Fourberies : Bêtes de scèneTest JDS

Fourberies : Bêtes de scène

Semblable à une sorte d’Aurillac féérique, le royaume de Fourberies accueille chaque année le Mirifique Festival de théâtre. Toutes les troupes s’y retrouvent pour présenter non pas le plus beau spectacle, mais celui qui plaira le plus au roi Léonus XIV, connu pour ses changements d’humeur. Voyez-vous, le souverain n’arrive jamais à se décider, et son cœur balance constamment entre la comédie et la tragédie. Ne sachant à quoi s’en tenir, les troupes n’ont pas le choix : tout en préparant leur pièce, elles tenteront d’influer sur l’humeur du roi pour attirer ses faveurs et les écus qui vont avec.

fourberies_0001Durant une partie de Fourberies, les joueurs seront amenés à enrôler comédiens et tragédiens pour monter un spectacle susceptible de plaire au roi dont l’humeur peut changer à tout moment. Une partie complète se déroule en deux saisons et à la fin de chacune, les joueurs regardent combien leur troupe comptent d’acteurs de chaque type (comédiens et/ou tragédiens) et remportent un écu pour chaque acteur correspondant à l’humeur du roi. Une somme supplémentaire est accordée à ceux qui parviennent à présenter un spectacle ayant plu au souverain, c’est-à-dire à ceux dont le différentiel entre l’expérience des comédiens et des tragédiens penche en faveur du type de spectacle exigé par le roi. Ce pécule est même doublé pour celui qui s’en sort le mieux, c’est-à-dire pour le joueur présentant le plus grand différentiel. D’autres méthodes permettent de gagner de l’argent, nous y reviendrons, mais dans les grandes lignes, c’est comme cela que ça passe. Au terme des deux saisons, le joueur avec le plus d’argent remporte la partie

Les régisseurs sont éjectés de la scène à chaque changement d'humeur, et donc de décor.

Les régisseurs sont éjectés de la scène à chaque changement d’humeur, et donc de décor.

Toute la problématique consiste donc à enrôler les meilleurs acteurs, dispersés à travers le royaume. À chaque tour, les joueurs devront secrètement choisir l’une des huit destinations où ils trouveront une ou plusieurs cartes d’acteurs à récupérer. Tout le monde révèle alors sa destination en même temps, pose l’une de ses petites caravelles sur le lieu visé puis une phase de résolution démarre. Si un unique joueur se rend dans une cité, il ramasse l’ensemble des cartes qui y sont associées et les résout une par une. On trouve trois types de cartes. Les premières sont des primes qui accordent directement quelques écus à prendre dans la banque. Les secondes sont les plus nombreuses et représentent un acteur, comédien ou tragédien, d’expérience plus ou moins élevée. Ce niveau d’expérience correspond à un effet devant immédiatement être appliqué lors du recrutement. Par exemple, les acteurs d’expérience 1 permettent de récupérer toutes ses caravelles, ce qui nous donnera plus de choix de destinations au coup suivant puisqu’il est interdit de visiter une cité si l’une de ses caravelles s’y trouve déjà. Les acteurs d’expérience 2 vole un écu à un autre joueur, tandis qu’avec un acteur d’expérience 3, il est possible d’envoyer un régisseur au théâtre et de gagner autant d’écus qu’il y a déjà de régisseurs sur scène. Cela dit, dès que l’humeur du roi bascule, tous les régisseurs sont éjectés et renvoyés à leurs troupes. Les acteurs d’expérience 4 n’ont aucun effet particulier, tandis que ceux d’expérience 5 obligent le joueur à dépenser un écu pour les engager.

Les saltimbanques restent fidèles d'une saison sur l'autre.

Les saltimbanques restent fidèles d’une saison sur l’autre.

Le troisième type de cartes représente des saltimbanques. Il s’agit de divers personnages offrant des pouvoirs spéciaux. Par exemple, la tortue permet de choisir sa destination après tout le monde, tandis que le cheval permet de voyager vers deux cités durant le même tour. Le caméléon, quant à lui, peut passer pour un comédien ou un tragédien, selon les besoins de la troupe. Si les acteurs récupérés seront obligatoirement défaussés entre les deux saisons, les saltimbanques, eux, restent dans la troupe d’un joueur jusqu’à la fin de la partie. Toutefois, leurs pouvoirs respectifs ne peuvent être utilisés qu’une fois par saison.

Après avoir résolu l’effet des cartes obtenues, le joueur a finalement la possibilité d’en défausser une afin d’influencer l’humeur du roi. Ainsi, en se débarrassant d’un comédien de valeur 3, l’humeur du roi basculera de trois cases en faveur de la comédie. Ce qui pose bien sûr un petit dilemme puisque pour faire pencher l’humeur du roi dans un sens, il faut dire au revoir à l’un des acteurs justement spécialisés dans le type de pièce que l’on souhaite monter. Du coup, il est important de veiller à assurer ses arrières en ne défaussant pas tous ses comédiens, si c’est bien une comédie que l’on souhaite interpréter devant la cour. Car c’est une chose d’influencer le roi, encore faut-il lui assurer le spectacle par la suite !

Les demandes secrètes guident la stratégie à mettre en place.

Les Demandes secrètes guident la stratégie à mettre en place.

Défausser un acteur n’est toutefois pas le seul moyen d’influencer le roi. Ainsi, si plusieurs joueurs choisissent secrètement  la même destination, aucun d’eux ne remporte les cartes. À la place, l’ensemble de ces cartes est défaussé et tous les acteurs renvoyés influencent l’humeur du roi en fonction de leur type. Ce qui peut aboutir à un changement d’humeur radical en fonction des cartes rejetées ! Les joueurs ne repartent toutefois pas bredouilles puisqu’ils gagnent chacun une Demande secrète. Ces dernières sont à jouer en fin de saison pour gagner des écus supplémentaires à condition de remplir les conditions requises. Par exemple, le Maître du Protocole vous offrira six écus si vous parvenez à aligner autant de comédiens que de tragédiens en fin de saison tandis que la Nourrice vous payera cinq écus si vous n’avez aucun acteur d’expérience 4 ou 5 dans votre troupe. La Reine sera quant à elle prête à vous verser dix écus si votre spectacle ne plaît pas au roi !

Le spectacle présentée par cette troupe a une valeur de 2 en faveur de la comédie.

Le spectacle présenté par cette troupe a une valeur de 2 en faveur de la comédie.

Lorsque toutes les cités sont résolues, une nouvelle carte est ajoutée devant chaque destination et on repart pour un tour. Comme évoqué au-dessus, un joueur ne peut pas se rendre sur un lieu où se trouve déjà l’une de ses caravelles. Il doit attendre de n’avoir plus qu’une seule caravelle devant lui avant de pouvoir les reprendre toutes et profiter de plus d’options. Cette règle est à double tranchant, car si d’un côté, chacun se trouve de plus en plus limité dans ses choix de destination, cette contrainte permet aussi d’obtenir des informations indirectes sur les cités où se rendront potentiellement les adversaires. Puisque l’on sait exactement quelles sont les cités qu’ils sont encore autorisés à visiter, à nous de décider si on veut voyager au même endroit ou les éviter à tout prix. Tenter de les rejoindre signifie tenter d’influencer le roi mais aussi récupérer une demande secrète au passage. À l’inverse, les éviter, c’est espérer enrôler des acteurs pour faire grandir sa troupe. Il s’installe ainsi une sorte de jeu de l’esprit où chacun tente de lire la stratégie de ses adversaires pour les contrer ou au contraire les laisser dans leur coin.

Fourberies est un festival de couleurs et de bonne humeur.

Fourberies est un festival de couleurs et de bonne humeur.

Si l’essentiel des mécaniques de jeu repose sur cette notion de bluff, de contre-bluff et de « je crois que tu vas aller là, alors je vais te faire croire que j’y vais aussi, pour finalement aller ailleurs », les notions de stratégie et de planification ne sont pas totalement absentes non plus. Les Demandes secrètes permettent en effet d’orienter son jeu en fonction des conditions à remplir, d’autant que celles qui sont jouées lors de la première saison resteront aussi valables pour la seconde. Mais encore faut-il obtenir l’une de ces Demandes en se rendant dans la même cité qu’un adversaire. Et là, on en revient à la question fil rouge de Fourberies « Dis-moi où tu vas, je te dirai ce que je ferai ». Cet aspect, non pas aléatoire, mais presque divinatoire, divisera certainement les joueurs et laissera même probablement sur le carreau ceux qui apprécient avoir un peu plus de contrôle et de visibilité sur leurs parties. Ce manque de contrôle pose en effet problème puisque théoriquement il est possible de se retrouver dans la même cité qu’un adversaire à chaque tour de jeu, surtout dans les parties à quatre ou cinq joueurs où le plateau devient vite encombré. Le joueur victime de ce comble de malchance se verrait alors obligé de subir la partie de bout en bout en ne pouvant jamais ramasser la moindre carte acteurs et donc en ne pouvant monter aucun spectacle. La variante à deux joueurs comble en partie le problème, du moins le manque de visibilité puisque chaque joueur est accompagné d’une seconde troupe amie dont il connaît par avance la destination. Dans les faits, on se retrouve à simuler une partie à quatre joueurs. On ne reste pas complètement à l’abri de la mauvaise situation décrite au dessus, mais au moins chacun sait ce que l’une des trois autres troupes fera ce coup-ci et peut donc tenter de s’adapter en conséquence.

Que l’on apprécie ou non le style de jeu, tout le monde s’accordera tout de même sur la qualité du matériel constitué de jolies figurines pour représenter les caravelles et les régisseurs, et d’un véritable petit théâtre à construire avec un décor capable de pivoter au gré de l’humeur du roi. N’oublions pas non plus de souligner l’excellent travail de Jérémie Fleury qui dépeint un royaume animalier anthropomorphique rappelant notamment le Robin des Bois de Disney. Coloré et bon enfant, cet univers traduit finalement bien les attributs d’un jeu léger et familial, où la stratégie, présente par petites bribes, passe au second plan.

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L'avis d'extralife
  1. Auteurs : Bruno Cathala et Christian Martinez
  2. Illustrations : Jérémie Fleury
  3. Éditeur : Bombyx
  4. Genre : Collecte et Combinaisons de cartes
  5. Date de sortie : 2016
  6. Nombre de joueurs : 2 à 5 joueurs
  7. Âge recommandé : À partir de 10 ans
  8. Durée de la partie : 40 mn
  9. Site officiel : http://www.studiobombyx.com/fourberies.html
  • fourberies_boitePeut-être parce qu'il s'agit de la grosse sortie du moment chez l'éditeur Bombyx, peut-être aussi parce qu'il est co-signé par Bruno Cathala, on attendait autre chose de Fourberies. Il ne s'agit pas du jeu riche et profond que l'on imaginait, mais plutôt d'un moment de légèreté dans le monde du spectacle entre animaux de bonne compagnie. On n'enchaînera donc peut-être pas les parties de Fourberies toute la nuit, mais on en profitera volontiers en guise d'apéritif histoire d'entamer en douceur une soirée jeux, ou au contraire pour clore les festivités en offrant un dessert sucré à nos esprits éventuellement fatigués par d'autres jeux plus consistants.
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La découverte de BurgerTime aux débuts des années 80 aura clairement affecté la vie de ce grand bonhomme. Non seulement, Jihem a développé une passion pour les jeux vidéo, mais il a également choisi de s'installer au pays du hamburger. Sa mère est plutôt heureuse qu'il n'ait pas découvert les jeux avec Boogerman.

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