Deus Ex Mankind Divided : Cyborg de barbarieTest JV

Deus Ex Mankind Divided : Cyborg de barbarie

Avatar christique plus terre à terre qu’un Commandant Shepard, Adam Jensen partage avec lui sa capacité à renaître après une disparition brutale. Reconstruits dans une logique de transcendance, ils incarnent tous deux un passage vers la compréhension d’un monde où ils n’évoluent que comme médiateurs. Jusqu’à en devenir le centre. C’est une histoire aux dimensions humaines que propose Deus Ex : Mankind Divided, loin de l’universalité de Mass Effect. À tel point que la tempête n’est pas ici dans un verre d’eau mais dans un dé à coudre.

Deus Ex: Mankind DividedUsant le banc de la Task Force 29 depuis sa survie miracle post Panchaïa, Adam Jensen a été rebooté de force dans un monde qui a transformé l’espoir en haine. Depuis l’incident qui a poussé les humains augmentés à agresser malgré eux leurs semblables à la chair vierge d’implants, les tensions ont explosés. Microcosme jeté sur la paillasse de la science médiatique pour étude, Prague centralise les conflits. Juxtaposée au ghetto pour augmentés, Golem City, la ville vit dans un état de siège permanent. Il n’est pas possible de passer outre les contrôles d’identité, chaque mur est le stigmate tagué d’un malaise profond. Il est facile d’orienter le joueur à constater cet autoritarisme visuellement et Eidos tire de ce postulat son idée la plus brillante : faire ressentir la frustration de la différence. À de très nombreuses reprises, les forces de Police arrêtent Adam sans raison valable pour vérifier ses papiers. Une confirmation lente, pénible, énervante pour le joueur, brisant son rythme de progression et souvent le déclenchement de pics envoyés par les flics ou Jensen. Le jeu fait comprendre, par l’aspect contraignant d’un point de vue ludique, le calvaire vécu chaque jour par les augmentés. Un sentiment d’emprisonnement idéologique naît de cette pratique quasi systématique, métamorphosant Prague en un filet aux mailles serrés qui n’existe que pour trier les futurs pensionnaires du ghetto. Le propos de la ségrégation est central, posant les bases d’une réflexion sur le terrorisme comme perte de sens dans un combat philosophique. Les armes, qu’elles tuent la population ou les détenteurs d’un certain pouvoir n’aboutissent qu’à un nihilisme dont rien ne germe.

Deus Ex Mankind Divided

Ce que représente la faction contre laquelle lutte Adam, juste dans ses idéaux, ignobles dans ses agissements. Et Deus Ex parvient souvent à agiter cette corde où la morale fait l’équilibriste par sa propension à tuer la réussite dans l’œuf, plein cap vers un abandon de l’espoir à court ou long terme. Sauf que le jeu se borne à centraliser cette vision sur Prague, sa banlieue et pendant quelques courtes heures Dubaï ou Londres au sein d’un seul environnement. La capitale Tchèque est segmentée par petits quartiers, autant de zones confinées qui placent les ressorts principaux de la trame dans 15m². La désagréable impression que le voisin du 5ème est un terroriste recherché par celui du 3ème, trahi par celui d’en face est constante et enserre le scénario. Il lui manque de l’air pour s’épanouir et monter en puissance.

Deus Ex: Mankind DividedAprès le dernier affrontement, une ouverture semble se créer, laissant enfin Prague pour une traque dans les méandres dorés du complot Illuminati. Ce qui n’arrivera jamais, la conclusion sautant à la gorge avec une sécheresse de mise en scène dramatique. Un carton « rendez-vous dans 5 ans » n’apparaît pas, mais le résultat est le même, Deus Ex : Mankind Divided est un filer ; épisode de transition un peu paresseux qui conduit vers un approfondissement futur. Toutes les restrictions du jeu vont dans cette direction et font éclore un certain malaise lié à un manque d’enjeux. Sauver la cohésion de l’humanité devient problématique lorsque Prague, même sous la loi martiale, n’abrite plus personne dans ses appartements. Les rues conservent une certaine expressivité grâce à des piétons et des situations vivantes, notamment à Golem City, mais ces amas urbains n’abritent aucune vie tangible. Aucun lieu de résidence ne dispose d’un caractère, d’une spécificité, à part si une mission lui est liée. Le sauvetage de ce qui a un mal de chien à sortir du simple décor rend difficile l’empathie pour une population entière, bien plus pour des particuliers. Et c’est dans ces instants de focalisation que Deus Ex reprend le dessus, donne par bribes à comprendre qu’il n’est pas qu’une interface de jeu aride et peu concernée. Dans les replis de la machine, il y a une âme qui surgit dans l’écriture à l’humanité profonde de quelques dialogues centraux, axes de narration et intérêts majeurs du scénario.

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Bien loin de certains échanges faiblards plombant les premières heures, ces argumentations vécues comme des combats de boss ouvrent des perspectives sociales et philosophiques passionnantes et s’articulent avec finesse autour d’un système de ressenti de l’état émotionnel de l’interlocuteur, encore une fois clair et bien senti. Des moments de respiration qui permettent de remonter à la surface pour se rendre compte que malgré une apnée réussie, la côte est toujours loin. Les conséquences découlant de ces prises de bec ne se matérialisent pas sur le rapport entretenu par Jensen avec son environnement, tandis que les questions soulevées ne donnent pas de pistes sur la gestion d’une situation à venir.

Deus Ex: Mankind DividedÉcrits pourtant avec justesse ces échanges restent donc lettre morte et agissent eux aussi comme une toile de fond statique. Un constat qui ne s’applique pas qu’à Deus Ex mais qui dans un contexte aussi porté sur l’importance du dialogue et de la direction personnelle à prendre, sonne faux. Le reste du jeu est ciselé avec précision. Il multiplie les appels du pied à varier son approche de niveaux/puzzles au level-design impeccable, propose une DA inventive aux percées Renaissance qui ne sombre jamais dans la repompe crasse du maître Blade Runner et assoit ses personnages par un excellent doublage. Malgé tout très similaire dans ses mécaniques à Human Revolution, Mankind Divided en est le simple prolongement, qui, à la différence de l’amélioration des prothèses d’Adam, a conservé ses gros soucis d’IA ainsi qu’une réalisation datée tout en ajoutant un déséquilibre certain lié à quelques capacités abusives. À héros mutilés chacun, Deus Ex : Mankind Divided et Metal Gear Solid 5 partagent également ce statut de jeu à gameplay, qui a du mal à raccorder les nerfs de sa narration et de son univers alors qu’il convainc dans ce qu’il y a de plus technique et matériel. Deus Ex est un jeu de qualité, mais qui s’engonce dans un archaïsme de hub mal maîtrisé et une vraie difficulté à donner de la dimension à ce qu’il montre. L’imaginaire du joueur compense, mais perçoit surtout ce qu’il n’y a pas à voir. « Smart vision » défaillante.

L'avis d'extralife
  1. Développeur : Eidos Montreal
  2. Éditeur : Square Enix
  3. Genre : FPS/Infiltration
  4. Date de sortie : 23 août 2016
  5. Supports : PS4, Xbox One, PC
  6. PEGI : 18 ans et plus
  7. Site officiel : https://www.deusex.com/
  • Deus_Ex_Mankind_DividedDeus Ex : Mankind Divided se rapproche du corps augmenté de certains de ses protagonistes. Dans son ensemble, il intègre d'excellentes parties : un level-design maîtrisé, une DA auréolée de Renaissance futuriste, une liberté dans son approche du gameplay et surtout des quêtes liées de façon organique dans un style Witcher 3 bienvenu. Mais les tissus rejettent parfois certaines augmentations mécaniques et le jeu supporte difficilement son IA fluctuante, un déséquilibre lié aux nouvelles compétences, et un enfermement régulier dans un environnement microscopique. L'aventure reste cloisonnée dans sa petite lamelle et ne sort jamais des limites d'une Prague ville-morte et de quelques destinations James Bond-iennes. Autre enfermement, les combats d'arguments face aux antagonistes/alliés principaux du jeu souffrent également d'un déficit d'impact sur les agissements de Jensen et de quelques basculements idéologiques vite acceptés, malgré une grande qualité d'écriture. Le joueur aura ce qu'il est venu chercher, un jeu efficace, parfois brillant, souvent malin, mais qui se borne à ne pas vouloir décoller.
3

Ayant longtemps pensé que le fait de passer ses après-midi dans les bois à chercher des animaux lui faisait gagner des points d'XP et des gils, Pierre a depuis compris qu'il pouvait faire la même chose sur un PC ou une console sans alerter la SPA ou se prendre la balle perdue d'un chasseur.

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6 commentaires

  1. Alouxator
    26 août 2016 à 21 h 22 min

    Je m’attendais à ce que ce soit Pixelpirate qui teste MD. :'(

    1. Rulwok
      27 août 2016 à 1 h 52 min

      Idem :(. D’ailleurs, à défaut, ça sera sympa d’avoir un encart avec son avis global, ou bien – on peut se surprendre à rêver – une petite réponse dans les commentaires :).

  2. Allendor
    28 août 2016 à 19 h 12 min

    Version PC extrêmement décevante comme ce fût le cas pour d’autres jeux, optimisation à la rue, Direct X12 qui n’arrivera que plus tard et un bug qui empêche toute progression du jeu, après deux patchs la version PC n’est toujours pas potable et subis un lynchage mérité dans les évaluations Steam.

    Il faut arrêter d’annoncer qu’un jeu est Gold et prêt alors que l’une des versions ressemble à une Alpha Test en développement.

  3. Don_Patch
    28 août 2016 à 21 h 21 min

    Bonjour,
    pour ma part j’ai juste une petite critique constructive à faire au testeur: Tu évoques le précédent opus mais il faut parfois se mettre à la place des lecteurs qui peuvent ne pas avoir joué au précédent opus et vouloir tenter celui-ci. Je pense que ça vaut toujours le coup de bien resituer le jeu dans ses mécaniques car ici tu le compares au précédent (cool pour moi qui y ai joué^^) mais sens assez aborder ce dernier pour ceux qui ne l’on pas fait. Du coup, la totalité des mécaniques le point fort du jeu (possibilité de le jeu en effectuant de l’infiltration à 100% ou du gunfight) passent à la trappe.
    Sinon c’est bien écrit!

  4. kasasensei
    6 septembre 2016 à 12 h 30 min

    Après avoir passé quelques dizaines d’heures et l’avoir fini en ‘hard complétement pacifique ».

    D’abord, en dehors d’un crash à répétition (4-5 fois de suite) au passage à l’armurerie et d’un crash certainement dû à l’option « écran exclusif » et un alt tab de ma part, je n’ai pas eu de mauvaises surprises. Rien qui ne m’a bloqué le jeu. Le bug chiant de la course dans les escaliers par contre, montre clairement que le jeu n’a pas été playtesté, Tout comme les contrôles au clavier et l’interface buggée, quality assurance inexistante pour ce portage, c’est un fait. Jouant sur une 770gtx, le jeu a toujours tourné entre 40 et 50 ips, en détail « très élevés », depuis la v1.00, no souci sur ce point par contre.

    Bref, le jeu en lui même.
    Riche et cohérent est l’univers, autant que son level design, et riche est le gameplay. Tous les styles de jeu inhérents à la franchise sont possible.
    Certaines quêtes et actions à réaliser ne sont marquer nulle part, la plupart des éléments scénaristiques sont à lire et déduire et ne sont pas servis sur un plateau lors d’omni présente cinématiques comme c’est le cas dans bien des jeux souffrant d’une sur-exposition. Le scénario est correct, l’utilisation des diverses personnages amicaux ou non est cohérente dans l’ensemble de l’histoire. Les dialogues et l’animation faciale sont excellents.
    La difficulté est inexistante si on ne cherche pas la discrétion parfaite. Les niveaux sont très ouverts et permettent d’aborder les situations de multiples manières. Le système d’expérience, je n’ai personnellement absolument rien à lui reprocher, étant coutumier du fait de fureter partout et de faire les quêtes additionnelles au mieux (résolutions multiples possibles évidemment, tout comme les quêtes principales), l’expérience affluait bien au delà de mes besoins. J’ai du finir avec près de 10 praxis (points de compétence) en rab et un inventaire ras la gueule, dont 80% des trucs ne m’ont jamais servis au cours de la partie. A ce propos, ne pas avoir un coffre illimité dans l’appart de jensen ou au TF29 est une erreur, on trimballe toujours une tonne de merde inutile (RPG syndrôme).
    En parlant d’inventaire, je n’ai jamais eu besoin de piocher dans la réserve non plus d’ailleurs.
    On ne sent aucun élément scénaristique manquant à l’appel au cours du jeu, après pour la fin en elle-même, c’est différent, on peut en être satisfait ou non, on sent que les développeurs se laissent encore une large place avant de passer à l’éventuel remake de Deus Ex original.
    Je ne pense pas que les trous laissés par la fin (si on en est pas satisfait) seront comblés par les DLC à venir. Le seul DLC actuellement présent dans les « Jensen stories » est complètement à part de la progression du jeu de base. Il n’utilise pas les sauvegardes et vous donne un pack de points de compétence pour personnaliser un peu Jensen pour les 35 minutes (accroupies) que dure ce DLC. Donc bon… Je pense que les DLC à venir seront intégrés de la même manière… Pas de raison de penser autrement.

    Le mode Breach du jeu ne vaut rien. A part si vous êtes fan des jeux à mécaniques « free to play », cad progression lente + beaucoup de tchatche pour ne rien dire + des items explosant totalement l’équilibre du jeu et donc les ladders mis en place pour ce qui est annoncé comme un « mode compétitif » (LOL).

    Les bonus de la version deluxe sont pourris, comme d’hab des pdf d’artbooks et des sélections de bande son (parce que clairement on ne mérite pas d’avoir la bande son en entier) je vois pas qui ça peut rendre heureux.

    Bref. Le jeu de base est bon si vous avez apprécié Human Revolution, après je ne saurais dire s’il est mieux, surtout au niveau de l’histoire, il est juste un peu mieux niveau gameplay.

  5. Lauike
    18 septembre 2016 à 15 h 01 min

    très bon test pour ma part cet un jeux sympathique mes un peu cours et vraiment trop facile même en difficulté élever

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