Sheriff of Nottingham : Le véritable prince des voleurs Test JDS

Sheriff of Nottingham : Le véritable prince des voleurs

Tout le monde connaît l’histoire de Nottingham. Non, pas celle du coup de foudre, mais celle de Robin des Bois et de sa lutte contre le cupide Prince Jean et son impitoyable shérif. C’est justement du shérif dont il est question ici. Fidèle à sa réputation, ce dernier a la main mise sur l’économie de la ville et impose d’incroyables taxes aux marchands qui tentent tant bien que mal de gagner leur croûte, quitte à flirter avec l’illégalité et à céder aux sirènes juteuses de la contrebande.

Dans Sheriff of Nottingham, de trois à quatre joueurs tenteront de devenir le plus riche marchand de la ville en trompant la vigilance du vil shérif, un rôle que chacun devra tenir au moins deux fois durant la partie. Durant chaque manche, un nouveau joueur incarne ainsi le shérif, ce qui signifie qu’il peut inspecter ou non les marchandises que ses adversaires marchands tentent de placer sur leurs étals. En tant que marchands, les joueurs doivent d’abord déterminer quels types de biens ils comptent vendre. On trouve d’un côté quatre types de marchandises autorisées : pain, fromage, poulet et pomme, et quatre autres totalement illégales : poivre, hydromel, soie et arbalète. Selon la loi régie par le shérif, les marchands n’ont le droit de transporter qu’un seul type de marchandises à la fois. Aux marchands de décider s’ils souhaitent se plier à cette exigence ou non. Toujours est-il qu’ils devront secrètement placer entre une et cinq cartes dans leurs petites besaces, puis solennellement déclarer au shérif ce qu’ils y ont mis en respectant deux règles : il leur est interdit de mentir sur le nombre de cartes placées dans la sacoche, et ils ne peuvent déclarer qu’un seul type de marchandises légales. Par exemple : « Voici, cher shérif, un sac contenant quatre pains pétris avec amour ».

Le rôle de shérif tourne à chaque nouvelle manche.

Le rôle de shérif tourne à chaque nouvelle manche.

Toutes les sacoches sont alors récupérées par le shérif qui décide en son âme et conscience s’il souhaite vérifier le contenu d’un sac ou le rendre à son propriétaire sans l’ouvrir. Tout se résume ici à la confiance que le shérif accorde à chaque marchand. S’il décide d’inspecter une besace, deux cas de figure se présentent alors. Si le marchand s’est montré tout à fait honnête en déclarant précisément le contenu de son sac, le shérif doit lui payer une pénalité pour chaque marchandise correctement déclarée. À l’inverse, si le marchand a menti, ne serait-ce que sur une carte (en déclarant par exemple trois poulets alors que son sac contenait en réalité un poulet et deux autres marchandises), toutes les marchandises non déclarées sont confisquées et le marchand doit payer une amende au shérif pour chacune article retenu. Au final, il ne conserve que les marchandises correctement déclarées qu’il peut ajouter à son étal. Selon l’exemple, il garde donc son poulet mais doit payer pour les deux autres marchandises. Bien sûr, les marchandises n’ont pas toutes la même valeur et payer une amende sur un objet de contrebande coûte deux fois plus cher que sur un bien légal. Toutefois, réussir à faire passer un produit interdit rapporte en fin de partie bien plus de points. À chacun d’évaluer le coût du risque à prendre lors de chaque contrôle.

Le shérif impose sa loi sur Nottingham.

Le shérif impose sa loi sur Nottingham.

Le bluff est ainsi au cœur du jeu, d’autant plus qu’il est tout à fait autorisé et même vivement encouragé de proposer un arrangement avec le shérif lors de l’inspection. Oui, on parle bien de pots de vin, mais pas seulement puisque rien ne vous empêche non plus de passer un accord pour que le shérif n’inspecte pas votre sac cette fois-ci. Promis, en retour vous n’inspecterez pas le sien lorsque viendra votre tour d’être shérif. Il est également possible de tenter d’autres approches plus sournoises en payant par exemple le shérif pour qu’il inspecte le sac de votre voisin au lieu du vôtre. Si une grande liberté est laissée aux joueurs, celle-ci est toutefois cadrée par deux détails. Les accords passés ne sont valables qu’au sein de cette phase d’inspection. Rien n’oblige donc un joueur à tenir ses engagements lors d’un prochain tour. Ensuite, si un joueur parvient à convaincre le shérif de détourner le regard en échange de quelques unes des marchandises de son sac, il n’aura pas à le faire si son sac ne contenait pas les fameuses marchandises. Logique !

Une pioche et deux défausse. De quoi semer la confusion devant le shérif.

Une pioche et deux défausse. De quoi semer la confusion devant le shérif.

La partie s’arrête lorsque chaque joueur aura été shérif deux fois (trois fois pour les parties à trois joueurs). Chacun fait alors le point sur sa trésorerie. Les marchandises (légales et interdites) placées sur l’étal sont converties en pièces d’or, tandis que de l’argent supplémentaire est accordé aux joueurs ayant le plus de poulets, de pommes, de pains et de fromages. Au bout du compte, celui qui obtient la plus grande bourse remporte la partie. Notez qu’il existe aussi un mode expert faisant intervenir des marchandises royales. Il s’agit de biens spéciaux considérés comme de la contrebande accordant donc encore plus de points, mais jouant aussi sur le nombre de marchandises légales en fin de partie. Par exemple des pommes granny ou du gouda.

Les marchandises royales sont illégales, mais rapportent gros.

Les marchandises royales sont illégales, mais rapportent gros.

Si les règles de Sheriff of Nottingham sont simples et parfaitement accessibles à n’importe quel joueur, elles bénéficient tout de même d’une petite part de stratégie grâce à la présence de deux piles de défausses bien distinctes qu’il est possible d’examiner à tout moment. En début de tour, chaque marchand a ainsi l’opportunité d’échanger jusqu’à cinq marchandises avec d’autres prises sur l’une ou l’autre des défausses (cartes faces visibles) ou dans la pioche (cartes faces cachées). Toutes les cartes échangées rejoindront l’une des défausses. Au passage, les marchandises confisquées lors d’une inspection doivent également être défaussées faces visibles. Grâce à cette phase d’échange, le jeu gagne une petite couche de bluff supplémentaire. Non seulement, les marchands ont l’occasion de récupérer des marchandises souhaitées, mais surtout de semer le doute dans la tête du shérif. « Ce joueur vient de récupérer des objets de contrebande sous mes yeux. Est-il réellement en train de les mettre dans sa besace ou tente-t-il un coup de bluff en plaçant des marchandises légales dans l’espoir que j’inspecte son sac ? » Voilà en gros le type de questionnement qui trotte dans l’esprit du shérif grâce à cette phase d’échange. Sans elle, Sheriff of Nottingham n’aurait été qu’un bête jeu de bluff à l’aveugle, grâce à elle, l’expérience gagne une légère profondeur et une certaine convivialité.

Une pastille de velcro sur le sac pour remplacer le boutton d'origine et protéger le tissu.

Une pastille de velcro sur le sac pour remplacer le boutton d’origine et protéger le tissu.

Cette convivialité est d’ailleurs renforcée par la direction artistique très marquée qui met en avant un shérif corrompu jusqu’à la moëlle mais aussi des marchands qui n’inspirent pas forcément la confiance. Enfin, et c’est un détail tout bête, la présence de petites sacoches en velours ajoute une bonne immersion à la partie puisqu’il faut réellement transmettre un paquet au shérif et déclarer son contenu. Le seul défaut dans tout cela est que le tissu de ces sacs est plutôt fragile et qu’il ne résistera pas à un usage intensif du petit bouton à pression permettant de maintenir le sac fermé. En fait, deux de nos sacs ont déjà commencé à se déchirer après seulement trois parties… Plusieurs solutions pour contrer le problème : ne jamais fermer les basaces ou coller des pastilles de velcro pour remplacer les boutons.

L'avis d'extralife
  1. Auteurs : Sergio Halaban & Andre Zatz
  2. Illustrateurs : David Sladek & Lorraine Schleter
  3. Éditeur : Iello
  4. Genre : Bluff
  5. Date de sortie : 5 février 2016
  6. Nombre de joueurs : 3 à 5 joueurs
  7. Durée de la partie : 60 min
  8. Âge recommandé : 14 ans et plus
  9. Site officiel : http://www.iello.fr/
  • sheriff_of_nottingham_0000Sheriff of Nottingham est tout indiqué à ceux qui cherchent un jeu suffisamment léger pour être pratiqué en toute détente, mais possédant aussi une dimension stratégique via le choix des marchandises à glisser dans son sac. Bien entendu, la maîtrise du bluff donnera un avantage certain aux menteurs nés mais il est aussi tout à fait possible de remporter des parties en restant droit dans ses bottes du début à la fin. Les seules réserves concernent finalement le matériel et notamment la fragilité des besaces. Excellente idée sur le papier, ces sacoches nécessitent quelques ajustements pour fonctionner correctement sur le long terme.
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La découverte de BurgerTime aux débuts des années 80 aura clairement affecté la vie de ce grand bonhomme. Non seulement, Jihem a développé une passion pour les jeux vidéo, mais il a également choisi de s'installer au pays du hamburger. Sa mère est plutôt heureuse qu'il n'ait pas découvert les jeux avec Boogerman.

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1 commentaire

  1. Galerral
    21 février 2016 à 1 h 06 min

    C’est moi où il est habillé comme un drapeau des USA ?

Réponse