Phoenix Wright : Spirit of Justice, un quinzième anniversaire à ne pas raterTest JV

Phoenix Wright : Spirit of Justice, un quinzième anniversaire à ne pas rater

Difficile pour la série Ace Attorney de se faire entendre dans notre pays où elle est victime d’un terrible paradoxe. Si les fans s’avouent nombreux à la soutenir depuis ses débuts, c’est presque toujours par la petite porte qu’ils sont obligés de l’accueillir, contraints et forcés de faire une croix sur certains épisodes pourtant alléchants qui ne quitteront jamais les limites de l’archipel.

Finis les jours heureux où l’on pouvait apprécier tout le génie d’écriture des créateurs de la franchise Ace Attorney grâce au travail de traduction colossal des équipes responsables de sa localisation. Désormais c’est uniquement en anglais et en dématérialisé que la série daigne s’aventurer sur notre continent, mais cela doit-il nous empêcher de fêter son retour comme il se doit ? Certainement pas !

Réunion de famille pour les 15 ans de la série

Bien que dépossédé de son numéro six qui soulignait clairement son appartenance à la série mère sur le logo japonais, Phoenix Wright : Ace Attorney – Spirit of Justice trahit très vite son envie de plaire à tous ceux qui suivent la série depuis ses débuts. Jamais n’aura-t-on vu une galerie de protagonistes aussi prestigieuse que dans cet épisode où se bousculent et se côtoient les figures les plus hétéroclites de la licence. Du charismatique Benjamin Hunter à la magicienne Trucy Wright en passant par l’indispensable et toujours aussi navrant procureur Payne (alias maître Boulay), le titre joue ouvertement la carte de la nostalgie en donnant aux uns et aux autres des rôles à jouer parfois bien éloignés de ceux auxquels ils étaient habitués. Savoir que les différentes affaires nous conduiront tour à tour à incarner, entre autres, Phoenix Wright et Apollo Justice, promet déjà de savoureux moments d’anthologie. Et les surprises commencent d’entrée de jeu avec un dépaysement garanti dû au nouveau cadre géographique et culturel choisi par les développeurs : bienvenue à Khura’in, le pays des prières et des croyances divinatoires sur lequel plane l’ombre de la révolution et où les avocats sont bannis !

Mort aux avocats !

Le challenge sera donc de taille pour notre avocat qui, bien que fort de dix années d’expérience, va devoir redoubler de génie et de sang-froid pour faire entendre sa voix dans des tribunaux où les avocats n’ont plus leur place. La raison en est simple : à Khura’in, toute personne ayant l’outrecuidance de défendre un accusé est contraint de subir le même sort que lui…

phoenix_wright_spirit_of_justice_001Dans une contrée où l’exécution publique est monnaie courante, on comprend vite pourquoi cela fait déjà 23 ans que les procès se déroulent sans l’ombre du moindre avocat, pour le plus grand plaisir de la famille royale qui impose sa loi sur l’autel de la foi. Pour le joueur, cela se traduit par le fait que tout procès débute désormais par un rituel divinatoire durant lequel la prêtresse locale fait revivre à l’assistance les derniers instants de la victime. Un show rendu possible par le biais d’un miroir restituant en images ce que l’infortuné a pu voir quelques secondes avant sa mort et où l’on peut généralement distinguer la silhouette de son assassin. Mais les choses se montrent rarement aussi limpides que ce que le respectable procureur local voudrait nous faire croire, Phoenix ayant la lourde tâche de faire comprendre au juge et à l’assistance qu’au-delà de la vision elle-même c’est surtout l’interprétation que l’on en fait qui est de nature à condamner ou non un accusé. Ainsi, à travers l’analyse des sensations révélées par la séance divinatoire et des contradictions potentielles avec les propos de la prêtresse, il devient possible de mettre en lumière certains éléments susceptibles de renverser entièrement les procès, comme sait si bien le faire notre avocat venu de l’autre bout du monde.

Un condensé de toutes les mécaniques de la franchise

phoenix_wright_spirit_of_justice_002À Los Angeles justement, le cabinet d’avocats Wright est laissé aux mains du jeune Apollo Justice qui trouve, dans cet épisode, d’importantes occasions de briller aux côtés d’Athena Cykes, l’experte en thérapie psychologique.

Les connaisseurs s’en souviennent certainement, chacun d’entre eux possède des talents particuliers qui impliquent des mécaniques spécifiques en termes de gameplay, et qui renouvellent ici habilement le déroulement du jeu.

Déceler les tics nerveux à travers les mouvements les plus imperceptibles des témoins ou tenter de comprendre la raison d’un désordre émotionnel chez des personnes troublées apporte ainsi une variété appréciable à cet épisode qui peut aussi compter sur la présence d’Ema Skye pour ajouter une touche scientifique aux enquêtes.

Durant les phases d’investigations, la recherche et la comparaison d’empreintes alternent ainsi positivement avec les interrogatoires habituels et l’ouverture des verrous psychés.

Volte-face en pagaille

Mais ce sont surtout les ficelles narratives qui nous laissent la plus forte impression à l’issue de l’aventure. Car la grande force de cet épisode ne réside pas seulement dans la manière dont ses créateurs nous prouvent à quel point ils aiment leurs personnages en soignant à l’extrême leurs backgrounds respectifs. Elle se trouve avant tout dans l’efficacité d’un scénario dont on devine les enjeux sans jamais pouvoir les faire coïncider avant que le jeu ne nous en livre la clef de façon spectaculaire. Plus encore que dans les autres volets, cet opus nous donne parfois l’illusion de se perdre lui-même au fil des enquêtes alors qu’il tisse soigneusement la toile qui soutient le fil rouge principal. À ce stade, les tant attendues scènes « d’explosion » des témoins ne sont plus qu’anecdotiques devant l’efficacité de certaines révélations qui secouent autant le joueur que les personnages. Alors, certes, il faut être en mesure de surmonter la barrière de la langue durant une bonne quarantaine d’heures de jeu pour apprécier le tout, mais que ceux qui le peuvent n’aient nulle hésitation : Spirit of Justice est du pain béni pour les fans de la série !

L'avis d'extralife
  1. Développeur : Capcom
  2. Editeur : Capcom
  3. Genre : Aventure
  4. Support : 3DS
  5. Date de sortie : 8 septembre 2016
  6. Site officiel : http://www.nintendo.com/
  • phoenix_wright_spirit_of_justice_packshot

    Phoenix Wright : Spirit of Justice est un jeu que l'on a terriblement envie de spoiler tant les surprises qu'il réserve aux inconditionnels de la série sont renversantes. Et s'il est vrai que le rythme global de l'intrigue se révèle parfois inégal, jamais la narration ne s'égare inutilement, comme le prouve la dernière affaire qui relie l'ensemble avec une maîtrise saisissante. Une performance qui aurait mérité une localisation haut-de-gamme même si l'on peut tout de même se féliciter de pouvoir s'y adonner en anglais, là où d'autres volets (Miles Edgeworth 2, Dai Gyakuten Saiban) demeurent encore totalement inaccessibles aux non-japonisants.

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2 commentaires

  1. Sebastopol
    22 septembre 2016 à 20 h 19 min Répondre

    Merci Valérie d’avoir testé ce fabuleux jeu! Pourvu que d’autres épisodes nous parviennent en VF… Sinon, on peut se refaire le très bon « Professeur Layton Vs Phoenix Wright »! 😉

  2. Oppression
    9 octobre 2016 à 13 h 00 min Répondre

    Découvert la série récemment et déjà un grand fan, je voulais me laisser tenter par celui-ci, malheureusement j’ai peur que le niveau d’anglais soit une barrière à l’appréciation du titre, surtout avec l’abondance des dialogues qui peut rendre l’expérience fastidieuse (même en étant plutôt bon en anglais).
    Je me pencherai sur ce à tête reposé pendant des vacances !