Bear with Me : Pourquoi j’ai jouéTest JV

Bear with Me : Pourquoi j’ai joué

C’était un jour comme les autres. À la une des journaux, des banquiers véreux, des politiciens hautains… pfff, tous des pourris. J’étais là, incapable de dormir, à mon bureau, un lundi à minuit, un verre à bière rempli d’un infâme whisky Sir Edward’s Smoky pour seul compagnon, histoire de me rappeler la tourbière qui nous sert de monde. Impossible de fermer l’œil, ce jeu me tournait dans la tête. C’est un beau casse-tête que les p’tits gars de chez Exordium Games nous ont lâché… Bear with Me… un point and click épisodique aussi noir que l’âme de ces foutus gangsters à la tête de l’État. Difficile de savoir qu’en penser, mais j’suis probablement le mieux placé pour vous en parler. J’me présente, Ted E. Bear, détective privé à la retraite… et Bear with Me, c’est mon enquête.

Bear with Me : La dame de Paper City

Tout a débuté avec une femme. Il y a toujours une femme… Son nom ? Ambre, enfin, Amber plutôt, comme chez les ricains. Une jolie demoiselle, vêtue d’un haut noir, d’une jupe longue et d’un sens aiguisé du sarcasme. Ah ça, elle avait de l’esprit à revendre, pas comme toutes ces filles sans classe qu’on trouve dans les cafés. La p’tite dame était dans sa chambre, tandis que la pluie s’abattait sur sa fenêtre, comme dans ces thrillers qui transpirent le désespoir et la mélancolie. Dans un coin de la pièce, une girafe en peluche, Millie de son p’tit nom. Parait que le frère d’Amber a disparu, et faudrait voir à le retrouver, sait-on jamais qu’il lui serait arrivé une bricole.

Amber menait l’enquête mais savait aussi qu’une femme seule n’irait pas bien loin dans ce monde de truands. L’aide n’était pourtant pas bien loin, il lui suffisait d’ouvrir son armoire au fond de laquelle j’avais installé mon bureau pour s’offrir mes services. Alors qu’elle ouvrait enfin ma porte, l’ambiance avait tout d’un film noir, ce courant dont Dashiell Hammett est considéré comme le paternel, vous voyez.

Et j’étais là, un vieux pochtron d’ours, face à Amber, derrière mon bureau, en train de me foutre une taule au jus carotte tandis que la lumière de la lune se voyait filtrée par les stores. Toujours la même rengaine, elle venait me faire les yeux doux et, comme un con, j’acceptais. Et voilà, c’est comme ça que notre descente aux enfers avait commencé.

Dans l’ombre du contraste

L’écran d’accueil nous met déjà dans l’ambiance !

Notre virée est aujourd’hui transposée dans le jeu Bear with Me, pensé comme un hommage à tout un genre. Peu importe où on regarde, son allure en noir et blanc nous renvoie à toutes les contradictions d’un monde où une fillette de 10 ans côtoie des cadavres et des alcooliques. Le noir… le blanc… deux teintes, et la moindre ombre vous rend paranoïaque. Et ces contradictions, ce non-sens, le jeu nous le crache au visage du début à la fin, dans chaque réplique, à travers chaque coin malfamé, et chaque personnage timbré que l’on croise. Amber cause comme une femme désabusée, et moi comme un vieil alcoolique avec un cancer de l’œsophage en phase terminale.

Et la bande-son… cette bande-son… Comme le grincement d’un charriot de SDF dans une allée sombre et dégueulasse, elle accompagne chaque tournant de l’intrigue. Les développeurs doivent connaitre du monde, parce que tous les personnages sont doublés, et pas par des charlots hein… de vrais acteurs et tout l’bazar. Cette ambiance écrase les personnages, les étouffe, les plonge dans un désespoir qui leur colle aux basques comme du sang sur la moquette d’un bar miteux. Quand Amber et moi entrons dans un bistrot, le joueur sentirait presque l’odeur de la vieille clope et du café de la veille.

Ted le maudit

On s’attend à trouver un zombie au fond du couloir !

Exordium Games, une belle bande de malades. Les mots, ça les connait, pas de doute là-dessus. Ils jonglent avec eux comme un dealer avec les pax. Ni vu ni connu jt’embrouille, ils jouent avec nos pieds et dégomment le quatrième mur à coup de batte de baseball. Les références sifflent comme des balles de snipers ; tu les vois jamais venir, mais quand c’est là, ça te rate pas. Mais voilà, tout n’est pas rose dans un monde en noir et blanc. Il n’y a pas à dire, les développeurs savent comment causer et faire marrer les gens, même si ça reste une belle galère à traduire. La plupart des blagues s’étant cassé la gueule dans la traduction, il n’y a qu’les gens qui causent le fish n’chips qui profiteront pleinement du voyage. Surtout que le traducteur aussi devait tourner au whisky, il a laissé plein de fautes de frappe. Enfin soit, ça n’empêche pas de jouer au jeu, juste de profiter de la qualité de l’écriture.

Et faut dire que les gars d’Exordium Games ont le chic pour nous sortir des énigmes à faire dessaouler toute la flicaille des bas quartiers. Ah ça, faut parfois se creuser la cervelle pour avancer, et c’est pas plus mal, ça remue un peu les neurones et ça garde en forme. Faut dire que c’est pas tous les jours qu’on nous demande de réfléchir dans ce monde de couillons. Et vas-y qu’on nous vend la même piquette à tour de bras en changeant juste l’étiquette de la bouteille. Bear with Me, au moins, il a le mérite de nous emmener dans un univers original, aussi pourri que le vôtre, c’est sûr, mais il le cache pas. Bref, c’est un sacré bijou que nous a pondu Exordium Games. Allez, jm’en vais au bistrot du coin, histoire que Bettie me serve autre chose que cette saloperie de Sir Edward’s, enfin, si je casse pas ma pipe en chemin…

L'avis d'extralife
  1. Développeur : Exordium Games
  2. Éditeur : Exordium Games
  3. Genre : Point'n Click
  4. Nombre de joueurs : 1
  5. Date de sortie : 8 août 2016
  6. Supports : PC et Mac
  • Bear with Me constitue un sacré clin d'œil à la série des romans et des films noirs. Son esthétique en noir et blanc nous plonge dans une ambiance lourde, qui colle parfaitement à l'univers. Le contraste entre les personnages principaux et les thèmes abordés donne souvent le sourire aux lèvres, principalement grâce à une excellente écriture. Malheureusement, la qualité inégale de la traduction ne rend pas justice à tous les jeux de mots, blagues et références dont ce jeu est truffé. Quant aux différentes énigmes, elles ne sont ni trop évidentes, ni trop difficiles. Bear with Me plaira sans aucun doute aux fans du genre, aux adeptes du sarcasme et à tous ceux qui n'hésitent pas à lever le coude pour s'arroser le gosier à coup de jus de carotte.
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