Gravity Rush 2 : Quand Kat combat les inégalités socialesTest JV

Gravity Rush 2 : Quand Kat combat les inégalités sociales

Qui n’a jamais rêvé de ne plus avoir à se plier aux lois de la gravité ? De pouvoir voler comme Superman ? Eh bien, Gravity Rush 2 fait mieux ! Ici, on ne vole pas, on tombe dans le ciel ! Ce titre réalise le rêve de tout parachutiste tout en abordant des thèmes dont la gravité pourrait bien vous faire tomber des nues.

Comme un cheveu dans la soupe

Tout d’abord, il convient de préciser qu’il s’agit là d’une vraie suite comme on ne les aime pas forcément, c’est-à-dire que, lorsqu’on n’a pas joué au titre précédent, se mettre dans le bain peut s’avérer difficile. En effet, les développeurs ne se sont pas embarrassés d’un quelconque récapitulatif. Les personnages sont supposés connus, de même que l’univers. Ainsi, les néophytes ne devront pas s’étonner de ne pas comprendre pourquoi Kat n’a de cesse de parler d’Hekseville, de Raven et de faire référence à son statut de reine sans donner plus d’informations.

N’ayant moi-même pas joué au premier opus, je me suis retrouvé fort dépourvu lorsque l’histoire fut venue. Mais pas de panique, quelques recherches sur le net permettent de rattraper le retard pour raccrocher les wagons et aborder Gravity Rush 2 sans problème.

Nous retrouvons donc Kat qui, après avoir été aspirée dans une tempête gravitationnelle, s’est vue propulsée dans un autre monde en compagnie de Syd. Si Raven a également été aspirée par la tempête, elle ne semble pas s’être retrouvée au même endroit que ses deux amis. Kat et Syd sont donc recueillis par un groupe de mineurs gravitationnels auprès desquels ils devront travailler pendant quelques temps. Kat découvrira par la suite un monde où l’injustice semble régner en maître et elle se chargera donc de protéger la veuve et l’orphelin de l’oppression. Le scénario est d’ailleurs centré sur la lutte contre le pouvoir en place, ce qui s’inscrit parfaitement dans la logique de l’univers.

La série Gravity Rush a de l’originalité à revendre. Pour ceux qui ne la connaissent pas, il s’agit d’un mélange d’action, d’aventure, d’exploration et de plates-formes. Nous sommes aux commandes de Kat, personnage principal du jeu et Gravitéenne de son état, ce qui lui permet de manipuler la gravité à sa guise. Grâce à ce pouvoir, elle peut tomber dans n’importe quelle direction, faire léviter des objets et les transformer en projectiles, effectuer des glissades gravitationnelles et même faire disparaître instantanément 5 kilos de la balance lorsqu’elle se pèse. Ne voulant pas s’arrêter en si bon chemin, elle débloquera encore différents pouvoirs associés à des astres au cours de son aventure.

Dans ce titre, on découvre un univers riche, coloré et bien pensé. La fluidité et la beauté des animations rappellent la série des Naruto Shippuden: Ultimate Ninja Storm ou encore, dans un autre registre, Ni No Kuni. Les mouvements de notre avatar sont plus qu’élégants. Lors des combats par exemple, on prend un malin plaisir à virevolter autour de notre opposant, simplement parce que ça en jette. De plus, grâce au level design, nos actions prennent une toute autre dimension.

En effet, les décors et les paysages sont impressionnants, tant du point de vue esthétique que pratique. À l’exception de certaines phases pénibles (nous y reviendrons) tout est pensé en fonction du contrôle de la gravité. Les différents mondes que l’on explore sont souvent disposés sur plusieurs niveaux, notre héroïne peut donc aller et tomber à sa guise entre ceux-ci. Force est de constater que ce système de déplacement est tout bonnement magistral. Foncer dans tous les sens et explorer les alentours sans prêter attention aux missions s’avère tout aussi plaisant que suivre la trame scénaristique.

J’préfère quand c’est un peu trop plus moins calme…

Cependant, tout n’est pas rose dans Gravity Rush 2. Très classiquement, pour avancer dans le jeu, il faut progresser dans les missions. Il en existe trois types : les missions principales, les missions annexes et les défis. Si les missions sont variées, elles ne sont hélas pas toutes intéressantes. Dans un jeu dynamique comme celui-ci, il est normal d’avoir des moments un peu plus calmes, histoire que le joueur puisse se détendre un peu. Mais ici, les moments calmes le sont vraiment trop. Ainsi, certaines missions nécessitent que l’on prenne des personnages en filature pendant des lustres alors que ceux-ci avancent à deux à l’heure. Pire ! Si Kat est repérée, la mission reprend depuis le début.

D’autres missions se révèlent tout simplement dénuées d’intérêt, comme celle où l’on doit chercher un « cerf-volant pour chien », comprenez un frisbee (merci les traducteurs). Le but se résume à trainer un chien dans tous les coins d’un parc afin qu’il renifle certains endroits et qu’il retrouve finalement son jouet disparu. Inutile de préciser que le taux d’inactivité du joueur bat tous les records pendant les recherches…

Dans l’ensemble, les missions s’avèrent toutefois plutôt sympathiques et variées. Il y a en tout 48 missions annexes et 20 défis. Cela parait peu, mais comptez tout de même quelques dizaines d’heures si vous voulez terminer le jeu à fond. Le trophée de platine peut être obtenu après environ 40 heures.

Plus léger qu’une plume ?

Si l’ambiance de Gravity Rush 2 peut paraitre légère, une fois que l’on se penche sur les thèmes abordés, son côté « critique sociale » devient évident. Les développeurs ont eu recours à une stratégie récurrente pour mettre à mal les valeurs de la société moderne : le personnage ingénu. Kat est profondément naïve et regarde les injustices et la méchanceté à travers des yeux d’enfant. Ainsi, elle ignore tout des inégalités sociales, ou en tout cas, elle n’y comprend pas grand-chose. S’ensuivent des remarques montrant toute la candeur de l’héroïne et reflétant l’idéologie sous-jacente du titre. Mais les paroles et les personnages ne sont pas les seuls à véhiculer des idées. Même le level design en est imprégné.

Prenons le premier lieu où l’on se trouve : la ville de Jirga Para Laoh. La structure par niveaux reflète, de manière parfois peut-être un peu simpliste, les échelons hiérarchiques de nos sociétés. Ainsi, les militaires et les hommes politiques vivent tout en haut de la pyramide. Viennent ensuite les riches, puis, la tranche moyenne de la population, et enfin, les pauvres. Que l’on prenne l’aspect des différents quartiers, le profil de leurs habitants ou les thèmes musicaux, tout est porteur de sens.

Par exemple, Lei Havina, la zone riche, présente des couleurs vives et joyeuses. Tout est beau, tout est propre et les gens sont habillés de manière chic. Par contre, dès qu’ils ouvrent la bouche, on découvre leur caractère mesquin, égocentrique et dédaigneux face à tous ceux qui ne peuvent pas se payer trois maisons par mois. Le thème musical de cette zone s’avère assez jovial mais il donne également une petite touche ironique très Amour, Gloire et Beauté qui souligne toute la superficialité de ses habitants. Quant à Lei Elgona, la zone pauvre, celle-ci est sombre et désenchantée. Ses habitants sont amers mais cachent souvent un cœur d’or. Le thème musical, lui, est triste et pousse à l’empathie.

La perspective choisie par les développeurs peut paraitre de temps à autre un peu trop manichéenne, mais les personnages ne se limitent pas à une opposition de noir et de blanc. Au contraire, ils présentent des nuances, leur côté humain finissant en fin de compte par ressurgir. Il convient de saluer la réflexion qui se cache derrière l’agencement de chaque élément du scénario et de l’univers en général. Les développeurs parviennent à nous fournir une critique somme toute assez acerbe de la société en abordant des thèmes délicats comme l’alcoolisme, les inégalités sociales ou encore le star-système assez prégnant dans notre monde moderne, le tout sur un ton léger et humoristique sans tomber dans le too much moralisateur. Pourtant, comme mentionné précédemment, le scénario entier tourne autour de la lutte contre l’oppression. L’on pourrait penser que le résultat final se révèlerait lourd, mais force est de constater que le tout fonctionne très bien.

Soutenu tout du long par un humour omniprésent, Gravity Rush 2 reste tout à fait cohérent avec le caractère du personnage principal. Si les blagues prennent parfois des allures enfantines au vu de la naïveté de Kat, elles peuvent également être plus fines. On peut citer quelques références à des films, Le Bon, la Brute et le Truand par exemple, ou quelques jeux de mots présents de-ci, de-là.

Newton serait fier

Les combats sont assez plaisants et permettent une utilisation des mécaniques gravitationnelles faciles à prendre en main. Kat dispose d’une jauge d’énergie gravitique qui lui permet de recourir à son pouvoir et d’une autre jauge dédiée aux attaques spéciales. Dans cet opus, elle possède également de nouveaux pouvoirs, qui viennent encore dynamiser le gameplay. Ainsi, elle peut se parer de l’armure de la Lune, qui la rend plus légère, et de celle de Jupiter, qui la rend plus lourde. Ces deux armures apportent leur lot de nouvelles actions. Lorsqu’un jeu présente autant de mécaniques et de pouvoirs différents, le risque est grand de se retrouver avec un gameplay en équilibre précaire, par exemple, lorsque l’on a des pouvoirs surpuissants que l’on utilise pendant toute l’aventure, et d’autres dont l’utilité se fait désirer. Mais ici, il n’en est rien, le résultat est tout à fait équilibré.

Reste tout de même à souligner certaines choses plutôt gênantes pour la jouabilité. Car si les déplacements et les affrontements dans les grands espaces s’avèrent jouissifs et dantesques, les phases dans les endroits exigus relèvent tout simplement du calvaire. La caméra part dans tous les sens, et on ne comprend pas du tout ce qui se passe à l’écran. Ces moments-là sont atroces et donnent envie de lancer la manette à travers la télévision. Fort heureusement, ces phases ne parviennent pas à pourrir le jeu, bien qu’elles semblent se donner du mal pour y arriver. Gravity Rush 2 reste une très bonne expérience vidéoludique, ses défauts n’enlèvent rien à l’originalité qui caractérise le titre et n’entachent pas son univers, plus profond qu’à première vue.

L'avis d'extralife
  1. Développeur : Sony Japan
  2. Éditeur : Sony
  3. Genre : Action, Aventure
  4. Support : PS4
  5. PEGI : 12 ans et plus
  • Nécessitant d’être déjà familier avec son univers, Gravity Rush 2 reste tout de même accessible aux néophytes s’ils se donnent la peine de faire quelques recherches. Les développeurs donnent corps avec brio à un univers riche et plus profond qu’on pourrait le croire, et ont su mettre à profit des mécaniques bien huilées. Les petits défauts du titre, bien que parfois très gênants durant certaines phases, n’entachent pas outre mesure l’expérience. Gravity Rush 2 mérite bien que l’on se jette la tête la première dans son splendide univers pendant les quelques dizaines d’heures nécessaires pour terminer le jeu.
4

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1 commentaire

  1. petitchocobo
    8 février 2017 à 23 h 46 min Répondre

    OMG La référence à mission Cleopatre qui m’a fait rire tout seul :p

    Merci pour le test. J’ai adore le premier opus. Hâte d’essayer celui la.