Gravity Rush Remastered : c’est vraiment la dernière chance au dernier momentTest JV

Gravity Rush Remastered : c’est vraiment la dernière chance au dernier moment

La mode du remaster bat son plein. On fait du neuf avec du vieux, et parfois même avec du pas si vieux que ça. Les emprunts à la ludothèque de la PS3 ne suffisent plus à combler le catalogue de la PS4, on tape désormais du côté des jeux Vita. C’est ainsi que Gravity Rush se voit offrir une nouvelle jeunesse à peine quatre ans après son lancement initial. Cette opération de la dernière chance va-t-elle parvenir à convertir suffisamment de fans à la licence avant l’arrivée du second opus toujours prévu pour cette année ?

À l’arrivée d’un remake ou d’un remaster, c’est toujours la même question qui se pose : l’opération de recyclage est-elle ou non légitime ? Lorsqu’il s’agit de ressortir de vieilles légendes qui prenaient la poussière au grenier depuis des décennies, comme c’était le cas par exemple avec Day of the Tentacle, on peut justifier la démarche en la présentant comme un effort de patrimonialisation du jeu vidéo. Mais qu’en est-il des titres qui nous reviennent moins de cinq ans après leur sortie initiale ? Le plus souvent, on se retrouve face à des opérations visant à relancer une série afin de préparer l’arrivée d’un nouvel opus. C’est le cas avec Gravity Rush Remastered puisque la suite devrait débarquer avant la fin de l’année sur PS4. Étant donné que le premier épisode était pour l’instant une exclusivité Vita et que la pauvre console portable de Sony a eu bien du mal à rencontrer son public, on comprend parfaitement que ce retour n’a rien de fortuit. Son but est tout bêtement de permettre à un maximum de joueurs de prendre le train en marche, mais vont-ils suffisamment apprécier le trajet pour avoir envie de continuer le voyage un peu plus loin ?

Je suis la femme qui tombe à pic, je suis la femme qui vient de loin

Le pouvoir de contrôler la gravité s'avère bien pratique pour explorer une cité tout en verticalité.

Le pouvoir de contrôler la gravité s’avère bien pratique pour explorer une cité tout en verticalité.

Le point de départ de Gravity Rush a forcément des allures de déjà-vu. On retrouve une héroïne amnésique, on découvre très vite qu’elle est dotée de pouvoirs mystérieux qu’il faudra apprivoiser afin de lutter contre une sombre menace qui s’en prend à son nouveau foyer… Attendez une seconde, ne tournez pas les talons trop vite, la trame est en réalité plus complexe que ne le laisse supposer ce grossier résumé. Pour commencer, le fameux pouvoir de la petite Kat (l’héroïne est surnommée ainsi parce qu’elle est accompagnée d’un étrange chat noir) est assez original, il s’agit de manipuler la gravité. Comprenez par là qu’elle peut mettre dans un état d’apesanteur de lourds objets, marcher sur des murs comme si de rien n’était, et surtout tomber dans n’importe quelle direction. Kat ne vole pas vraiment, elle se casse la gueule, et ça change tout. Concrètement, le fait de modifier la gravité à la volée permet d’explorer très agréablement la vaste cité suspendue qui constitue le terrain de jeu, mais ce pouvoir bien pratique ne transforme pas Kat en machine de guerre. Elle demeure tout au long du jeu une héroïne bien humaine, une personne avec ses contradictions, sa vision parcellaire du monde, qui essaie tant bien que mal de diriger la chute constante à laquelle se résume son existence. Bref, le genre de destin que n’aurait pas renié Heidegger…

Nous pouvons le reconstruire, il sera supérieur à ce qu’il était avant

Le seul véritable apport des trois DLC tient au fait de débloquer de nouveaux costumes.

Le seul véritable apport des trois DLC tient au fait de débloquer de nouveaux costumes.

Gravity Rush a de belles qualités qui ont déjà fait de lui l’un des titres phares de la Vita, mais cette version PS4 ne se résume pas à un simple copier/coller et elle a eu droit à quelques ajustements. Notons au passage que Sony n’a pas fait appel à d’illustres inconnus pour réaliser ce portage, on retrouve aux manettes le studio Bluepoint Games qui depuis plus de cinq ans s’est fait une spécialité de ces travaux de recyclage. On lui doit en effet le lifting des God of War, des Metal Gear Solid, des titres de la team Ico ou encore récemment des Uncharted… Autant dire que les équipes sont plutôt rodées en la matière, et ça se voit puisqu’elles nous rendent ici une copie exemplaire. Cette version PS4 comprend pour commencer les trois DLC qui étaient proposés au téléchargement sur Vita. Autant être honnête, on aurait pu se passer de ces packs de missions et de défis pas franchement passionnants et qui n’apportent rien à la trame principale si ce n’est la possibilité de débloquer trois nouvelles tenues plutôt mignonnes pour la petite Kat. Même si on n’apprécie pas outre mesure jouer à la poupée, on ne peut toutefois que saluer le geste. Là où le remaster devient plus intéressant, c’est dans sa façon d’ajouter un coup de polish aux graphismes sans pour autant dénaturer la patte artistique qui faisait le charme du titre original. Enfin, la maniabilité a été parfaitement adaptée à la manette, à tel point que toutes les imprécisions dont souffrait la version Vita ont été gommées. On utilise ici essentiellement les sticks pour diriger Kat, mais on garde la possibilité de jouer très légèrement avec l’effet gyroscopique du pad pour rendre les cabrioles aériennes plus immersives. En un mot, c’est un sans-faute, mais suffit-il d’effectuer une excellente adaptation d’un excellent titre portable pour obtenir un excellent jeu sur console de salon ?

Personne dans le monde ne marche du même pas…

Kat ne vole pas, elle se casse perpétuellement la gueule...

Kat ne vole pas, elle se casse perpétuellement la gueule…

Finalement la plus grosse critique que l’on puisse adresser à ce Gravity Rush Remastered tient à ce qui faisait le charme du titre initial : sa grande originalité en terme de rythme de narration. En effet la trame principale multiplie les fausses-pistes, les impasses scénaristiques, si bien qu’on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre en débutant un nouveau chapitre. Lors de sessions relativement courtes sur console portable, on saute ainsi de surprise en surprise si bien que la répétitivité des combats et des défis passe au second plan. Cette force n’est pas loin de devenir une faiblesse sur une console de salon : si la surprise est toujours au rendez-vous, il faut bien reconnaître qu’elle génère aussi un brin de confusion lorsque les sessions de jeu s’allongent. Certes le scénario conserve son originalité, mais sous ce nouvel éclairage il nous apparaît aussi moins cohérent et plus difficile à appréhender. Ceux qui ont déjà apprécié le jeu sur Vita n’auront aucun mal à passer outre ce problème de rythme, par contre les nouveaux venus sur la licence risquent d’être déroutés, voire de se perdre en route. À ce niveau là, la version PS4 ne remplit qu’en partie son objectif puisqu’elle ne parviendra pas forcément à s’attirer les faveurs d’un nouveau public et qu’elle se destine finalement avant tout aux joueurs qui étaient déjà tombés sous le charme de Kat.

L'avis d'extralife
  1. Développeur : Bluepoint Games
  2. Éditeur : Sony
  3. Genre : Action-aventure
  4. Date de sortie : 5 février 2016
  5. Support : PS4
  • gravity_rush_remastered_jaquetteSur le papier ce Gravity Rush Remastered a tout d'une réussite puisqu'il s'agit d'une excellente adaptation de l'un des titres phares de la Vita. Cependant, le passage de la petite portable à la console de salon ne se fait pas sans heurt et le rythme si particulier du titre qui faisait son charme sur Vita vient plomber un peu l'expérience de jeu sur PS4.
3

Tombé sur Terre un peu par hasard, le blob dévore mollement tout ce qu'il trouve dans l'espoir de comprendre son environnement. Ne jugez pas trop sévèrement son appétit vorace ou vous risquez d'être au menu de son prochain repas.

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7 commentaires

  1. Garrett
    5 avril 2016 à 16 h 51 min Répondre

    Un test spécial « Séries télévisées » de notre enfance. Saurez-vous les retrouver toutes ?

  2. BabyMonkey
    5 avril 2016 à 19 h 08 min Répondre

    Miniblob serait-il fan de Booba? :)

  3. miniblob
    5 avril 2016 à 22 h 04 min Répondre

    Autant je plaide coupable pour les vieux génériques de série, autant j’avoue ne pas connaître des masses Booba (mis à part le petit ourson mais bon…)

    1. BabyMonkey
      6 avril 2016 à 23 h 04 min

      C’était juste une blaguounette par rapport au fait que Booba a utilisé la phrase « Personne dans le monde ne marche du même pas » récemment ^^

    2. Garrett
      7 avril 2016 à 12 h 45 min

      Booba devait faire référence à Arnold et Willy.
      https://www.youtube.com/watch?v=Tlh0GopyniE

  4. osnotropp
    8 avril 2016 à 13 h 22 min Répondre

    N’ayant pas de Psvita, je me suis précipité sur le remaster Ps4 et j’ai adoré, certes un peu facile côté gameplay mais c’est vraiment le côté visuel qui m’a charmé avec un très bon travail au niveau des ambiances de couleurs et des profondeurs. je lui ai même trouvé un petit côté moebius.
    j’attends en tout cas le prochain opus avec plaisir.

    1. miniblob
      9 avril 2016 à 16 h 08 min

      Tout à fait de ton avis, la DA est fantastique et il y a effectivement un petit côté Moebius dans le trait (c’était aussi les cas d’ailleurs pour El Shaddai, bon son gamelpay était un peu moisi mais niveau artistique c’était épatant !)

      C’est marrant comme remarque parce que je suis justement en train de lire le livre d’entretiens « Docteur Moebius et Mister Gir » que je conseille vivement à tous les fans de ce grand auteur (à condition par pitié d’acheter le bouquin dans une librairie et pas sur amazon :P )