Remakes et remasters : les vertus du recyclageAnalyse

Remakes et remasters : les vertus du recyclage

Il suffit de pousser les portes d’une boutique spécialisée ou de jeter un œil aux annonces récentes du secteur pour se rendre compte que l’industrie du jeu vidéo s’est transformée en immense foire au recyclage. Ici il n’est pas question de préserver de précieuses ressources, mais plutôt de miser sur des recettes qui ont déjà fait leurs preuves histoire de minimiser les risques. C’est simple, déterrer une série bien connue en produisant une suite ou un reboot permet aux développeurs qui s’adonnent à ce petit jeu de profiter du capital sympathie de la licence. Du côté des joueurs, on comprend aussi aisément qu’ils puissent être séduits à l’idée de poursuivre une aventure qui leur a laissé de bons souvenirs. Un aspect de ce grand recyclage échappe toutefois à cette logique implacable : les remakes et les remasters. On voit bien quels peuvent être les intérêts de ces formules pour les développeurs et les éditeurs, il s’agit tout bêtement de faire fructifier leur catalogue sans forcément se lancer dans des investissements considérables. Par contre, on est en droit de se demander ce que le consommateur y gagne, que recherche-t-il lorsqu’il fait l’acquisition d’un titre sorti l’année dernière ou il y a plus de quinze ans sur un autre support ?

Un bref coup d’œil dans le rétro

console_virtuelleSi les rééditions ont tendance à se multiplier sur les consoles actuelles, il ne faut pas pour autant s’imaginer qu’il s’agit là d’un phénomène récent. Il faut reconnaître que les machines de salon actuelles peinent un peu à étoffer leur catalogue respectif et qu’on a forcément tendance à focaliser notre attention sur cet afflux de vieilleries. La plus grosse partie de ce recyclage se fait par le biais de versions dématérialisées. On pense bien entendu à la Console Virtuelle de Nintendo qui n’en finit plus d’accueillir d’anciennes gloires du jeu vidéo. Le service a vu le jour sur Wii en 2006 mais continue aujourd’hui de s’étoffer sur 3DS et sur Wii U. Sur cette dernière plate-forme, le catalogue de la Console Virtuelle compte aujourd’hui plus de 200 titres en Europe et en Amérique du Nord. Il reste encore une marge de progression puisque le même catalogue compte 374 références au Japon et que son homologue sur Wii était lui aussi plus fourni.

Les autres plates-formes de téléchargement ne sont pas en reste : Steam n’en finit plus de remettre de vieux titres en selle et le PlayStation Store propose depuis l’année de son lancement en 2006 toute une gamme Classics qui ne comprenait d’abord que des titres PSone avant d’ouvrir ses portes aux succès de la PS2. À ce niveau là, l’histoire du Xbox Live Arcade est encore plus parlante : non seulement on n’a pas tardé à y retrouver de vieux titres tels que Gauntlet, mais surtout, à son lancement en 2004 sur la première Xbox, le disque donnant accès au service comprenait en bonus une version de Ms. Pac-Man, un jeu initialement sorti en 1982. Autant dire que l’histoire d’amour qui lie les plates-formes de téléchargement et les rééditions ne date pas d’hier.

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Astuce : pensez à mettre à jour votre PS4 avant d’y insérer une disquette.

Le plus gros du contingent des rééditions nous vient du dématérialisé mais ce ne sont pas nécessairement les titres qui retiennent le plus l’attention, ceux qui se payent le luxe d’une sortie en boîte bénéficient en effet d’une meilleure mise en avant. Dans le lot, on peut déjà identifier le cas des compilations qui rassemblent plusieurs épisodes d’une série ou des titres issus du même studio. On a ainsi vu débarquer des anthologies préparant habilement le terrain avant le lancement d’un nouvel opus comme avec la Master Chief Collection qui venait titiller les Xbox One moins d’un an avant la sortie de Halo 5 ou la Nathan Drake Collection qui a débarqué sur PS4 un peu plus de six mois avant Uncharted 4. Encore une fois le procédé n’est pas nouveau, il était déjà bien installé au début des années 2010 sur la précédente génération de consoles, tout particulièrement sur la PS3. C’est ainsi qu’un God of War Collection avait préparé le terrain avant la sortie du troisième opus de la saga en Amérique du Nord (en Europe la sortie de la compilation s’est étrangement effectuée un mois après celle de God of War III…), qu’un Sly Trilogy a précédé le lancement du quatrième opus, qu’un Splinter Cell Trilogy a devancé la sortie de Blacklist, que Silent Hill HD Collection est arrivé en même temps qu’un certain Silent Hill Downpour… Notez que certaines compilations datant de cette époque faste semblent un peu moins liées à l’actualité : difficile de lier la sortie de Prince of Persia Trilogy ou de Metal Gear Solid HD Collection avec le lancement de titres plus récents.

Bref, la machine s’était emballée au début des années 2010 mais encore une fois le phénomène des compilations était loin d’être nouveau, il touchait d’ailleurs le plus souvent les productions venant d’un même studio ou d’un même éditeur comme on l’a vu récemment avec Rare Replay qui rassemble sur Xbox One une trentaine de titres issus des tiroirs du fameux développeur britannique. Par le passé, certains éditeurs se sont fait une spécialité de ce genre d’anthologies : à la fin des années 2000, SNK a par exemple inondé la PS2 (et plus modestement la PSP et la Wii) de compilations de jeux Neo Geo en allant piocher du côté des Metal Slug, des King of Fighters ou des Samurai Shodown. Sega, Capcom, Midway mais surtout Namco n’ont pas été en reste en matière de compilations et recyclent déjà depuis belle lurette leur catalogue. Il est difficile de déterminer la paternité d’une telle pratique, le tout est d’avoir conscience qu’elle était déjà bien installée sur consoles dans les années 2000 et que les joueurs PC en profitaient déjà bien avant cela.

Dans les années 90 les jeux Neo-Geo constituaient une denrée rare, aujourd'hui on ne compte plus les compilations qui les regroupent.

Dans les années 90, les jeux Neo-Geo constituaient une denrée rare, aujourd’hui on ne compte plus les compilations qui les regroupent.

Il existe enfin un dernier cas de recyclage qui fait beaucoup parler de lui et qui rencontre un certain succès commercial : les rééditions de jeux récents. Pour n’en citer que quelques uns, il ne s’est déroulé qu’une année entre la sortie initiale de GTA V, de The Last of Us et du reboot de Tomb Raider, et leur réédition respective sur les consoles de dernière génération. Il est assez amusant de constater que ces titres ont cristallisé bon nombre de critiques indirectes, on leur a notamment beaucoup reproché d’être le symbole d’une industrie vidéoludique en manque d’inspiration, mais que ça ne les a pas empêché de très bien se vendre. Il est difficile de mettre la main sur des chiffres fiables et précis concernant les ventes globales de jeux vidéo, mais on peut toutefois estimer que GTA V est le titre PS4 le plus vendu et qu’il se place haut la main dans le trio de tête des jeux Xbox One. On reviendra un peu plus tard sur les explications que l’on peut apporter à un tel succès, on va plutôt commencer par se débarrasser de l’idée reçue selon laquelle il s’agit là d’un phénomène nouveau.

dune_001En effet, quand on prend un peu de recul, on se rend compte que le lancement des jeux vidéo s’est souvent appuyé sur les évolutions technologiques pour se faire en plusieurs étapes. Si aujourd’hui la relative uniformisation des plates-formes tend à gommer les différences entre les versions d’un même jeu (on en vient à compter le nombre d’images par seconde pour les déceler…), il en allait tout autrement dans les années 80 et 90. Qui a déjà comparé une version DOS et Amiga d’un même titre peut témoigner que l’on a parfois l’impression d’avoir affaire à deux jeux distincts tant la qualité des graphismes et de la bande-son pouvait être différente. La sortie de ces différentes versions pouvait parfois s’étaler sur plusieurs années : le Tintin sur la Lune d’Infogrames par exemple était initialement sorti en 1987 sur ZX Spectrum et sur Atari ST, avant de revenir en 1989 dans des versions un peu plus léchées notamment sur Amiga et sous DOS. On a aussi vu des rééditions sur le même support venir profiter d’une évolution technologique, on pense ainsi bien entendu à l’arrivée du CD-ROM. En 1993, le Dune de Cryo Interactive a ainsi eu droit à une version CD seulement un an après sa sortie initiale, celle-ci apportait des voix digitalisées et un petit coup de polish au niveau des graphismes mais le jeu en lui-même restait identique. Finalement, on n’était pas loin des remasters d’aujourd’hui.

Distinguer le remaster du pauvre de la restauration grand luxe

Toutes les tentatives de recyclage ne bénéficient pas du même soin, quand il s’agit de ressusciter une gloire passée, certains se contentent du minimum là où d’autres se donnent à fond pour lui offrir une seconde jeunesse. Il faut bien différencier la réédition qui se veut fidèle à l’original comme on en trouve par exemple sur la Console Virtuelle, et le remake qui se propose de réadapter totalement le jeu. Entre les deux on retrouve les remasters. Le plus souvent ils se limitent à un simple lissage graphique afin d’accoler la mention « HD » au titre initial. La plupart des titres PS2 qui ont fait leur retour sur PS3 sont dans ce cas là : les graphismes étaient identiques au jeu original à la différence près que l’effet d’aliasing était un peu atténué histoire de s’adapter à un affichage en haute résolution. On pourrait assimiler cette pratique à un simple changement d’échelle et autant dire que le résultat n’est pas toujours des plus élégants.

On a d’ailleurs déjà reproché à certains éditeurs de trafiquer légèrement les traditionnelles captures d’image avant/après le travail de restauration. C’est ainsi qu’Ubisoft s’était fait taper sur les doigts à la sortie de la version HD de Heroes of Might and Magic III pour avoir mis en avant des assets horriblement pixelisés soit disant issus du jeu original. Heureusement, certains remasters poussent un peu plus loin la toilette graphique. On pense par exemple à The Last of Us Remastered qui a aussi bénéficié d’un travail sur les textures, sur le frame rate et sur la distance d’affichage. Que ce soit au niveau du rendu sonore ou visuel, l’idéal visé est bien entendu de s’approcher au plus près des standards actuels, mais tous les studios ne disposent pas des mêmes ressources pour y parvenir, ni ne partent du même matériau de base.

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Les joueurs avaient reproché à Ubisoft d’avoir accentué l’effet pixelisé des assets du jeu original.

Si la base du remaster est de rendre plus attrayant un titre qui peut avoir plusieurs années, certains développeurs n’hésitent pas à profiter de l’occasion pour effectuer des corrections sur le jeu en lui-même. La version HD de The Wind Waker sortie sur Wii U en est un très bon exemple : plusieurs améliorations ont été apportées mais la plus marquante reste sans doute l’accélération des voyages en mer. En effet, dans le jeu de base sur GameCube, la relative lenteur des déplacements en bateau constituait une astuce pour masquer les temps de chargement, dans la version récente non seulement la vitesse de base du navire a été revue à la hausse, mais il est aussi désormais possible d’acheter une voile spéciale agissant comme un véritable turbo.

the_legend_of_zelda_the_wind_waker_HD_001On touche là à l’aspect le plus intéressant et sans doute le plus polémique des remasters : la présence ou non de nouvelles fonctionnalités. En effet, The Wind Waker HD ne se contente pas de proposer des graphismes rehaussés et d’accélérer la cadence, il sollicite aussi le gamepad de la Wii U pour la gestion de l’inventaire ou pour ajuster les tirs avec plus de précision. Les nouvelles fonctionnalités peuvent ainsi prendre plusieurs formes. Il peut par exemple s’agir d’une maniabilité repensée pour le nouveau support, c’est le cas des vieux jeux d’aventure qui débarquent sur consoles tels que Grim Fandango Remastered. On peut aussi voir apparaître une dimension online qui était forcément absente des titres anciens, cette fonctionnalité est particulièrement attendue dans le cas des remasters de vieux jeux de combat. On voit aussi régulièrement fleurir des commentaires des développeurs ou de petits making-of qui apportent des éléments de contexte souvent sympathiques. Dans tous les cas on est dans l’ordre de l’ajout, soit pour le confort du néophyte, soit pour satisfaire la curiosité du fan.

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Mais parfois le simple ajout ne suffit pas, et le lifting est tellement profond qu’on peut parler sans trop se mouiller de remake. Il n’y a pas de définition claire et précise de la distinction entre le remaster et le remake, mais on peut considérer que l’on passe de l’un à l’autre lorsque le jeu a subi des modifications profondes telles qu’un changement radical de design. C’était par exemple le cas des deux premiers Monkey Island qui sont ressortis dans une « édition spéciale » en 2009 et en 2010. Ces versions ne se contentaient pas d’adapter le gameplay au pad, d’ajouter des aides à la progression, elles se permettaient aussi de donner à notre bon vieux Guybrush un tout nouveau look qui n’a, il faut bien l’avouer, pas vraiment plu à tout le monde… Dans une moindre mesure, on pourrait aussi citer Super Street Fighter II Turbo HD Remix qui, en plus de disposer d’un nom à rallonge, pouvait se targuer de constituer une véritable réinterprétation du jeu mythique davantage qu’une simple copie.

a_boy_and_his_blob_002Parfois le remake va si loin qu’il flirte avec le reboot. C’est ainsi qu’en dehors de son concept de base, un Super Stardust HD sur PS3 n’a plus grand chose à voir avec le Super Stardust original sorti sur Amiga. Certains argueront que l’on est toujours dans l’hommage et dans le plaisir de retrouver des mécaniques de jeu bien rodées à partir du moment où l’esprit du titre original est respecté. Dans ce cas-là, où situer la version de A Boy and His Blob sortie sur Wii en 2009 ? On retrouve peut-être l’esprit du titre NES du début des années 90, mais dans les faits on est quand même très éloigné du rendu de l’époque. On serait en droit de penser qu’il s’agit d’un reboot qui ne dit pas son nom, mais histoire de brouiller un peu plus les cartes, le titre s’apprête à revenir dans une version HD dématérialisée sur PC, Xbox One, PS4 et Vita… Bref, autant dire qu’on perd vite son latin lorsqu’il s’agit de rentrer dans le détail des distinctions sémantiques, le tout est de retenir qu’en matière de recyclage certains sont partisans d’un respect strict de l’œuvre initiale là où d’autres se contentent de rester fidèles à son esprit général quitte à prendre quelques libertés avec le matériau original. Il n’est pas étonnant de noter de telles différences à partir du moment où l’on comprend que ces jeux venus du passé peuvent remplir différentes fonctions.

Différents usages, différentes approches

day_of_the_tentacle_remastered_0000La logique voudrait que lorsqu’on achète un jeu, c’est pour y jouer. En l’occurrence, l’intérêt premier des rééditions, des remasters ou des remakes est de permettre de se rattraper à ceux qui étaient passés à côté d’un titre au moment de sa sortie. Un nouvel opus d’une licence prestigieuse pointe le bout de son nez mais vous n’avez jamais eu l’occasion de faire les précédents épisodes ? Une compilation arrive à point nommé pour vous permettre de monter dans le train en marche et de ne pas vous sentir largué. On vous bassine depuis des lustres avec les titres qui constituent l’âge d’or du point’n click mais vous n’étiez même pas né au moment de la sortie de Day of the Tentacle et vous n’avez jamais su faire fonctionner ScummVM ? Double Fine a pensé à vous et vous propose une séance de rattrapage… En un mot, la fonction la plus évidente de tous ces come-back est de combler les lacunes qui émaillent forcément nos carrières de joueur.

Toutefois, la soif de découverte et de connaissance ne suffit pas à elle seule à expliquer le succès du retour de ces vieux titres. L’engouement que ces derniers suscitent est en bonne partie entretenu par les fans de la première heure qui se réjouissent à l’idée de retrouver leurs chouchous. S’il était encore nécessaire de le prouver, l’effervescence autour des annonces ancrées dans le passé qui ont rythmé les derniers salons de jeux vidéo (notamment le retour annoncé de Final Fantasy VII) nous ont démontré à quel point la nostalgie était un levier puissant dans le milieu. Promettez au joueur qu’il retrouvera le plaisir qu’il avait éprouvé dans sa tendre jeunesse, et il vous suivra au bout du monde, achètera ce que vous lui proposez les yeux fermés, et se chargera même de répandre la bonne parole de manière plus efficace qu’une cohorte de publicitaires.

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On pourrait en rester là et penser que le succès de ces come-back ne doit qu’au simple plaisir de jouer, mais ce serait passer sous silence une donnée toute bête : ces titres se vendent davantage qu’ils ne sont joués. Qui s’est déjà penché sur les statistiques fournies pas Steam sait déjà qu’une bonne part des acheteurs ne vont pas au bout des jeux qu’ils se procurent, voire se contentent de les essayer à la va-vite. On peut affirmer que cette tendance est encore plus marquées dans le cas des remasters grâce aux merveilleux outils d’analyse que nous fournit Sony en précisant la rareté de ses trophées. En effet, les fameuses distinctions sont quasi toujours les mêmes lorsque l’on a affaire à une version PS3 ou PS4 du même titre, ce qui permet de procéder à des comparaisons. Sans vous abrutir de chiffres, sachez que les différences se font toujours dans le même sens : les taux de complétion sont toujours plus élevés sur la plate-forme originale, en l’occurrence la PS3.

On peut facilement expliquer cette différence pour des titres cross-buy tels que Flower ou The Unfinished Swan : le joueur n’est pas forcément passé par un acte d’achat pour redécouvrir le titre sur un nouveau support, il n’était pas dans une démarche active pour se le procurer ce qui peut supposer un engagement moindre. Par contre, l’explication ne tient plus lorsqu’il s’agit de GTA V, de The Last of Us, de Tomb Raider, de God of War III ou encore des Uncharted. Certes, la différence est alors plus minime, mais elle est bien là et elle se fait toujours sentir dans le même sens. On pourrait toujours répondre qu’il est normal de constater un tel déséquilibre puisque les remasters sont logiquement sortis plus récemment que les titres originaux et que les joueurs ont eu moins de temps pour les boucler. C’est une hypothèse intéressante mais elle n’explique pas le fait que les trophées les moins difficiles à débloquer soient aussi impactés : par exemple seulement 80,9 % des joueurs de GTA V ont débloqué le trophée de bienvenue sur PS4 contre 86,5 % sur PS3. Il faut se rendre à l’évidence, les remasters sont proportionnellement moins joués que leurs aînés ; davantage que pour les jeux classiques, on les achète en partie simplement pour le plaisir de les posséder, de les garder bien au chaud dans sa ludothèque.

bibliothèque

Les œuvres complètes de Davilex trouvent enfin l’écrin qu’elles méritent.

Cette démarche peut être interprétée comme la conséquence d’un consumérisme un peu compulsif, mais il s’agit d’une vision très réductrice qui évacue totalement la charge historique de telles éditions. En effet, l’acquisition d’un vieux jeu, particulièrement lorsqu’il est présenté dans une version respectueuse de l’original, n’a pas la même portée symbolique que l’achat du dernier titre à la mode. C’est d’autant plus vrai avec les éditions sensées marquer des dates anniversaires puisque ces dernières sont généralement présentées dans des coffrets luxueux qui débordent de bonus. C’était le cas par exemple du pack édité chez Pix’n Love et venant fêter les 20 ans d’Another World : il comprenait le jeu remasterisé, ses bonus habituels, la bande originale, mais aussi un livre revenant en détails sur toute la carrière de son concepteur Éric Chahi. Dans ce cas-là, non seulement on a affaire à un bel objet, mais on retrouve aussi et surtout la volonté de rendre hommage à un monument du jeu vidéo.

Another_World_001Le but d’un tel achat est donc de s’accaparer une part de la culture vidéoludique, et du même coup on reconnaît une certaine légitimité à cette dernière. En quelque sorte, on peut dire que le fait de craquer pour un remake, un remaster ou une réédition, c’est contribuer à sa petite échelle à la patrimonialisation du jeu vidéo. Tant qu’un musée du jeu vidéo n’aura pas vu le jour en France (n’hésitez pas à consulter l’excellent article de Michi à ce sujet dans la section premium de Gamekult), il revient à tout un chacun de faire vivre l’histoire de ce média pour éviter qu’elle ne parte en poussière. On peut toutefois se demander si cette démarche n’est pas un peu vaine : que restera-t-il de notre belle collection de rééditions dématérialisées lorsque les plates-formes de téléchargement où nous les avons achetées fermeront leurs portes ? Combien de temps pourrons-nous encore accéder à nos chers remasters maintenant que les constructeurs s’assoient de plus en plus ouvertement sur la rétrocompatibilité ? En fin de compte, est-il possible de graver cette histoire dans le marbre quand on ne dispose que d’outils éphémères ?

Tombé sur Terre un peu par hasard, le blob dévore mollement tout ce qu'il trouve dans l'espoir de comprendre son environnement. Ne jugez pas trop sévèrement son appétit vorace ou vous risquez d'être au menu de son prochain repas.

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8 commentaires

  1. Rapx3
    9 janvier 2016 à 13 h 07 min Répondre

    Très intéressant, merci à toi :)

  2. Eliwood
    9 janvier 2016 à 14 h 16 min Répondre

    J’aime beaucoup cet article.

    Je pense qu’un des soucis c’est le label « HD » accolé telle une marque à chaque portage qu’on ait pu voir et qui certes donnait une bonne visibilité aux produits dans les rayons, mais ne signifiaient surtout tout et rien en terme de qualité des dits-portages. On a eu du portage travaillé (FFX/X-2HD sur PS3/Vita, Halo Anniversary sur 360) et du portage tout juste honteux (tel DMCHD et SHHD), forcément, que tous partagent ce même logo pour vendre leur titre ça aide pas à distinguer les portages fainéants de ceux très travaillés voire de ceux nécessaire mais qui n’apportent pas grand chose quand on connait les prix d’un ICO sur PS2 sur le marché de l’occasion.

    Plus récemment il y a en effet eu les portages de jeux de 7ème gen sur 8ème gen qui souvent n’apportaient rien en réalité et n’était pas vraiment justifié (Tomb Raider Definitive Edition, God of War 3, FFX/X-2 sur PS4), alors qu’on peut peut être déjà un peu plus justifier un GTAV qui était trop ambitieux pour ses supports d’origine.

    Sinon en revenant bien plus loin dans le temps, Sega faisait déjà Sonic Jam sur Saturn, et Namco avait même ses Namco Museum avec différents volumes sorties sur PS1, pendant que Capcom sortait ses propres Capcom Generations en différents volumes là-encore. Même encore avant on pourrait citer Super Mario All Stars sur Super Nes.

    Je pense que la principale différence entre l’époque des compilations sur 4ème et 5ème génération et les portages sur 7ème et 8ème génération, c’est leur visibilité et les ressources qu’elles monopolisent au sein des éditeurs, ainsi que le très gros manque de nouveau jeux marquant sur la génération actuelle.

    1. miniblob
      9 janvier 2016 à 16 h 54 min

      J’ai essayé d’éviter de lister trop de titres histoire de ne pas alourdir l’article mais en effet Sega, Capcom et surtout Namco s’adonnent depuis un bail à la pratique de la compilation. D’ailleurs j’ai vraiment l’impression que ça concerne bien davantage les éditeurs japonais qu’occidentaux, je me demandais si ça ne pouvait pas s’expliquer par un rapport différent à la notion même de patrimoine. Je manque d’éléments vraiment concrets pour étayer cette thèse, donc j’ai préféré ne pas en faire mention dans l’article. Faut savoir que la notion même de sauvegarde du patrimoine est très ancienne au Japon, et que c’est resté un aspect super important de leur politique culturelle, notamment avec la notion de « trésors nationaux ». Quand on voit la façon dont Namco entretient le souvenir de ses vieilles licences, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il s’agit bien plus que d’un simple coup de communication, il y a vraiment à mon avis la volonté de préserver et de maintenir vivante cette mémoire.

      Pour ce qui est des mentions « HD », je ne peux qu’aller dans ton sens : on a vraiment retrouvé le meilleur comme le pire sous cette appellation. Je pense notamment à la foule de compilations HD qui sont arrivées sur PS3 au début des années 2010 : si certaines proposaient un rendu correct, la plupart se contentaient de nous livrer des graphismes réellement dégueulasses et lissés à la va-vite… De la même manière je ne suis pas rentré dans les détails en évoquant les conversions 4/3 vers le 16/9 qui étaient parfois d’un goût douteux… Après je dois reconnaître que je ne suis pas forcément un bon client pour toutes ces versions soit disant HD, si je veux me replonger dans Perfect Dark par exemple, je préfère largement ressortir ma 64 (et un téléviseur cathodique pour lisser le tout à l’ancienne) plutôt que de m’arracher les yeux sur la version XBLA que je trouve à la fois immonde et incroyablement froide.

      Bref, merci pour ton commentaire, je pense qu’il reste effectivement pas mal de choses à dire sur le sujet ^^

  3. BurningWolf
    9 janvier 2016 à 21 h 11 min Répondre

    Y’a aussi un phénomène dont j’ai entendu parler de retaper un abandonware pour qu’il soit à nouveau sur le marché, rendant ainsi des jeux qui étaient disponibles gratuitement légalement payants, ce qui est somme toute assez dégueulasse.

  4. Demystificator
    13 janvier 2016 à 21 h 45 min Répondre

    Le coup des remasters m’a toujours laissé une impression d’esbroufe.

    C’est vrai qu’on en parle beaucoup des remasters etc etc mais au final, est ce que ça marche vraiment ?
    De point de vue éditeur, c’est évident ça marche vu qu’en 2 copies, ils deviennent bénéficiaires ; selon le prix (Parce que crache tes 10€ pour Fallout 1 qui va sur ses 17 ans).

    Je suis un peu confus également sur certains points.
    Personnellement, je ne mets pas les différentes versions d’un même jeu dans les années 80 sur différents supports. Car souvent, on faisait clairement le même jeu en l’adaptant aux possibilités techniques des machines. Mais pour moi ça reste la même « vague ».

    Là où un Remaster ou un remake d’aujourd’hui c’est effectivement ressortir des jeux « classiques » parfois en retouchant techniquement le jeu ou non.
    Un peu à la manière des Platinums de la PS1 qui rééditer des bons jeux pour pas cher.

    Donc, moi je parlerai surtout de ces vieux jeux qui nous reviennent.

    Pour en revenir à la question de la diffusion de ces remakes. Oui, ça se vend plus que ça se joue et c’est normal car les premiers acheteurs sont évidemment les nostalgiques qui se laissent guider par leurs sentiments. Mais parfois, même si le jeu était bon, difficile d’y retourner pour 2 raisons principalement.

    La première, c’est qu’un fan connaît déjà le jeu par coeur donc aucun intérêt à le refaire pour la 30 000ème fois 10 ans après quand on pourrait jouer à quelque chose de plus moderne. C’est un peu le cas des Final Fantasy qui arrivent sur PC.

    La seconde, c’est que parfois même un jeu classique peut vieillir. Par exemple, j’ai pris Fallout 1 (sur GoG, en promo à 1€ et des poussières) et la prise en main ayant sacrément vieillie… Difficile de ressentir ce que les fans ont ressenti en fait.
    Donc les gens qui aimeraient découvrir ce classique vont devoir s’accrocher tant le jeu vidéo a évolué finalement…
    Par exemple, Benjamin Daniel, dit Benzaie, a ressorti Star Wars Jedi Knight 2 en disant que c’était clairement un gros jeu à l’époque et au bout de 20 minutes, se retrouve à rager sur la maniabilité, la linéarité des missions etc etc ; et pourtant il a connu le jeu dès sa sortie donc il a le côté nostalgique.

    Beaucoup de gens voient ça comme une mauvaise chose. Je pense que dans l’absolu, non, c’est pas mal.
    Déjà, ça permet de rejouer à des jeux qui ne fonctionnent plus sous les machines récentes ou carrément des portages de jeux jamais sortis sur Pc qui arrivent enfin. Donc les gens les plus appliqués pourront découvrir les classiques de leurs parents ou de leurs grands frères ou grandes soeurs. Ca permet aussi que si on a pas eu l’occasion de finir un jeu à l’époque, maintenant on peut.

    Parfois, on assiste même à des miracles. Bon, c’est ultra rare mais personnellement mon Tomb Raider préféré, c’est finalement le remake : Tomb Raider Anniversary.

    Mais des gens continueront de dire que c’est un manque d’originalité, que c’est une démarche purement commerciale… Et oui, exactement comme les BluRays de films des années 70 qui sortent régulièrement. Comme le fait que la plupart des films d’action qu’on se tape depuis 2,3 ans sont de simples adaptation de bouquins ou de comics…

    Le jeu vidéo étant une industrie qui devient de plus en plus risquée à la vue des coûts de développements des blockbusters, il faut bien que les gars trouvent des combines pour se rattraper.
    Mais est ce que ça marche vraiment ? En dehors des nostalgiques, je pense que ces remasters HD reboot remake special anniversary edition now in hd 2015 21th version ; ne se vendent pas.
    Dans mon entourage, les gens ne voient juste pas l’intérêt de payer un jeu rigide, pas très beaux, sous simple que prétexte qu’il y a 10 ans, c’était une tuerie.

    Le cas des Final Fantasy est un cas d’école. Pourquoi, si on a jamais touché le 9, irait on l’acheter ? C’était ni une révolution à sa sortie, ni maintenant puisque tout le monde s’est aligné avec ces JRPG, et encore moins une révolution aujourd’hui. C’est un bon jeu certes mais encore une fois, cela suffit il à attirer le public plus jeune ? (Si t’es jeune et que t’as acheté FF 8 sur PC plutôt que Witcher, contacte moi)

    Mon avis est donc que ça fait beaucoup de bruit pour rien. Comme le coût de production est minime, l’intégralité des investissements passe dans le marketing.

    Je pense que les consommateurs sont aussi à blâmer dans cette histoire. Si c’est courant d’entendre des critiques envers les éditeurs pour leur manque d’originalité et d’idée de faire de l’argent facile, je me dis que si ça ne marchait pas un minimum ; ils ne le feraient pas. Ou plutôt, ils n’auraient pas pousser autant le vice.

    Parce que la non rétrocompatibilité de la PS4, dès son annonce, était clairement un moyen de se reposer sur ces rééditions payantes d’un jeu qu’on possédait déjà avant ! Mais si le consommateur avait gardé sa PS3, au lieu de participer à son précieux marché de l’occasion, bah il pourrait se moquer de ce système de remaster dématérialisés.

    Et si on résistait à la hype de rejouer au jeu de son enfance, en se disant que de toute façon, le jeu a vieilli ou qu’on en a fait le tour, ces remasters fonctionneraient moins bien.

    Un mot pour le reste.
    La Definitive Edition de Tomb Raider pour moi n’est pas plus problématique que les versions GOTY qu’on avait auparavant, comme Unreal Tournament 98, réédité en 99 version GOTY avec des maps supplémentaires.

    Pour moi, c’est une évidence que les versions PS3 soient plus vendues que les versions PS4. La nouvelle console étant plus chère, avec moins de jeux et sans rétrocompatibilité ; il est normal qu’il y a eu (et peut être encore maintenant) plus de gens qui ont une ps3 chez que de possesseurs de PS4. Sans compter qu’il semble raisonnable de ne pas payer le prix fort deux fois juste pour le même jeu en un peu plus joli.

    1. miniblob
      15 janvier 2016 à 14 h 35 min

      Les rapprochements historiques que je fais ont pour seul but de montrer que le phénomène n’est pas si nouveau qu’il n’y parait. Je suis d’accord avec toi, les jeux qui sortaient sur plusieurs supports dans les années 80/90 le faisaient dans une même « vague », mais je pense que c’est toujours le cas des remasters de jeux récents, je pense qu’il y a une certaine continuité entre le développement initial de The Last of Us par exemple et celui de sa version PS4. Pour ce qui est des jeux plus anciens, ça passait plus souvent par des compilations mais dans le fond c’était un peu le même principe de remettre sur le devant de la scène des vieux titres qui avaient déjà fait leurs preuves (faut voir le nombre de fois qu’un Pacman ou qu’un Spacewar a ainsi été décliné…)

      Petite précision, lorsque je compare les jeux PS3 et PS4, il ne s’agit pas pour moi de comparer les ventes, mais bien les taux de complétion (en pourcentage du total des gens qui ont effectivement lancé au moins une fois le jeu) que les trophées nous permettent de constater. En gros je ne dis pas que les jeux se sont plus vendus sur PS3 que sur PS4, mais qu’une fois achetées les versions PS3 ont été davantage jouées que celles sur PS4 (du coup on peut imaginer qu’une part non négligeable des gens qui achètent ces fameuses versions PS4 ont en réalité déjà mis la main sur la version PS3 auparavant…)

      Enfin je ne peux aller que dans ton sens, au final c’est au consommateur de faire en sorte qu’on ne le prenne pas pour un pigeon. Quand on arrêtera d’acheter trois ou quatre fois le même jeu, on arrêtera peut-être d’essayer de nous revendre trois ou quatre fois le même jeu…

    2. Serioussam
      27 février 2016 à 16 h 08 min

      Je suis jeune (23 ans c’est encore jeune non^^?) et effectivement j’ai acheté l’année dernière FF7 et FF8, et pas le dernier The Witcher.
      Pourquoi? Et bien n’ayant jamais eu aucune des Playstations, je n’avais jamais eu l’occasion de poser mes mains sur ces jeux, dont j’entend parler depuis des années. En plus je me les suis offert lors d’une promo steam, pas beaucoup plus que 7 euros chacun. En face, The Witcher aurait non seulement mis mon PC à genoux, mais à 60 euros à sa sortis, sachant qu’un an plus tard il sera trouvable à 30% de ce prix..
      Du coup, totalement neophyte, j’ai quand même énormément apprécier de pouvoir jouer à ces FF dans de bonnes conditions( une centaine d’heures sur chacun), de pouvoir découvrir ce qui avais marqué toute une génération et que j’avais raté, et malgré le gameplay un peu vieillissant, ca n’as pas enlevé au plaisir de découvrir ces petits bijoux^^.
      Voila, j’espère t’avoir un peu répondu sur pourquoi un « jeune » peut tout de même se trouver intéressé par ces portages, et que pour moi dans ce cas là, avoir ces jeux sur steam permet d’être assurer de pouvoir jouer a ces jeux sans se prendre la tête sur la compatibilité :)

  5. petitchocobo
    17 mars 2016 à 15 h 59 min Répondre

    Article très intéressant merci :). Eh oui la nostalgie est un levier extrêmement puissant. Et quand on voit les reboots/remakes au cinema, on se rend bien compte que ce phénomène est assez important. Certes ce n’est pas nouveau mais cela semble s’etre largement accéléré ces dernières années.
    Et en effet on joue moins aux nouvelles versions qu’aux anciennes. Alors certes il y a l’effet objet collector. Mais je pense aussi qu’on a tendance à acheter sous le coup de l’impulsion ces titres car nous en sommes nostalgiques. Et au final on ne trouve pas forcément la motivation pour terminer le jeu à 100% car au final le jeu reste le même (en particulier pour les remaster HD)