Troll and I : Un monde enchanté qui déchanteTest JV

Troll and I : Un monde enchanté qui déchante

Ces derniers-temps, les belles histoires d’amitié entre l’homme et les forces mystiques de la nature ont le vent en poupe, on peut notamment citer Peter et Elliott le dragon ou encore The Last Guardian. Ce genre d’épopées sont porteuses d’une pléthore de valeurs allant du courage à la générosité en passant par l’abnégation. Cependant, une solide narration et des personnages crédibles sont indispensables pour que le jeu puisse réaliser son plein potentiel immersif. Et enfin, toute la force d’un tel titre doit reposer essentiellement sur une relation profonde entre les protagonistes.

Le peace and love sauce Comtesse de Ségure

Certains titres prennent la peine de vous faire rêver au démarrage. Ils mettent des petites paillettes, tentent de mettre en place l’intrigue en la couvrant d’un voile de mystère de soie blanche. Troll and I, par contre, a opté pour un vieux plaid troué. Le jeu commence par une cinématique où l’on observe deux personnages discuter dans un bureau. Même si les graphismes ne sont pas totalement bons à jeter, c’est l’occasion de remarquer l’atrocité des animations faciales. La palette d’émotions affichées par les différents protagonistes est aussi variée que celle de Jocelyne Wildenstein.

On comprend vite qu’il s’agit des méchants dont l’un mandate l’autre d’un vil méfait. Nous appellerons le mandataire Wolfgang, parce que soyons clair, on ne nous fera pas croire que ce personnage n’est pas le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble ! Quant au mandaté, ce sera Firmin, parce que ce nom est aussi décalé que les personnages du jeu. La mission de Firmin ? Chasser un Troll ! Seulement voilà, notre bon cartésien n’y croit pas. Les trolls sortent des contes de fées, ce n’est qu’une légende. Mais si Firmin ne croit pas aux trolls, il croit aux millions de dollars offerts par monsieur le ministre.

Otto pas très mobile

À la fin de la discussion, nous voilà partis pour retrouver le héros de l’histoire. Celui-ci s’appelle Otto. Lorsqu’on le voit pour la première fois, force est de constater que plusieurs choses clochent. Affublé d’un look mi-hippie, mi-bucheron, il s’en va chasser le sanglier pour apporter de la viande à sa maman bien aimée. Bon, on aurait pu passer sur le look hispter-homme des bois, mais tout devient réellement gênant lorsqu’il ouvre la bouche. Non seulement parle-t-il comme s’il était en dépression profonde depuis sa naissance, mais en plus, sa façon de s’exprimer contraste terriblement avec le contexte. On assiste à une scène loufoque où il discute avec sa mère, tout aussi hippie que lui, et qu’il appelle « mère », ce qui donne un étrange mélange de bucheron, de hippie et de bourgeois qui donne le tournis.

Le doublage d’Otto n’est pas vraiment crédible, non seulement à cause des termes et des tournures choisies dans les dialogues, mais également du ton employé. Dans la scène où le jeune garçon se retrouve nez-à-nez avec le troll pour la première fois, son langage corporel est celui d’une personne en panique totale, mais il s’exclame du ton le plus « j’enairienàfoutiste » du monde : « Oh, tu vas me manger maintenant, c’est ça ? ».

Trollez-moi

Là où The Last Guardian débordait de poésie dans sa manière de rendre une relation enfant-bête crédible, l’amitié entre le troll et notre festivalier woodstockien de la haute passerait presque pour une entente cordiale ponctuée de-ci, de-là d’un « bien à vous » insipide, et c’est dommage, car les idées étaient bien là. Les deux personnages auraient pu être copains comme sangliers et être d’une réelle complémentarité, tant du point de vue du caractère, que du gameplay.

Mais voilà, ce n’est pas le cas. Le troll et Otto se rencontrent et décident de faire un bout de chemin ensemble d’une façon incroyablement anecdotique. Quant aux mécaniques de jeu, elles sont également amenées à coups de forceps. Ainsi, notre bon troll devra par exemple aller chercher l’aile d’un avion pour aider Otto à traverser des endroits difficiles. Cela aurait pu être une bonne idée s’il ne fallait pas changer de personnage toutes les cinq secondes pour avancer dix mètres par dix mètres.

Bien qu’elles occupent une grosse partie du gameplay, les énigmes ne sont pas tout. Nos deux personnages sont également capables de se battre. Les combats contrastent étrangement avec les graphismes de Troll and I. Si au départ, le titre donne un peu l’impression d’être un jeu bon enfant, il s’avère en réalité assez violent. Otto, en bon homme des bois, peut empaler les ennemis à coup de lances et défoncer des crânes grâce à des sortes de masses bricolées. Toutefois, en dépit d’animations plutôt plaisantes (exception faite des attaques à la lance), les affrontements restent toujours très mollassons. De son côté, le troll s’avère plus amusant à jouer du fait de sa taille et de sa force, bien qu’il ne soit pas toujours aisé de placer ses coups. La créature tourne souvent en rond de manière ridicule pour réussir à se débarrasser d’un ennemi dix fois plus petit qu’elle. Le troll dispose également de pouvoirs sympathiques, la guérison par exemple, qui se révèle indispensable pour pouvoir survivre, surtout lors d’affrontements avec des hommes armés capables d’attaquer à distance.

Même si on love le craft…

Les développeurs ont également tenté de varier l’expérience en implémentant un système de craft, système qui se révèle de temps à autre indispensable pour avancer dans l’histoire. Mais cette mécanique devient parfois un obstacle lorsque le joueur doit par exemple se construire une sorte de lance explosive pour déblayer un chemin obstrué par des pierres attachées par d’étranges racines luisantes. S’il est clair que ces pierres peuvent être enlevées d’une manière ou d’une autre, la façon de procéder, elle, n’est pas évidente du tout. En effet, le déblaiement fonctionne une fois sur deux. On se retrouve alors à courir partout pour récolter à nouveau les matériaux nécessaires au craft de ces lances ou pour potentiellement trouver une autre approche. Inutile de préciser que ces moments sont assez frustrants…

Troll and I aurait pu trouver son salut dans son mode coopératif en écran splitté. Malheureusement, la faute à un level design un peu maladroit, les joueurs jouent en décalé. Le troll n’ayant pas accès aux mêmes endroits qu’Otto, l’autre joueur passe parfois de longs moments à simplement attendre que son compagnon ait terminé ce qu’il avait à faire.

En raison d’une équipe restreinte et d’un budget trop réduit, tout parait forcé, voire artificiel. Certaines parties semblent d’ailleurs n’être là que pour prolonger la durée de vie du titre, comme le moment où Otto dévale une pente glissante et qu’il doit éviter les obstacles, ou encore la partie « course » où il faut courir tout en évitant quelques bouts de bois en feu. Cela aurait pu fonctionner, mais du fait de la mollesse de ces « mini-niveaux » et de l’imprécision des contrôles, l’expérience reste moyenne. Ces séquences n’apportent pas de vrai plus-value à l’aventure, si ce n’est du temps de jeu supplémentaire. Il en va de même pour les niveaux en général, qui nécessitent des déplacements pas franchement intéressants et des allers-retours inutiles parfois causés par l’ambiguïté d’un level-design anarchique. L’ambition du studio Spiral House a été à mon sens un peu démesurée. Les développeurs auraient probablement mieux fait de se concentrer sur une aventure plus courte, mais plus maitrisée tant au point de vue de la narration que du gameplay.

L'avis d'extralife
  1. Développeur : Spiral House
  2. Éditeur : Maximum Games
  3. Genre : Action, Aventure
  4. Supports : PC, PS4, Xbox One, Switch
  5. Date de sortie : 21 mars 2017 (plus tard sur Switch)
  6. Nombre de joueurs : Solo, ou 2 joueurs en coopératif
  7. Site internet : trollandi.com
  • Troll and I s’avère assez faible tant du point de vue technique que du contenu. Il aurait pu être sauvé par une histoire poignante, mais la relation entre les personnages principaux met vraiment trop de temps à se développer, au point de sembler anecdotique. Les idées étaient pourtant là, le gameplay, varié, aurait pu relever la barre s’il n’était pas si mou et parfois imprécis. Dommage…
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