne parvient toutefois pas à la gommer totalement. Les donjons calice ont aussi bénéficié d’un réajustement puisqu’on y trouve davantage de loot, ils conservent toutefois leur level-design peu inspiré et leur exploration s’avère donc toujours aussi rébarbative.

Bloodborne n’est pas le genre de titre qui laisse indifférent. Si les amateurs de cinématiques interactives et d’actions contextuelles risquent d’être un peu perdus lors des premières heures, en persévérant un peu ils se rendront compte finalement que le jeu n’est pas si difficile qu’il n’y paraît et surtout qu’il sait procurer de belles bouffées de satisfaction extatique. Entre son level design touffu et intelligent, son ambiance délicieusement glauque et son gameplay nerveux à souhait, vous avez tous les ingrédients d’une mécanique bien huilée dédiée au plaisir du joueur. Seule ombre au tableau, Bloodborne peut se montrer un poil répétitif à la longue, et le manque de diversité de son contenu ne lui assure pas une rejouabilité aussi grande que celle de ses cousins que sont Demon’s Souls et Dark Souls. Mais ce seul défaut ne doit pas vous faire oublier qu’il vous réserve aussi et surtout une aventure aussi prenante qu’exaltante.

L'avis d'extralife
  1. Développeur : From Software
  2. Editeur : Sony Computer Entertainment
  3. Date de sortie : 26 mars 2015
  4. Support : PS4
  • bloodborne jaquetteLes équipes de From Software nous prouvent là brillamment que l'audace et l'innovation ne sont pas incompatibles avec la réussite commerciale d'un titre. Bloodborne n'est pas parfait mais il bouscule nos petites habitudes de joueurs, sans oublier de nous plonger dans un univers fascinant et de nous procurer une bonne dose d'adrénaline.
4

Tombé sur Terre un peu par hasard, le blob dévore mollement tout ce qu'il trouve dans l'espoir de comprendre son environnement. Ne jugez pas trop sévèrement son appétit vorace ou vous risquez d'être au menu de son prochain repas.

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5 commentaires

  1. Alyenax
    19 septembre 2015 à 8 h 11 min Répondre

    Complètement d’accord avec cet article (bien écrit avec les mots les plus justes possibles) qui décrit parfaitement ce que je ressens avec Bloodborne qui rend toutes ses lettres de noblesse aux jeux vidéo par un gameplay nerveux, une ambiance macabre et une satisfaction jouissive de réussir à avancer en utilisant un minimum son cerveau.

  2. EustassKid
    19 septembre 2015 à 13 h 10 min Répondre

    « le chasseur que vous incarnez a invariablement le charisme d’une vieille limace »

    méchant ^^

    Bon résumé, ça ne m’étonne pas de voir un jeu from software dès le début du site avec miniblob.
    Étonnant pour la mise à jour qui passe le nombre de fioles à 600, 99 étant largement assez (à mon avis).

    1. miniblob
      20 septembre 2015 à 13 h 35 min

      Je trouve que cette mise à jour va dans le bon sens : même si effectivement 99 fioles c’est déjà pas mal, je dois confesser être arrivé un peu à bout de mon stock quand je butais sur certains zones un peu costaudes et d’être obligé d’aller farmer le début du jeu pour en récupérer… Le pire étant les balles d’argent qui descendent quand même assez vite lorsque tu veux faire des contres ou lorsque tu utilises la magie (mais là encore la maj a baissé le coût en balles des sorts). Bref, tout ça pour dire que maintenant j’attends de pied ferme l’extension ! (par contre elle tombe le jour de l’anniversaire de mon épouse, il va falloir que je me montre patient ^^)

  3. Openyourmind
    25 septembre 2015 à 17 h 39 min Répondre

    Je m’attendais à une comparaison intelligente avec Dark Souls et je l’ai eu, du coup je sais que la conversion vers une espèce de beat them all risque de me poser un soucis, car je n’aime pas des masses le gameplay nerveux. Néanmoins, l’univers victorien glauque pourrait vraiment m’intéresser, du coup je vais essayer de regarder un walkthrough pour me décider.

    Merci pour ces tests qui donnent envie de creuser.

  4. Seth
    29 septembre 2015 à 3 h 16 min Répondre

    J’y joue en ce moment. Le jeu est cool, surtout en ligne.