Homefront : The Revolution – Chronique d’une débâcle annoncéeTest JV

Homefront : The Revolution – Chronique d’une débâcle annoncée

La justice n’est pas de ce monde, certains naissent avec une cuillère d’argent dans la bouche tandis que d’autres vont trimer toute leur vie sans pour autant sortir de la misère. C’est un peu la même chose avec les jeux, il y a ceux qui déclenchent dès leur premier teaser l’enthousiasme des foules et qui sont directement promis à un bel avenir, et il y a les projets maudits qui sentent le soufre dès leur annonce, dont le développement chaotique ne laisse aucune chance aux développeurs, même si ces derniers sont animés des meilleures volontés. Pas de doute, Homefront : The Revolution fait partie de cette seconde catégorie.

On ne peut pas vraiment dire que la licence Homefront soit entrée par la grande porte dans l’histoire du jeu vidéo. Le premier opus sorti en 2011 s’apparentait à un clone raté de Call of Duty et son échec a été si retentissant qu’il a précipité l’effondrement de son éditeur THQ. Pourtant, le titre disposait d’une trame assez originale : il nous projetait dans un futur proche où la Corée du Nord avait envahi les États-Unis, on incarnait alors un résistant bien décidé à en découdre avec ces envahisseurs. Certains ont cru au potentiel de la licence, puisqu’une suite était déjà en chantier, mais l’accueil glacial réservé à ce premier volet a entraîné la fermeture de Kaos Studios, chargé de son développement. Le projet s’est un moment promené du côté de THQ Montréal, avant finalement de tomber dans les mains de Crytek UK. C’est à partir de ce moment là que les choses se gâtent : THQ met définitivement la clef sous la porte au début 2013, Crytek rachète les droits de Homefront, avant de se retrouver à son tour en grande difficulté financière l’année suivante, se voyant dans l’obligation d’abandonner sa filiale britannique. C’est finalement Koch Media qui rachète la licence Homefront, dont le développement du second opus est confié à Dambuster Studios, une structure née des cendres de Crytek UK… On s’en doute, même armés des meilleures intentions du monde, ces derniers ont dû composer avec une situation tellement chaotique que leur projet était forcément voué à l’échec.

Une autre Amérique

C'est un peu grâce à moi que les habitants de Philadelphie sont devenus xénophobes...

C’est un peu grâce à moi que les habitants de Philadelphie sont devenus xénophobes…

La première bonne idée des développeurs de Homefront : The Revolution était de prendre leurs distances avec le scénario du premier opus. Certes, ce dernier nous dépeignait avec un peu d’avance un Kim Jong-un mégalomaniaque et belliqueux qui correspond plutôt bien au dirigeant qu’il est devenu, mais on a un peu de mal à prendre au sérieux l’invasion militaire de grande envergure telle qu’elle y est présentée. Les scénaristes de Homefront : The Revolution ont préféré partir sur une autre voie, celle du soft power : ils ont imaginé un monde dans lequel une Corée du Nord démocratique s’est hissée à la pointe de l’innovation technologique, accouchant d’une société ressemblant à s’y méprendre à une version survitaminée d’Apple. Apex, puisque c’est le nom de cette firme toute puissante, a progressivement grignoté les institutions et a profité de son monopole sur les nouvelles technologies et sur l’armement pour mettre les États-Unis à sa botte.

Heureusement les Coréens n'ont pas réussi à déchiffrer de la résistance.

Heureusement les Coréens n’ont pas réussi à déchiffrer les discrets symboles laissés par la résistance.

On se retrouve avec un point de départ intéressant, il est même possible d’y lire une critique assez acerbe de l’impérialisme de manière générale (et donc aussi des velléités impérialistes américaines) en nous dépeignant l’hégémonie culturelle comme le premier pas vers une ingérence plus directe et plus violente. Ajoutez à cela le fait que l’Amérique décrite dans cette suite n’a pas grand chose à voir avec celle qu’on traversait dans le premier volet : là où le précédent Homefront érigeait la banlieue pavillonnaire comme le cadre de vie idéal du rêve américain, Homefront : The Revolution se montre plus urbain. C’est la ville de Philadelphie qui est le théâtre de cette insurrection. Au delà du symbole lié à la Déclaration d’indépendance, les développeurs en ont fait un véritable patchwork de quartiers censés refléter les inégalités sociales exacerbées par l’occupation coréenne.

C'est fou ce que je me sens concerné !

C’est fou ce que je me sens concerné !

Les ingrédients semblent réunis pour nous offrir un contexte riche et solide dans lequel va pouvoir se déployer un scénario aux multiples degrés de lecture… Pas de chance, c’est loin d’être le cas. Au mieux, on aura droit à quelques refrains destinés à nous faire pleurer sur le sorts des civils pris dans le conflit, mais ça s’arrête là. Il n’y a pas un seul moment où on ressent de l’empathie pour les différents membres de la résistance, on enchaîne les missions sans vraiment jamais s’impliquer, les dialogues sont invariablement ternes, tout sonne creux et factice. C’est là le premier échec de ce Homefront : The Revolution, on a un jeu qui manque de corps et qui ne nous entraîne nulle part.

Un gameplay qui n’a pas les moyens de ses ambitions

Le système de personnalisation des armes à la volée est la bonne surprise du titre.

Le système de personnalisation des armes à la volée est la bonne surprise du titre.

Le fait que la narration soit bancale n’est pas seulement dû à un scénario mal fagoté, la façon dont est rythmée la progression y est aussi pour beaucoup. Pourtant, encore une fois, l’ensemble semblait partir sur de bonnes bases, en l’occurrence il s’agit de libérer la ville quartier par quartier, une recette déjà usée jusqu’à la corde par les productions Ubisoft, sauf qu’ici les missions intermédiaires sont assez variées. Premier souci, la ville n’est pas vraiment un open world, c’est extrêmement laborieux de passer d’un quartier à l’autre et on écope de temps de chargement proprement interminables à chaque changement de zone. Histoire de vous achever, la sauvegarde automatique incessante vient aussi apporter son lot de freezes qui finissent de plomber le rythme général.

Certains bugs auront le mérite de vous faire sourire.

Certains bugs auront le mérite de vous faire sourire.

Si les missions secondaires paraissent sympathiques sur le papier, c’est surtout parce qu’elles ne sont pas toutes axées sur le massacre de troufions coréens. Nombre d’entre elles cherchent à mettre en avant l’aspect parkour dans les déplacements du joueur. Ce dernier doit alors crapahuter pour atteindre un point précis. Malheureusement, la maniabilité déplorable rend ces séances de grimpette très fastidieuses. Il en va d’ailleurs de même lorsqu’il s’agit d’amener des motos à la conduite un peu fofolle sur des dynamos géantes bien planquées. Globalement, la prise en main manque toujours de précision, mais elle est surtout gênée par une physique souvent fantaisiste et par la multiplication des bugs de collision.

Blop

Pour montrer ce dont ils sont capables, les développeurs n’ont rien trouvé de mieux que de nous rappeler leur gloire passée.

De toute façon, un article entier ne suffirait pas à lister la foule de bugs que vous pouvez rencontrer dans Homefront : The Revolution : clairement nous sommes face à un jeu qui n’est pas tout à fait terminé, et ce malgré les patchs réguliers qu’il a subi depuis sa sortie. Les quelques bonnes idées, comme la customisation des armes à la volée encore plus poussée que dans un Crysis, sont noyées sous un flot de ratages en tous genres. On regrette même au passage que l’une des seules choses qui fonctionnait dans le premier opus, le multi compétitif, soit ici remplacé par des missions en coop qui souffrent des mêmes soucis que le solo. Finalement, il n’y a pas grand chose à sauver, si ce n’est les deux premiers niveaux de TimeSplitters 2 jouables en bonus sur une borne d’arcade dans le dernier quartier débloqué. Une manière comme une autre pour les développeurs de ce Homefront : The Revolution de nous rappeler qu’ils ont connu un âge d’or avant de se faire trimbaler d’un éditeur à l’autre, qu’ils ont su un temps nous faire rêver sous l’étiquette de Free Radical Design (voire même de Rare puisque l’un des niveaux en question n’est pas sans rappeler le début de GoldenEye). Tout ce chemin parcouru pour en arriver là, faut-il y voir le reflet d’une industrie vidéoludique devenue moribonde ?

L'avis d'extralife
  1. Développeur : Dambuster Studios
  2. Editeur : Deep Silver
  3. Genre : FPS
  4. Support : PS4, Xbox One, PC, Mac Linux
  5. Date de sortie : 20 mai 2016
  • jaquette_homefront_the_revolutionBien sûr, on s'en doutait, mais ça reste triste de constater que ce Homefront : The Revolution est un ratage complet. On avait envie d'y croire, de faire confiance aux développeurs expérimentés qui l'ont porté. D'ailleurs, ces derniers avaient visiblement une foule de bonnes idées, malheureusement ils n'ont certainement pas eu les moyens de les mettre en œuvre dans de bonnes conditions. Le développement chaotique a laissé ses traces et on se retrouve finalement avec un brouillon de jeu tout juste bon à entretenir la flamme de la nostalgie chez les amateurs de FPS complètement désabusés.
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Tombé sur Terre un peu par hasard, le blob dévore mollement tout ce qu'il trouve dans l'espoir de comprendre son environnement. Ne jugez pas trop sévèrement son appétit vorace ou vous risquez d'être au menu de son prochain repas.

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