Century : Un jeu, deux thèmes Test JDS

Century : Un jeu, deux thèmes

Profitons de la récente sortie française de Century : Édition Golem pour immédiatement rattraper un petit retard et aussi parler de Century : La Route des Épices, sorti l’année dernière. Si vous ne le saviez pas encore, il s’agit strictement des deux mêmes jeux, avec les mêmes cartes provoquant les mêmes effets pour aboutir aux mêmes résultats. En fait, il n’y a que la thématique et donc l’aspect visuel qui sépare l’un de l’autre. Et selon les publics, ça suffit à faire toute la différence.

Vous connaissez peut-être le principe des game jams. Généralement dédiés aux jeux vidéo, ces événements réunissent des équipes de créatifs qui ont à leur disposition une poignée d’heures et beaucoup d’imagination pour développer un jeu à partir d’un même thème. Century fait exactement l’inverse puisque son auteur Emerson Matsuuchia (Specter Ops) s’est mis en tête d’imaginer plusieurs thématiques à partir du même jeu. Le résultat de son brainstorming donne naissance à deux jeux jumeaux partageant donc la même ADN, mais pas la même apparence. Il y a premièrement Century : La Route des Épices, qui s’appuie sur un thématique classique déjà vu et revu des centaines de fois, à savoir le commerce d’épices pour devenir le plus riche des marchands. Un peu plus rafraîchissante, l’Édition Golem demande, quant à elle, de collecter des cristaux pour réanimer de puissants géants. À moins d’être un féru d’épices ou membre d’un organisme anti golem, le choix semble donc assez évident. Et pourtant, il y a une petite subtilité qui fait que ce n’est pas aussi simple de trouver sa version. Avant d’en parler, détaillons tout de même le gameplay, commun aux deux versions.

L’exacte même séquence de jeu dans les deux versions de Century

Le but du jeu consiste à troquer des épices ou échanger des cristaux pour acquérir des cartes marquées de points. Le plus d’épices ou de cristaux ces cartes demandent, le plus elles sont difficiles à obtenir et le plus elles rapportent de points. Lorsqu’un joueur obtient sa cinquième carte (ou sa sixième à deux ou trois joueurs), la partie s’arrête et on regarde alors qui possède réellement le plus de points. Le cœur du gameplay repose sur la gestion de ses épices/cristaux sachant que l’on ne peut pas en transporter plus de dix à la fois dans sa caravane. Les épices sont de quatre types, classées par leur valeur, du curcuma qui ne vaut rien à la cannelle plus rare et donc plus précieuse. De même pour les cristaux de la version golem répartis en quatre couleurs jaune, vert, turquoise et rose.

Les tours de jeu s’enchaînent extrêmement vite avec une seule action à réaliser par tour et à choisir parmi quatre. Un joueur peut soit jouer une carte marchand de sa main, ce qui lui permet de récupérer de nouvelles épices/pierres précieuses ou d’en échanger en respectant toujours les indications présentes sur la carte. Par exemple récupérer un cube de cardamome, ou troquer trois curcumas contre une cardamome et un safran. La seconde action possible est d’acheter une nouvelle carte marchands pour l’ajouter directement à sa main. La première carte de la file est toujours gratuite ; pour obtenir les suivantes, il suffit de déposer une épice / un cristal sur chaque carte ignorée. Par exemple, pour acheter la quatrième carte de la file, il faut déposer un cristal sur les trois cartes qui la précèdent. En toute logique, un joueur qui achète une carte où sont déjà posés des épices ou des cristaux empoche directement ces biens dans sa caravane.

La troisième option consiste à reprendre en mains toutes les cartes jouées jusque là. Savoir quand utiliser cette possibilité est l’une des clés du succès dans Century puisqu’en pratique, notre jeu n’avance pas des masses durant ce tour. Ceci dit, il faut vraiment voir cette action comme reprendre une grande respiration avant de repartir de plus belle, et en ayant au passage regagné l’intégralité de ses options tactiques. Enfin, la dernière possibilité consiste tout bêtement à dépenser ses épices ou ses cristaux pour acquérir des cartes de points.

Simple ? Oui, très. Et efficace aussi. Vraiment efficace dans le sens où tout le monde peut jouer à Century. Le gameplay est clair et facile à appréhender mais il réserve tout de même une certaine profondeur grâce à plusieurs subtilités bien vues pour donner de l’épaisseur à l’expérience. Par exemple, les deux premières cartes de points (ou les deux premiers golems suivant la version) sont associés à des pièces qui rapportent trois ou un point bonus en fin de partie. Dès lors, un joueur doit toujours réfléchir avant de s’emparer d’une carte. Déjà réfléchir à ce que lui rapportera réellement la carte (avec ou sans points bonus) mais aussi et surtout penser aux options qu’il ouvrira pour les joueurs suivants. Après chaque achat, les cartes restantes glissent toutes vers la gauche et une nouvelle est même dévoilée pour qu’il y en ait toujours cinq faces visibles. Il est donc fréquent qu’en récupérant une carte, le glissement de la file arrange un adversaire en plaçant la carte qu’il convoite juste sous une pièce, et donc sous des points bonus !

Là aussi, le timing est crucial. Donc on temporise, on tente de laisser la priorité à un autre pour que ce soit lui qui décale la file de cartes à notre place et nous laisse finalement récupérer une pièce. Ce faisant, il faut aussi surveiller les caravanes adverses ; tenter de deviner les cartes ou les golems qu’ils espèrent obtenir pour éventuellement les leur piquer sous le nez. Autour de la table, il y aura forcément des joueurs qui viseront les cartes les plus faciles à obtenir mais rapportant moins de points, et ceux qui patienteront dans leurs coins pour accumuler et transformer leurs biens jusqu’à réaliser un coup de maître. Vraiment, Century possède un gameplay parfaitement huilé, brillant et d’une certaine façon renouvelé de partie en partie en fonction de l’ordre de sortie des cartes, toujours aléatoire. Il y a ainsi des parties où les cartes les plus puissantes sortent dès le début, celles où elles arrivent plus tard, et même des cas où elles ne se montrent pas du tout. Les joueurs sont donc obligés de s’adapter à ce que le hasard leur propose, trouver les combinaisons les plus utiles, mettre sur pied un petit moteur, mais ne pas perdre trop de temps non plus car les adversaires n’attendront pas et seront généralement déjà en train d’amasser des cartes de points !

Que ce soit la version épicée ou l’Édition Golem, Century est servi avec du joli matériel dont des réceptacles pour tenir les ressources, ce qui est suffisamment rare pour être signalé. Sans forcément parler de préférence de design ou de patte graphique, l’Édition Golem se distingue tout de même d’une courte tête en proposant des cartes de points à l’effigie de Golems tous uniques, ce qui donne forcément plus de personnalité à l’ensemble. Si le matériel est sublime, il y a tout de même un point important à noter : aucune des deux versions ne vient avec un plateau ou un tapis de jeu. Je répète, les jeux sont livrés sans tapis. Les playmats que vous voyez sur les photos sont vendus séparément. Que l’on soit bien d’accord, foncièrement, ils ne servent à rien, mais ils aident tout de même à se mettre dans l’ambiance.

Alors finalement, quelle version choisir ? J’aurai tendance à répondre « celle que vous voulez, chers amis » mais ce n’est pas aussi simple que cela. Le fait est que l’auteur, non content de s’être lancé dans un exercice de style avec son même jeu décliné selon deux thématiques, a aussi choisi de développer une trilogie à partir de sa licence ! C’est-à-dire qu’il y aura deux autres jeux Century qui sortiront plus tard et que l’on pourra jouer indépendamment ou en combinaison avec les titres de la gamme. Problème : seule la trilogie autour de l’épice est annoncée. Même s’il serait certainement facile d’imaginer une suite à l’Édition Golem, rien ne semble prévu et cette version apparaît actuellement comme un one shot. Elle fonctionne très bien en tant que tel, mais elle ne sera vraisemblablement pas non-modulable contrairement à la version épices. Nous voilà donc bien embêté pour trancher. Si très honnêtement, le cœur conseille l’Édition Golem grâce à sa thématique plus originale, la curiosité de voir où La Route des Épices nous conduira dans le futur est vraiment très forte. Quel que soit le choix, gardez simplement à l’esprit qu’il n’y a pas de mauvaises options puisque Century est un bon jeu dans les deux cas.

L'avis d'extralife
  1. Auteur : Emerson Matsuuchi
  2. Illustrateurs : Fernanda Suárez (La Route des Épices), Justin Chan & Chris Quilliams (Édition Golem),
  3. Éditeur : Plan B Games
  4. Genre : Jeu de cartes, Collection, Gestion de mains
  5. Nombre de joueurs : 2 à 5 joueurs
  6. Durée des parties : 45 mn
  7. Âge recommandé : 8 ans et plus
  8. Sortie : 2017 (La Route des Épices), avril 2018 (Édition Golem)
  • Dès sa sortie, les gens ont beaucoup comparé Century : La Route des Épices à Splendor, et le rapprochement est encore plus facile avec l'Édition Golem qui mêle pierres précieuses. C'est certain, il y a des parallèles à dresser entre ces jeux qui voient les joueurs collectionner des ressources pour finalement les échanger contre des cartes à points. Mais c'est surtout au niveau de l'accessibilité qu'il faut rapprocher les titres puisque Century s'adresse lui aussi à une large palette de joueurs, débutants comme plus confirmés. Les jeux qui réussissent ce grand écart sont finalement assez rares. Et quand on en tient un, de la trempe de Century en plus, on ne peut que le recommander.
4
Jihem

La découverte de BurgerTime aux débuts des années 80 aura clairement affecté la vie de ce grand bonhomme. Non seulement, Jihem a développé une passion pour les jeux vidéo, mais il a également choisi de s'installer au pays du hamburger. Sa mère est plutôt heureuse qu'il n'ait pas découvert les jeux avec Boogerman.

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1 commentaire

  1. Maextasia
    Maextasia
    10 mai 2018 à 22 h 28 min

    Article très complet mais final je suis toujours autant perdu ^^ Mais je crois que je prendrai la version classique pour pouvoir avoir une trilogie cohérente, même si cette édition donne envie d’autant plus qu’elle est limitée.

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