Steredenn : Ils ont des shmups mignons, vive les BretonsTest JV

Steredenn : Ils ont des shmups mignons, vive les Bretons

Quelque part en Armorique, une ville peuplée d’irréductibles développeurs résiste encore et toujours à la pression des blockbusters. Rennes et sa région abrite en effet une belle brochette de studios indépendants. Si la plupart des productions issues de ce creuset n’affichent pas forcément leurs origines, ce n’est pas le cas de Steredenn qui assume jusque dans son titre ses racines bretonnes. Rassurez-vous, il ne s’agit pas pour autant d’un Cooking Mama dédié à la réalisation du kouign-amann, mais bien d’un shoot’em up bourré de qualités et plus enclin à vous rassasier.

La production indépendante de jeux vidéo est peut-être un peu moins soumise au diktat du marketing que ne le sont les usines à blockbusters, elle n’en est pas moins influencée par les phénomènes de mode. On assiste ainsi à un retour en grâce du shoot’em up, mais d’autres recettes telles que l’utilisation du pixel art ou le recours massif à des mécaniques de progression issues du rogue-like commencent à paraître usées jusqu’à la corde. Que dire d’un titre qui combine ces trois éléments ? Vous soupirez déjà ? Ce n’est pourtant pas le moment de jeter le bébé avec l’eau du bain : certes Steredenn est typiquement un jeu qui est dans l’air du temps, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut le mettre au rebut, bien au contraire puisqu’il s’agit finalement d’un shmup original et surtout diablement addictif.

Maîtriser l’aléatoire pour gérer la montée en puissance

C'est dans la soute de ces conteneurs que se trouvent de nouvelles armes.

C’est dans la soute de ces conteneurs que se trouvent de nouvelles armes.

Au premier coup d’œil, on pourrait pourtant penser que nous avons ici affaire à un représentant du genre tout ce qu’il y a de plus classique : on dirige un vaisseau sur un scrolling horizontal, on dégomme des vagues successives d’ennemis et on récolte des bonus pour améliorer sa puissance de feu. Bref, même le design léché mais résolument rétro est là pour nous donner cette impression trompeuse d’être en terrain connu. Cependant, mieux vaut prévenir les amateurs de shoot’em up traditionnels, il est tout à fait possible qu’un élément bien particulier vienne bousculer leurs petites habitudes au point de leur faire passer l’envie d’explorer le jeu à fond : impossible de se reposer totalement sur des routines sagement apprises par cœur, il place l’aléatoire au cœur de son gameplay.

Concrètement, la petite équipe de Pixelnest Studio s’est inspirée de la construction des rogue-like pour élaborer la progression dans Steredenn. On retrouve globalement toujours les mêmes types d’ennemis dans un niveau en particulier, mais la formation de leurs attaques et leur nombre va varier selon des schémas donnés. De la même manière, les trois premiers boss sont disponibles en plusieurs versions, laissant toujours une petite place à la surprise à chaque nouveau run. Mais là où le hasard a le plus d’importance, c’est sans aucun doute sur l’évolution du vaisseau en lui-même : au beau milieu des niveaux on peut exploser des conteneurs qui contiennent aléatoirement dans leur soute l’une des 35 armes du jeu, et, à chaque fois qu’on a vaincu un boss, on a la possibilité de choisir l’une des cinq upgrades proposées encore une fois aléatoirement.

Après avoir explosé un boss, on peut choisir entre 5 améliorations proposées aléatoirement.

Après avoir explosé un boss, on peut choisir entre cinq améliorations proposées aléatoirement.

En prenant de l’expérience, on en vient forcément à développer des stratégies, à préférer certaines armes à d’autres. D’autant plus que leur comportement varie du tout au tout : les missiles à tête chercheuse permettent par exemple de jouer la sécurité et de se planquer à l’abri des tirs des boss pour les avoiner patiemment, tandis que le redoutable Impaler va faire des brochettes avec les ennemis à condition toutefois de leur tenir tête et de leur faire face. Heureusement, il est possible de jouer sur leur taux de drop en choisissant les bonnes améliorations. C’est d’autant plus crucial que vous n’avez pas forcément intérêt à trop vous disperser : les bonus que vous débloquerez pour le vaisseau sont souvent liés à un type d’arme en particulier. Il existe six de ces types : les blasters et leurs dérivés, les armes à énergie comme le laser, les robots qui font le ménage à la place du joueur, les armes de contact comme l’étonnante épée rétractable, les armes lourdes qui ne font pas dans la finesse, et enfin les boucliers.

La difficulté à lâcher la manette

Certaines armes sont certes puissantes, mais difficiles à manier.

Certaines armes sont certes puissantes, mais difficiles à manier.

Forcément, tous les articles de cette belle panoplie ne se valent pas. Certaines armes font même réellement triste mine quand on les compare aux équipements les plus efficaces. Il faut constamment faire des choix, afin de ne garder que les deux armes qui semblent les plus pratiques pour faire le ménage ou tout du moins les plus complémentaires. Chaque run est une nouvelle occasion d’expérimenter une tactique originale, de faire de nouveaux paris sur les améliorations qui croiseront notre route. C’est là tout le sel de Steredenn, on joue avec le hasard en cherchant à optimiser l’équipement du vaisseau, on apprivoise tant bien que mal l’aléatoire sans jamais totalement réussir à dissiper l’effet de surprise. Les parties ne se ressemblent pas et c’est justement ce qui donne au jeu son aspect addictif. Méfiez-vous, vous risquez bien de jouer sans voir passer le temps en vous répétant à chaque nouvel échec : « allez, un dernier petit run pour la route… »

Bien entendu, pour que la recette soit aussi alléchante, qu’elle ait ce petit goût de « reviens-y », il faut qu’elle soit bien accommodée. En l’occurrence, le tout est servi avec un pixel art faussement minimaliste qui réussi à faire vibrer la corde de la nostalgie tout en flattant agréablement la rétine, une vraie prouesse. La partie sonore n’est pas en reste, l’action est soutenue par les compositions de Zander Noriega, un argentin qui n’a pas hésité à accoucher d’un rythme un poil brutal pour secouer cette petite étoile bretonne qu’est Steredenn. De tous ces ingrédients naît une alchimie dont il est difficile de se défaire. Une fois qu’on est pris par le flot, c’est quasiment en état d’hypnose que l’on enchaîne les runs sans même s’en rendre compte.

Mieux vaut éviter de foncer dans le tas sans observer son environnement.

Mieux vaut éviter de foncer dans le tas sans observer son environnement.

Quand bien même vous vous lasseriez de l’aléatoire, vous pourriez toujours vous entraîner à terrasser les boss déjà vaincus dans le mode Arène en choisissant librement votre armement. C’est d’ailleurs l’occasion de profiter pleinement de leurs jolis patterns, ces derniers ne sont pas forcément très retors mais ils forment toujours des motifs agréables à l’œil. Et si jamais c’est avant tout le scoring qui vous intéresse dans les shmups, vous pourriez bien trouver votre compte dans le Défi quotidien : il s’agit d’un run différent chaque jour, qu’on ne peut essayer qu’une seule fois et qui sera identique pour tous les joueurs. Le but étant bien entendu de briller dans le leaderboard éphémère qui vient clore ce défi. Bref, autant dire que vous n’êtes pas près de lâcher l’hameçon de ce Steredenn, les développeurs de Pixelnest Studio ont visiblement le chic pour ferrer le joueur sans que celui-ci ne s’en rende compte.

 

L'avis d'extralife
  1. Développeur : Pixelnest Studio
  2. Genre : Shoot'em up, rogue-like
  3. Date de sortie : 1er octobre 2015
  4. Support : Windows, Mac, Linux, Xbox One
  • steredennSteredenn n'est certainement pas le shoot'em up parfait. Les aficionados les plus pointilleux lui reprocheront sans doute un certain manque de rigueur de par son aspect aléatoire. Par contre, il parvient merveilleusement bien à capter le joueur, à le frustrer juste ce qu'il faut, sans le décourager, pour le pousser à relancer une nouvelle partie encore et encore. Méfiez-vous de lui, sous son aspect faussement nostalgique, il cache en réalité un cœur acidulé qui pourrait bien vous rendre accro.
5

Tombé sur Terre un peu par hasard, le blob dévore mollement tout ce qu'il trouve dans l'espoir de comprendre son environnement. Ne jugez pas trop sévèrement son appétit vorace ou vous risquez d'être au menu de son prochain repas.

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3 commentaires

  1. Platinum
    16 novembre 2015 à 22 h 08 min Répondre

    Merci miniblob pour ce test très agréable à lire. Un shmup à la sauce rogue like qui donne vraiment envie de s’y essayer !

  2. Dragonmik
    16 novembre 2015 à 22 h 33 min Répondre

    Très bon test pour ce jeu que je découvre en ce moment (acheté hier), çà colle parfaitement. L’avis que tu donnes à la fin résume bien l’esprit et la façon dont il faut aborder Steredenn. Bon boulot (et bon jeu) !

  3. Guduman
    19 novembre 2015 à 19 h 15 min Répondre

    Mais il a l’air cool ce jeu ! Merci Miniblob pour ce test très agréable à lire. :)