Dragon Quest VII : Le chaînon manquant Test JV

Dragon Quest VII : Le chaînon manquant

Lorsque le huitième volet de la franchise Dragon Quest arrive en 2008 dans notre pays, nul ne peut encore savoir quel accueil l’Europe réservera à l’une des plus grandes sagas de RPG restée injustement inaccessible sous nos latitudes pendant plus de vingt ans. Depuis, l’engouement des joueurs européens pour la série a convaincu Square Enix de localiser sur le vieux continent les opus IV à VI à l’occasion de leurs refontes complètes sur DS, l’étape suivante étant la sortie logique des remakes de Dragon Quest VII et Dragon Quest VIII sur 3DS.

Mais après trois longues années d’attente, l’incertitude s’installe : la quantité astronomique de textes incluse dans le septième volet de la série ne va-t-elle pas compromettre purement et simplement sa localisation ? Finalement, c’est dans une version ayant bénéficié d’un travail de traduction titanesque que Dragon Quest VII : La Quête des Vestiges du Monde se voit édité en français, plus de trois ans après la mouture japonaise. Une sortie qui met fin à plus de quinze années d’attente pour tous ceux qui n’avaient pu découvrir ce septième volet lors de sa sortie originale sur PlayStation en 2000 au Japon et l’année suivante aux États-Unis, soit la très grande majorité d’entre nous.

dragon_quest_7_001Il faut dire que Dragon Quest VII a longtemps souffert de sa réputation d’épisode à rallonge ayant cédé aux caprices de la 3D à l’époque où celle-ci était encore balbutiante, d’où une réalisation décriée par la plupart des fans pour son caractère sommaire et disgracieux. Il est vrai que le mélange 2D/3D utilisé sur la version PlayStation n’était pas des plus heureux, notamment à cause de la taille ultra réduite des personnages et du manque de finesse des textures composant les décors.

La bonne nouvelle, c’est que parmi les nombreux remaniements et améliorations apportés par ce remake 3DS, les graphismes ont été entièrement retravaillés conformément au style caractéristique des refontes précédentes. Non seulement le côté daté de la réalisation disparaît mais on peut désormais apprécier pleinement les multiples changements vestimentaires induits par le choix des jobs puisque ces tenues sont maintenant visibles à l’écran. Visuellement magnifique, ce remake accuse en revanche un certain retard pour ce qui est du manque de perspectives offertes en combat puisque la caméra fixe ne permet pas de profiter de l’absurdité des techniques utilisées par les membres de l’équipe.

À nous d’imaginer par exemple un monstre plié de rire suite à l’écoute d’une « chanson bête » entonnée par l’un de nos héros car aucune animation particulière ne viendra matérialiser son attitude à l’écran en dehors d’un simple texte informatif. Rien de grave bien sûr, mais cela nuit tout de même à l’efficacité de l’ensemble, tout comme le fait de savoir que la version européenne a été étrangement dépossédée des musiques orchestrales dont bénéficiait pourtant la version originale japonaise sur 3DS…

dragon_quest_7_002Parfois trahit par sa durée de vie d’exception au point de rebuter les moins courageux, Dragon Quest VII est incontestablement un RPG exigeant qui, même en ligne droite, requiert un minimum de 70 heures de jeu pour dévoiler son dénouement. Qui plus est, l’absence d’indications laissées au joueur et la structure morcelée de cette aventure dans laquelle il n’est pas rare d’être complètement perdu expliquent la difficulté à atteindre son terme alors que les nombreuses baisses de rythme nous incitent à baisser les bras. Voilà pourquoi, même s’il ne résout pas la problématique des allers-retours incessants, ce remake prend tout de même la peine d’inclure un nouveau menu providentiel prodiguant de précieux conseils sur les différents objectifs à atteindre sans toutefois nous mâcher tout le travail.

Car la grande particularité de cet épisode est de prendre place dans deux chronologies différentes, les actions menées dans le passé ayant pour conséquence l’émergence de nouveaux continents dans le monde présent. Plus précisément, nos héros voyagent dans le temps dans le but de réhabiliter les différentes parties du monde qui ont disparu de leur réalité où il ne subsiste plus qu’une seule île surnageant à la surface de l’eau. Ainsi donc, en venant en aide aux générations passées, l’équipe trouve aussi le moyen de redonner progressivement au présent son apparence d’autrefois, ce qui passe par la collecte de mystérieuses tablettes dispersées aux quatre coins de la planète.

Une quête qui, même si elle est facilitée par la présence d’un radar indiquant leur proximité, reste loin d’être aisée de par la construction ultra morcelée de l’aventure et la quantité importante de lieux à explorer en parallèle dans les deux chronologies. Là réside néanmoins tout le sel de cet opus qui peut également compter sur son système de vocations affiné pour nous tenir en haleine jusqu’au bout.

dragon_quest_7_003Bien que Dragon Quest VII soit généralement réputé pour sa difficulté excessive, le titre ne l’est pourtant que durant sa première vingtaine d’heures de jeu, la faute à un piège des plus vicieux précédant l’obtention des fameux jobs de l’abbaye des vocations. Par la suite, et à condition de développer judicieusement les classes en question, l’aventure devient à l’inverse presque trop facile, certains jobs permettant d’user et d’abuser de techniques de zones dévastatrices ne coûtant aucun MP. Autrement dit, une fois la délicate entrée en matière passée, ce qui inclut notamment la mise en route poussive du scénario qui ne laisse que trop tardivement place à l’action, la progression devient véritablement délectable. D’autant que ce remake 3DS accélère un peu la maîtrise des différents jobs pour nous permettre de créer plus rapidement des personnages polyvalents. Outre les jobs intermédiaires quasiment cheatés comme le paladin, l’équipe pourra à terme accéder à des vocations avancées qui feront toute la différence dans les donjons et contre les boss. Arpenter même les contrées les plus malfamées avec une équipe de Champions, de Héros et de Druides relève ainsi presque de la promenade de santé mais requiert une bonne planification préalable de l’arborescence des classes.

Dans son ensemble et grâce à ces jobs, le titre n’impose finalement aucune phase de level up et s’appuie même sur une distribution des points de jobs qui impose justement de ne pas gagner trop d’XP si l’on veut que nos personnages puissent développer leurs vocations. Déroutant de prime abord, ce système démarque encore un peu plus ce septième épisode des autres volets de la série où l’on passe une bonne partie de son temps de jeu à traquer les familles de Metal Slimes en quête d’XP à gogo.

dragon_quest_7_004Si la maîtrise des jobs a été accélérée à l’occasion de ce remake, ce n’est pas le cas des différentes classes de monstres qu’un personnage peut adopter en s’équipant d’un cœur de monstre bien précis au moment de changer de vocation. On peut donc difficilement en explorer toutes les ramifications possibles avant d’atteindre la fin du jeu, à moins de rajouter plusieurs autres dizaines d’heures de jeu au compteur, mais cela reste totalement facultatif. Il faut aussi accepter l’idée de laisser partir certains compagnons d’aventure que l’on a pourtant passé du temps à entraîner sans aucune certitude de les revoir un jour. En contrepartie, le dilemme du choix des membres de l’équipe ne se pose jamais vraiment ici et chacun des protagonistes clefs a les moyens de sortir du lot.

Jouissant déjà d’une durée de vie minimum de 70 heures en ligne droite, l’aventure s’agrémente également de donjons optionnels et de quêtes annexes enrichies sur cette version 3DS. Par exemple, le fait de réunir d’anciens monstres repentis dans des enclos dont il faut trouver des plans permet désormais de constituer des équipes de monstres pour les envoyer récupérer des tablettes de voyageurs optionnelles à partager via StreetPass, ce qui débloque des donjons inédits.

Autant dire que la cartouche a toutes les chances de squatter la console pendant de nombreux mois, assez longtemps en tout cas pour nous occuper jusqu’à la sortie du remake de Dragon Quest VIII !

L'avis d'extralife
  1. Développeur : ArtePiazza
  2. Editeur : Square Enix
  3. Genre : J-RPG
  4. Support : 3DS
  5. Date de sortie : 16 septembre 2016
  6. Site officiel : https://www.nintendo.fr/
  • dragon_quest_7_jaquette

    L'épisode le plus démesuré de la série Dragon Quest s'offre une refonte 3DS des plus avantageuses car, s'il n'est toujours pas l'opus le plus accessible de la franchise, Dragon Quest VII a désormais tout ce qu'il faut pour séduire le public européen. Sa réalisation graphique sans commune mesure avec l'original, ses indices intégrés et sa traduction complète en français ne sont que quelques-uns de ses principaux atouts qui justifient une plongée immédiate dans cette aventure de longue haleine. Après plus de quinze ans d'attente, le public européen n'a plus aucune excuse pour faire l'impasse sur ce monument du RPG à l'ancienne.

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2 commentaires

  1. Hugo
    19 octobre 2016 à 17 h 48 min

    On a souvent tendance à croire que l’époque des décalages énormes entre les sorties d’un jeu au Japon, en Amérique et en Europe appartient au passé. Et pourtant…Quinze ans d’attente pour ce jeu ! C’est fou, mais compréhensible bien entendu.
    Bon test Romendil ! C’est toujours un plaisir de te lire.

  2. Potato
    21 octobre 2016 à 12 h 03 min

    Bravo, je comptais faire l’impasse et attendre sagement DQ8, mais maintenant avec ce test je me tâte…

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