Warhammer – Age of Sigmar : L’été meurtrierAnalyse

Warhammer – Age of Sigmar : L’été meurtrier

La sortie de Warhammer – Age of Sigmar, la nouvelle version du jeu de figurines Warhammer Fantasy Battle, a fait grand bruit cet été. Les changements drastiques apportés à une formule qui fonctionnait sur les mêmes bases depuis plus de 30 ans n’ont pas manqué de déchaîner les passions et de déclencher de vives discussions parmi les vétérans. Pourquoi Games Workshop a-t-il décidé de quitter sa zone de confort en modifiant son jeu en profondeur ? Quels sont les éléments qui inscrivent Age of Sigmar en rupture par rapport à ses prédécesseurs ? Quelles sont les raisons du mécontentement d’une grande partie des adeptes ? Voilà autant de questions qui méritent réponse.

La santé fragile d’un éditeur historique

Warhammer_age_of_sigmar_0012Retour deux ans plus tôt. Au cours de l’année 2013, Games Workshop, dont les résultats financiers ne sont pas bons, entame une énième restructuration sous la pression des actionnaires. Premiers visés : les fameux « Centres Hobby », ces boutiques où il est possible de découvrir les produits de la firme en prenant part à des tutos de jeu et de peinture. Ceux qui ne génèrent plus assez de chiffre d’affaires sont transformés en « one-man store » (l’aspect animation passant pour l’occasion à la trappe). Les moins rentables sont purement et simplement fermés. C’est aussi le sort des centres nationaux (Games Workshop France notamment) dont les équipes de localisation et de VPC sont rapatriées au siège de la firme en Angleterre. Les événements annuels organisés hors du territoire britannique, comme les Games Day Paris, Cologne et Madrid, sont annulés. Une vague de licenciements accompagne cette réorganisation qui portera néanmoins ses fruits en permettant de diminuer les coûts de distribution. En contrepartie, l’accent est mis sur la refonte des publications du groupe – le site Web et le magazine papier historique White Dwarf – qui prennent dès lors une forme plus mercantile, moins tournée vers le hobby et davantage vers le catalogue de produits.

Warhammer_age_of_sigmar_0015À côté de ça, il y a les jeux, dont les concepteurs sont bien entendu invités à se remettre en question. Avec son univers futuriste et ses batailles dynamiques à petite échelle, Warhammer 40.000 a les faveurs du public. Il représente pour Games Workshop environ 40 % des ventes cumulées (recouvrant jeux, accessoires de modélisme et produits sous licence), ce qui le rend quasi-intouchable. Un simple lifting des règles en 2014, dans le cadre de la 7e édition, suffira à le rendre opérationnel pour quelques années encore. La gamme Le Seigneur des Anneaux/Le Hobbit est, elle par contre, en fin de vie ; il s’agit de surfer encore un peu sur la sortie des films avant l’expiration des droits d’exploitation de la licence. Sa refonte n’est donc pas envisagée. Et puis il y a Warhammer Fantasy Battle, une véritable épine dans le pied de la firme. Car s’il jouit d’un succès d’estime important, le jeu ne fait plus recette. La 8e édition, sortie en 2010, a fini par se faire apprécier auprès des joueurs après des débuts difficiles. Mais selon certaines sources, elle représenterait mois de 10 % des ventes cumulées. Afin d’expliquer cet échec, les rapports financiers de Games Workshop invoquent le contexte structurel difficile dans le domaine du jeu de figurines.

Les raisons du déclin de Warhammer Battle

Warhammer_age_of_sigmar_0008Les hobbyistes, eux, ont d’autres raisons à fournir. Certains regorgent déjà d’armées de toutes sortes accumulées au fil des éditions, qu’elles soient « full peintes » et conservées en vitrine, ou sur des grappes s’entassant dans un coin. Les vétérans n’ont de toute façon jamais été le coeur de cible de Games Workshop, qui mise plutôt sur un renouvellement permanent de sa base de nouveaux joueurs. Le problème, c’est que même les acheteurs les plus compulsifs se heurtent à un écueil rédhibitoire : les prix. Warhammer Battle a toujours été un loisir onéreux si l’on additionne le coût des figurines, des règles et des suppléments (régulièrement réactualisés) ainsi que des décors et du matériel de modélisme et de peinture. La 8e édition, aussi intéressante soit-elle, a accentué cet état de fait en intégrant un certain nombre de règles incitant à jouer de gros régiments (horde, indomptabilité, attaques sur plusieurs rangs…). De fait, même si le système de création d’armées assure un minimum d’équilibrage, nombre de joueurs ont été tentés par la composition d’unités de base incluant 20, 30 voire 40 figurines. Or, ces dernières sont souvent conditionnées par boîtes d’une dizaines de figurines, proposées à des tarifs de plus en plus prohibitifs.

Warhammer_age_of_sigmar_0013Pour ne rien arranger, Games Workshop augmente régulièrement ses prix (afin d’amortir le coût du plastique, indexé sur celui du pétrole), quand elle n’essaie pas d’imposer aux consommateurs de nouveaux matériaux aussi coûteux que peu convaincants (le fameux Finecast). Résultat : une partie des joueurs finit par se tourner vers des figurines alternatives de fabricants tiers (Mantic notamment), poussant la firme anglaise à un contrôle encore plus rigoureux de sa propriété intellectuelle. D’autres se mettent à des jeux alternatifs jugés moins coûteux (Kings of War, Warmachine/Hordes). Enfin, les nouveaux arrivants, rebutés par l’idée d’ingérer des pavés de plusieurs centaines de pages et de peindre des régiments entiers de figurines, optent pour des jeux d’escarmouche comme Eden, Infinity ou encore Malifaux – un marché où Games Workshop n’est plus présent depuis l’abandon de sa gamme de jeux « Specialists » (Mordheim, Necromunda). La société n’arrive même plus à capter le public qui découvre l’univers de Warhammer par le biais des jeux vidéo sous licence. C’est pourquoi elle estime qu’il est temps de donner un coup de pied dans la fourmilière, en mettant au point une nouvelle offre destinée à remplacer Warhammer Battle.

La destruction du Vieux Monde

Warhammer_age_of_sigmar_0017La première étape, destinée à préparer les joueurs à ces changements drastiques, est la sortie du cycle The End Times (La Fin des Temps), qui s’étalera entre août 2014 et mars 2015. Il ne s’agit pas d’une nouvelle gamme, mais d’un arc narratif assorti de campagnes et de figurines destinées à faire vivre aux joueurs la fin du monde de Warhammer Fantasy Battle, détruit par les forces du chaos à l’issue de l’apocalypse qui avait été prophétisée depuis longtemps. L’objectif est de faire table rase d’un background qu’ils avaient découvert en 1983 avec la première édition, et qui les avait accompagnés depuis, que ce soit à travers les livres d’armées, les suppléments, les romans, ou encore le jeu de rôle Warhammer Fantasy Roleplay. Bien qu’enraciné dans la littérature fantastique, cet univers s’inspirait largement du monde réel (géographie, histoire, cultures, mythes et légendes), à tel point qu’il était parfois qualifié d’« historic-fantasy ». Le Vieux Monde évoquait l’Europe du XVIe siècle, les Bretonniens sortaient des légendes arthuriennes, l’Empire portait le sceau de la culture teutonne et de la mythologie nordique, les Hommes-Lézards et les Rois des Tombes singeaient respectivement les civilisations précolombiennes et égyptienne, et on en passe.

Warhammer_age_of_sigmar_0016Warhammer Battle ne se résumait donc pas à ses affrontements épiques faisant la part belle aux créatures monstrueuses et à une magie dévastatrice ; il y avait aussi tout un « fluff » derrière (= ensemble des éléments scénaristiques du jeu). L’ambiance qui transparaissait des récits, mais aussi des visions de certains illustrateurs comme John Blanche, était celle d’une vieille Europe sombre et crade, à l’identité visuelle très forte (assez proche de ce qu’on peut voir dans The Witcher). The End Times met fin à tout cela. Le cataclysme provoqué par les forces du Chaos emporte l’ancien monde, brisé en une multitude de fragments, mais aussi ses peuples et ses héros légendaires. Du point de vue des joueurs, la perte est énorme. Ce qui les inquiète par-dessus tout, c’est le devenir des races et des factions historiques. Certaines d’entre elles, comme ces Nains annihilés ou ces Hommes-Lézards repartis à bord de leurs vaisseaux-pyramides, semblent vouées à disparaître. Les vétérans craignent de ne plus pouvoir jouer leurs armées constituées et peintes patiemment durant de longues années. Mais comme à son habitude, Games Workshop évite de communiquer, laissant enfler les rumeurs les plus alarmantes comme celle du passage aux socles ronds, qui agite la toile pendant plusieurs semaines.

Un nouveau contexte

Début juin, la firme anglaise se fend tout de même d’un teasing annonçant la sortie prochaine d’un certain Age of Sigmar. On ignore s’il s’agit des prémisses d’une potentielle 9e édition, ou d’un jeu voué à remplacer Warhammer Battle. Les choses s’éclaircissent le 4 juillet avec l’ouverture des précommandes, qui dévoile la boîte de base et lève pour l’occasion un pan du nouveau background.

Warhammer_age_of_sigmar_0003Après la Fin des Temps, après le cataclysme qui emporta le Vieux Monde, après sa dérive à travers l’univers accroché aux restes de la planète brisée, qu’est-ce qui attendait Sigmar ? La formation des huit Royaumes des Mortels interconnectés, dont le lieu et les secrets furent révélés à Sigmar par Dracothion le Grand Drac, prélude à l’Âge des Mythes. Des vies passèrent, des civilisations grandirent, et des dieux marchèrent parmi les hommes. Mais cette ère de prospérité ne pouvait durer à jamais. Les conflits apparurent, dégénérèrent en guerre ouverte, et les dieux sombres virent là leur chance. Le Royaume du Chaos dégorgea d’innombrables légions démoniaques, submergeant et écrasant toute opposition, et ainsi commença pour de bon l’Âge du Chaos.
Malgré ses efforts, qui restaurèrent d’anciennes alliances et apportèrent à son peuple plusieurs victoires, Sigmar lui-même fut contraint d’ordonner un grand exode vers le Royaume des Cieux, le dernier havre, avant de sceller les Portes d’Azyr et d’abandonner les sept autres mondes à leur sort. La vie devint un enfer dans ces Royaumes ; des siècles de tourment s’écoulèrent, et les bastions ceints de crânes des dieux sombres se multiplièrent comme des herbes folles. Le Chaos régnait, et tout espoir cessa. Mais à l’horizon, les nuages s’amoncelaient…
Les grands guerriers de Sigmar, les Stormcast Eternals, ont triomphé de leurs épreuves pour devenir des dieux. Nantis d’une portion du pouvoir de Sigmar en personne, chacun d’eux représente une force conséquente, qui descend des cieux sur des ailes de lumière céleste pour purger par le vide les forces corrompues du Chaos.
L’Âge de Sigmar a commencé.

Warhammer_age_of_sigmar_0002Voilà comment Games Workshop balaie trois décennies de fluff pour donner naissance aux Stormcast Eternals, la nouvelle faction qui conduira la Grande Alliance de l’Ordre dans sa lutte pour le contrôle des Portes reliant les différents mondes. Ce multivers est le lieu d’affrontement de 4 Grandes Alliances : Order, Chaos, Death et Destruction. On retrouve dans chacune d’elles une coalition d’anciennes races de Warhammer Battle qui combattent désormais sous la même bannière. The End Times avait déjà préparé les joueurs à voir les High Elves marcher aux côtés des Dark Elves, mais certains ont encore du mal à l’avaler. Ce qui ne passe pas non plus très bien, c’est l’emploi de tous ces termes anglais dans la version française des nouveaux ouvrages. Pourtant, depuis la sortie du livre d’armée des Wood Elves en mai 2014, on était prévenu : le franglais serait de mise. La plupart des termes spécifiques (lieux, races, types d’unités, capacités…) ne sont plus traduits, dans le souci de verrouiller les droits d’auteur. Aelf, Duardin, Grot et Orruk sont tout de même plus aisés à protéger qu’elfe, nain, gobelin et orque. Le contrôle de sa propriété intellectuelle est une priorité chez Games Workshop, quels que soient les avatars ridicules qu’il engendre.

Une approche sensiblement différente

Warhammer_age_of_sigmar_0001Quoi qu’il en soit, les hobbyistes sont soulagés d’apprendre que la plupart des armées historiques répondent présent à l’appel. Il est certes peu probable qu’elles demeurent toutes jouables dans le nouveau contexte, mais au moins Games Workshop fournit-il, dès le 4 juillet, des « warscrolls » (fiches d’unités) permettant de les adapter à Age of Sigmar – au prix de quelques capacités délirantes qui affublent désormais certains personnages. A côté de cette prévenance à l’égard des vétérans, la société a bien l’intention de promouvoir sa boîte de démarrage qui, outre le matériel de jeu, contient deux forces antagonistes : les Stormcast Eternals de Sigmar aux ailes de lumière descendent affronter les séides du Chaos du dieu Khorne (les Khorne Bloodbounds) afin de reprendre le contrôle des Portes. Ce pitch, qui évoque une lutte des anges contre les démons, laisse une impression de manichéisme guère dissipée par la lecture des premières pages de background. La géopolitique complexe de Warhammer Battle semble avoir laissé la place à un fluff plus accessible, incarné par des héros quelque peu stéréotypés. Ils sont loin, les Prêtres-guerriers sigmarites soutenus par des régiments d’Impériaux à plumes et à moustaches !

Warhammer_age_of_sigmar_0022D’autant que les figurines elles-même adoptent un style épuré assorti d’une direction artistique rajeunie : imposants et musculeux, revêtus d’armures dorées que n’auraient pas reniées les Chevaliers du Zodiaque, les nouveaux Sigmarites évoquent surtout les Space Marines qui plaisent tant aux adeptes de Warhammer 40.000, d’où le surnom de « Sigmarines » décerné par leurs détracteurs. Il faut pourtant reconnaître qu’en dépit de leur apparence un peu kitsch qui ne plaît pas à tout le monde, ces nouvelles figurines sont magnifiquement sculptées (les Khorne Bloodbound ne sont pas en reste). Même constat pour les décors : désormais imprégnés d’une high fantasy qui ne fait pas l’unanimité, ils se révèlent tout de même extrêmement détaillés. D’ailleurs, pour être tout à fait juste, ce n’est pas en soi le nouveau design qui chagrine les vétérans, mais plutôt le fait qu’il représente un signe manifeste du redéploiement des efforts de Games Workshop en direction d’un public plus large et moins élitiste. A ce titre, la présentation des nouvelles figurines sur des socles ronds n’était pas qu’une problématique de modéliste, mais un indice réel sur la direction qu’allait prendre la gamme : le jeu régimentaire, les batailles de masse, c’est terminé.

Un système de jeu recentré sur l’essentiel

Warhammer_age_of_sigmar_0019Dans une brochure diffusée auprès de ses vendeurs, listant les points forts de sa prochaine sortie, Games Workshop précise : « Les nouveaux hobbyistes peuvent se lancer avec une poignée de figurines et agrandir ensuite leur collection. Les parties peuvent être réduites comme massives, selon la volonté des joueurs ». C’est la première caractéristique de Age of Sigmar, qui n’est ni vraiment un jeu d’escarmouche, ni vraiment un jeu de bataille. Le format est laissé à la discrétion des joueurs, tout comme le type de socles qui importe peu, et pour cause : les unités ne sont plus disposées en bloc avec un flanc et un dos ; elles passent toutes en mode « tirailleur » à la manière de Warhammer 40.000. Mais la plus grosse surprise vient des règles, qui tiennent désormais sur… 4 pages. On s’attendait à ce que les concepteurs tranchent dans le vif d’un corpus devenu trop volumineux, mais on imaginait un juste milieu en la matière. Games Workshop a préféré opérer de façon radicale, afin de marquer sa volonté de changement, y compris en matière de distribution puisque ces règles sont désormais téléchargeables gratuitement. Le ticket d’entrée se voit allégé : « C’est un produit pour tout client, il n’a jamais été aussi facile de se lancer dans le hobby ».

Warhammer_age_of_sigmar_0020Ces 4 pages comprennent tout ce qu’il faut pour démarrer rapidement une partie : elles indiquent comment réunir une armée, mettre en place le champ de bataille, déployer ses troupes et combattre. Mais comment diable les concepteurs sont-ils parvenus à épurer autant les règles ? Tout d’abord, en les réduisant aux possibilités générales de jeu, les statistiques et les capacités spéciales de chaque unité étant reléguées dans les fameux warscrolls fournis avec les boîtes de figurines. Ensuite, en simplifiant au maximum le déroulement des tours, ce qui passait par l’abandon de certains éléments qui faisaient leur complexité : adieu les roues, les charges de flanc, le blocage des lignes de vue, les tableaux à double entrée, les tests de psychologie, la fuite… Enfin, en dépouillant au maximum leur rédaction : pas de fioritures, ni d’explications sur les effets croisés de deux capacités dans un contexte particulier. Cette approche ravit évidemment les joueurs en quête de parties plus fluides et plus dynamiques (d’autant que le système d’attaques alternées permet de rester actif pendant le tour adverse). D’autres jugent ces nouvelles règles trop lacunaires, trop floues, trop ambiguës, et estiment qu’elles suscitent au contraire davantage d’interprétation et de débats.

Le narratif au détriment du compétitif

Warhammer_age_of_sigmar_0010Le principal grief des mécontents tient à la façon quelque peu anarchique de composer son armée. Il suffit simplement de rassembler les figurines avec lesquelles on souhaite jouer ; il n’y a plus de valeur en points reflétant leur efficacité sur le champ de bataille. Ceux qui aimaient passer des heures à peaufiner leurs listes en sont pour leur frais. Mais quid de l’équilibrage ? C’est bien simple, ce paramètre semble avoir été le cadet des soucis des concepteurs, et on ne parle pas de laisser-aller, mais d’un positionnement assumé. Tout au plus Age of Sigmar introduit-il un système de « mort subite », permettant à un joueur dont les effectifs sont en nette infériorité numérique de remporter la victoire sur un objectif sélectionné. Malgré cette précaution, rien n’empêche un joueur d’aligner 30 seigneurs vampires face à 30 gobelins. Il faut donc compter sur le bon sens et le fair-play de chacun, voire sur l’élaboration de règles d’équilibrage par la communauté et les organisateurs de tournois (système de comptage basé sur les valeurs en points de vie, restrictions diverses…). Du point de vue de Games Workshop, ce n’est pas un problème : Age of Sigmar n’est pas taillé pour la compétition, c’est une base de jeu qui a vocation à être personnalisée si les joueurs le souhaitent.

Warhammer_age_of_sigmar_0009En réalité, la firme a une autre ambition : remettre au goût du jour les batailles narratives, avec un contexte scénarisé, des objectifs spécifiques, des configurations d’armées prédéfinies et des champs de bataille aux effets particuliers. Disponibles dans les suppléments dédiés, ces campagnes permettent aux joueurs de mettre rapidement en place et de revivre une série d’affrontements épiques sans se soucier de la question de l’équilibrage, devenue caduque. On y trouve, à l’appui, des « battlescrolls » ou listes d’armées préconstruites agrémentées de quelques aptitudes spéciales procurées par la synergie des forces rassemblées. Remettre le narratif au centre du propos est une intention louable. Mais certains hobbyistes objectent que la 8e édition ne les a jamais empêchés de jouer de façon scénarisée, et qu’il est toujours possible à qui le souhaite de développer un contexte étoffé autour d’une bataille. Ces mêmes joueurs estiment donc qu’avec Age of Sigmar, Warhammer se prive d’une partie de sa richesse, à savoir la constitution minutieuse d’une armée, sacrifiée sur l’autel de l’accessibilité. Il est même devenu impossible d’équiper et de personnaliser ses héros. D’où la question légitime : le jeu se montre-t-il aussi stratégique qu’avant ?

Des affrontements toujours aussi tactiques ?

Warhammer_age_of_sigmar_0023S’il est encore un peu tôt pour répondre à cette question, les premiers tests effectués par ceux qui ont voulu donner sa chance à Age of Sigmar laissent entrevoir des mécaniques moins complexes mais pas forcément dénuées de potentiel tactique. Il est évident que la phase de mouvement, qui était devenue trop fastidieuse, est celle qui a le plus souffert des changements opérés. Fini les rounds d’attente ; désormais, tout semble fait pour que les différentes unités se rentrent dedans au plus vite. Certains se félicitent de cette propension à aller à l’essentiel. Il faut pourtant bien avouer que la possibilité de charger à 360° des unités sans dos ni flanc appauvrit le jeu en termes de placement et de manœuvres. Réorienter la charge d’une unité pour exposer son flanc ou la fuir pour la soumettre aux tirs, contourner l’ennemi pour le prendre à revers… Il y avait une véritable richesse stratégique là-dedans. De fait, certaines unités spécialisées dans le contournement ou la redirection deviennent obsolètes. Seule la possibilité de se désengager d’un combat introduit un nouvel aspect tactique qui contrebalance légèrement les coupes opérées. Quant à l’abandon de la psychologie et de la fuite, il serait mieux vécu si Age of Sigmar ne réintroduisait pas de l’imprévisible sous une autre forme.

Warhammer_age_of_sigmar_0007La dimension aléatoire y est en effet plus prononcée que jamais – un aspect ennuyeux dans un jeu où l’on jette déjà des brouettes de dés. Ce reproche tient surtout à l’initiative tirée à chaque round de bataille (qui donne l’opportunité de jouer deux fois consécutivement), à la distance de charge sans base fixe et à la phase de magie encore plus incertaine. Cette dernière, qui se résume à faire mieux que son adversaire sur 2D6, amène à pointer une autre dérive de Age of Sigmar : le manque d’interaction avec le profil adverse. Dorénavant, chaque unité touche et blesse sur un résultat prédéfini, quel que soit l’adversaire qui lui fait face. Les tableaux à double entrée de Warhammer Battle n’étaient certes pas l’élément le plus grisant de l’expérience, mais ils impliquaient une prise en compte des caractéristiques de l’ennemi qui fait défaut à Age of Sigmar (et pas seulement dans les corps-à-corps). Bref, le jeu a tout de même perdu une grosse partie de sa profondeur. En vérité, il suscite une autre forme de stratégie, qui tient dans la possibilité d’utiliser les capacités spéciales de ses unités au bon moment, d’autant que la synergie entre certaines d’entre elles est source de combos. L’optique évoque celle des JCC, sauf qu’ici, il n’y a pas de règles pour construire son deck.

Conclusion : une stratégie payante ?

Warhammer_age_of_sigmar_0006Warhammer – Age of Sigmar représente-t-il un risque commercial pour Games Workshop ? A priori, non. Il fallait bien réagir à l’effondrement des ventes de Warhammer Battle, et même si celles de Age of Sigmar ne devaient pas décoller de la façon espérée, elles ne pourraient mettre la firme en péril tant l’enjeu paraît modeste en regard de l’importance de son produit-phare, Warhammer 40K. Si elle n’entend pas communiquer tout de suite sur les chiffres de vente de son nouveau jeu, la société ne semble pas particulièrement préoccupée par sa réception. Il était évident dès le départ qu’Age of Sigmar serait apprécié diversement. Rafraîchissant pour ceux qui s’étaient lassés du vieux fluff et de l’investissement nécessaire pour mettre en place une partie, repoussant pour ceux qui n’y voient qu’un épouvantable déni de ce qui avait été construit pendant 3 décennies, il n’a pas vocation à faire l’unanimité. A ce titre, Age of Sigmar aurait pu représenter un parfait complément de Warhammer Battle (comme l’ont été les jeux Specialists en leur temps), le principal problème étant qu’il le remplace, rentabilité oblige. Faciliter l’accès au hobby passait par un produit d’appel moins complexe à aborder et à pratiquer (mais aussi moins couteux à traduire), qui puisse susciter l’envie de se procurer et de peindre de belles figurines  qui sont, elles, toujours vendues au prix fort.

Warhammer_age_of_sigmar_0005Car il est là, l’objectif principal de la firme : se positionner avant tout comme un fabricant de figurines. Dans un récent compte-rendu financier destiné à ses investisseurs, Games Workshop estime que 20% de ses clients seulement sont des joueurs réguliers. On comprend mieux pourquoi le jeu lui-même n’est plus vraiment au centre de ses préoccupations. Mais en prenant le parti de se couper de sa base de vétérans, la société ne risque-t-elle pas de perdre bien plus que des clients fantômes ? L’info peut paraître anecdotique, mais on apprenait il y a quelques jours que Kings of War allait remplacer Warhammer sur le circuit des tournois américains, les organisateurs ayant estimé qu’Age of Sigmar n’est pas assez abouti pour y trouver sa place. Voilà une décision lourde de conséquences en termes d’influence sur le marché du jeu de figurines. De manière générale, l’image de plus en plus négative renvoyée par la société depuis quelques mois (politique globale, absence de communication, mépris envers les vieux adeptes) pourrait-elle nuire durablement à sa réputation ? L’exploration de nouveaux marchés et la captation de nouveaux clients suffira-t-elle à combler la désaffection des joueurs qui étaient acquis à sa cause ? Comme on dit, wait & see

Warhammer_age_of_sigmar_0011Quid des jeux vidéo ? Outre Bloodbowl II fraîchement sorti, une dizaine de titres sous licence Warhammer sont attendus d’ici le début de l’année 2016, tous supports confondus. Si l’on ôte les – nombreux – jeux basés sur l’univers de Warhammer 40.000, il subsiste trois titres d’obédience heroic-fantasy : les jeux de stratégie Total War : Warhammer et Mordheim : City of the Damned ainsi que le FPS Warhammer – The End Times : Vermintide. Si ce dernier se base sur l’arc narratif de La Fin des Temps, il reste qu’aucun de ces titres ne se déroule dans l’univers d’Age of Sigmar. Ces projets basés sur le Vieux Monde ont certes été conçus avant la sortie du nouveau jeu de Games Workshop, mais il reste que le timing ne colle pas vraiment avec la volonté de la société de faire table rase du passé et de promouvoir son offre la plus récente.

A voir aussi

24 commentaires

  1. HerrDoktor
    23 septembre 2015 à 16 h 31 min

    Déja de base, ils ont une politique commercial de merde, avec des vendeur bourrin comme pas permis. Faut qu’ils s’étonnent de s’être pris le revers de la médaille!

  2. tktk
    23 septembre 2015 à 16 h 33 min

    destruction d’une super licence, pathétique

  3. Elkantor
    23 septembre 2015 à 17 h 02 min

    Et bien, ravis de voir ce genre d’article ici. Cela fait pas mal de temps que je n’ai pas joué à Warhammer (battle ou 40K). Mes rois des tombes et nécrons/space wolves se reposent tranquillement dans leurs boites depuis 2 ans. Mais là, il est vrai que lorsque j’ai appris cette nouvelle version d’Age of Sigmar, ça m’a dégoûté, alors même que je ne joue plus depuis 2 ans. Déjà à l’époque de la sortie de la V8, je n’étais pas des plus heureux. Mais le temps passant, et les tournois s’enchaînant, j’ai pris un intérêt (plus faible que pour 40K, d’accord, mais un intérêt quand même) pour cette nouvelle version qui voulait surtout vendre de grosses figurines – chaque armée en a eu une – coûtant véritablement un bras. Mais là, cela ne me donne aucunement envie d’y retourner. Et c’est vrai que sur le T3, je vois de moins en moins de tournois côté battle (voire aucun pour Age of Sigmar, ou alors je suis myope). C’est avant tout pour ce côté compétitif que je jouais à Warhammer. Ceux qui savaient le mieux les règles étaient alors considérés comme de vrais maîtres. C’est cet esprit surtout, qui était un véritable moteur pour jouer (et dépenser, pour tester des listes ou simplement les améliorer) qui est perdu. Du moins, j’en ai l’impression.

  4. Karha
    23 septembre 2015 à 18 h 01 min

    J’ai le plus grand mal à ressentir de la compassion pour Games Workshop et ses déboires financiers, n’ayant pas la moindre empathie pour une entreprise qui ne s’est jamais embarrassée d’une quelconque morale concernant par exemple, la gestion de ses points de vente.

    Dans ma ville, la création d’une boutique officielle GW, judicieusement placée en face (!) de l’unique boutique de jeux de rôle des environs, signifia la fermeture de cette dernière: Pour GW, c’était le cadet de leurs soucis que de shunter un magasin généraliste, quitte à provoquer sa faillite.

    Ce qu’ils n’avaient pas saisi, c’est qu’une boutique généraliste, vendant du jeu de rôle, du boardgame, des CCG et des figurines, ça formait un hub local, où des joueurs de tous horizons venaient régulièrement se retrouver, échanger et pourquoi pas, se laisser tenter par de nouvelles expériences ludiques: Un client rentrait attiré par les jeux de rôle, y découvrait l’univers GW, et parfois, était séduit. Ils l’avaient, là, ces crétins, leur apport régulier en nouveaux joueurs.

    Boutiques dont les revenus se basaient principalement sur la vente de figurines, GW ou non (plus de 50% des revenus), et sur les CCG à l’époque (on était à peine sur la fin de la frénésie Magic). Les ventes de figurines chutant radicalement suite à l’arrivée du Hobby Center, la boutique généraliste n’avait plus qu’à mettre la clé sous le paillasson.

    Ce scénario, je l’ai vécu en direct, étant très proche des propriétaires de la boutique en question. D’autres amis, dans d’autres villes, m’ont plus tard raconté le même genre d’histoire, qui semblait se produire à échelle nationale. Un beau gâchis quoi.

    Ensuite, il y a eu l’arrivée du plastique, qui en a mis une couche supplémentaire. Les figurines en plomb étaient de beaux objets, qu’on achetait sans forcément vouloir jouer avec ou même vouloir les peindre, juste pour le plaisir de les exposer. Avec les versions plastique, cet attrait pour le bel objet déclina. C’était certes moins cher de se composer une armée, mais d’un autre coté, une partie de la clientèle n’achetait plus, la version plastique ne séduisant plus autant que son équivalent en plomb (rien que le poids de la boite ou du blister que tu achetais, c’est con mais ça jouait: en mettant 200 francs de l’époque dans un dragon en plomb, en prenant sa boite dans les mains et en la soupesant, tu te disais « ha ouais, j’en ai pour mon fric ». La même avec ton dragon en plastoc, t’avais quand même salement l’impression de te faire entuber quelque part!).

    Enfin, il y avait la gestion de l’univers. Si WH40K avait un univers riche, unique, très typé, son équivalent médiéval-renaissance était lui bien plus convenu (un elfe c’est un elfe quoi, danseur de guerre ou pas, alors qu’un Eldar…). Normal qu’il ait été bien plus dur de se démarquer à partir de là.

  5. Xenofex
    23 septembre 2015 à 18 h 18 min

    Ce qui différencie Battle par rapport à 40K c’est la gestion d’armées composées en régiments.
    Le style de jeu est assez différent au final, même si c’est chiant à manœuvrer et pas très user-friendly.

    Là j’ai l’impression que GW a voulu créer une sorte de W40K med-fan, tant dans le gameplay (socles ronds) que sur l’aspect visuel : sur la boîte on dirait limite du Space Marine contre du Berserker de Khorne (je grossis le trait).

  6. Nico
    23 septembre 2015 à 19 h 23 min

    Article de bonne facture regroupant à peu près les plus gros éléments à retenir sur cette affaire pour les non initiés, pour cela merci bien. :)

    Etant très actif niveau news Games Workshop / Forge World / Black Library, j’ai assisté avec effarement à tout ceci, et des fois des semaines avant leurs annonces officielles. Je suis un fan boy absolu de Warhammer Fantasy Battle et de son univers si riche et si passionnant. Forcément, l’arrivée de cet Age of Sigmar m’a fortement déplu… mais je vais tenter de ne pas trop revenir sur mes diverses invectives formulées sur le net depuis des mois.

    Si je me permets d’écrire ici, c’est pour apporter un petit « complément » à cet article. Quelle est la cible de GW avec cet AoS ? Cela est-il bien étudié ?

    GW se targue dans son bilan financier de vouloir axer sur les adolescents et jeunes adultes, mâles. Or, on remarque quoi dans ses centres Hobby depuis bien des années ? Ce sont devenus de vraies garderies pour enfants de 8 à 13 ans en général. Des ados il y en a un, parfois, des jeunes adultes et au delà, beaucoup moins. C’est l’inverse de quand j’ai commencé Warhammer. L’objectif de GW est d’alpaguer des jeunes nouveaux, ceux qui peuvent acheter pour le moment via leurs parents et plus tard avec leurs propres moyens. Ils se disent surement que les jeunes de maintenant veulent du rapide, pas du complexe avec un gros livre de règle à lire et des tas de figurines à acheter/monter/peindre/faire bouger sur le terrain. Pour ce faire, AoS est plus libre d’accès: avec 15 mecs faciles à monter et peindre tu as ton armée et peut jouer avec 4 pages de règles (le tout via tablettes/smartphones, gratuitement) pour des parties de 30 à 45min max contre plusieurs heures pour du Battle.

    Soit. C’est leur choix, il veulent une nouvelle clientèle à fidéliser et plus facile à accrocher. Mais ils font de grosses erreurs:

    – 46 euros les 5 bonhommes, même s’il n’en faut que 15 pour jouer, cela reste un divertissement de moins d’une heure à un prix important. Pourquoi utiliser 120 € de figurines + encore pour la peinture pour quelques parties alors que l’on peut dépenser une quarantaine d’euros pour un jeux vidéo qui durera plus longtemps (voir multi) ?

    AoS a fait gonfler les prix, c’est encore plus cher qu’avant (fallait le faire !). Il ne me semble pas judicieux d’avoir une telle politique tarifaire si on souhaite avant tout capter un nouveau public, surtout un qui n’a pas encore de revenus propres. Ce n’est pas du tout adapté à la cible. Les jeunes jouant à des jeux de plateau/figurines sont déjà bien trop rare dans notre société, alors si en plus le prix est exorbitant, difficile de se construire une nouvelle audience.

    – Passer d’un univers Historic-Fantasy à un univers type High-Fantasy. Déjà, cela fait fuir la grande majorité des fans de Battle, qui sont quand même là pour la plupart pour le côté à peu près réaliste de l’historique du Vieux Monde. Et ensuite, il faut accrocher à leur nouvel univers basé sur des gros types en armures lourdes dorées à capes bleues qui vont taper des méchants tout rouges à piques. C’est très manichéen, très peu subtile, et surtout déjà vu à outrance.

    Les Stormcast volants font penser aux mecs de Diablo. Leur gamme complète reste plutôt générique, tout en ayant une certaine originalité propre à GW. Mais il faut accrocher, qui va le faire ?

    Les nouveaux ? Peut être.

    Les anciens ? La majorité est là pour un univers fantasy réaliste, sombre, crédible, fouillé.

    Et je ne parle pas de le suppression de 30 ans de background très riche pour quelque chose se résumant à « les gros gentils immortels vont taper les méchants pour récupérer des portes permettant de sauver des gentils plus faibles ». Je caricature, mais pas tant que ça. Et je parle en connaissance de cause, j’ai lu les livres de « fluff » parus.

    – Le look des Stormcast, les fameux Sigmarines. D’après les chiffres sur le net, il semblerait que les Space Marines à eux seuls représentent 50% des ventes de GW. On sait que 40K est en nette avance (40% du CA comme signalé dans l’article) alors que Battle a des soucis. Que faire pour changer ça ? Un génie du marketing à eu une brillante idée: faire de Battle un jeu avec des Marines sans armes à feu et pas dans l’espace !

    Sur le papier, AoS ressemble fortement à 40K. Même le fluff est quasi identique !

    Fondation de 40K, avant l’Hérésie d’Horus => L’Empereur de l’Humanité lançant une croisade avec ses Space Marines transhumains pour reconquérir les mondes perdus lors de la Old Night.

    Fondation de AoS, après la destruction du Vieux Monde => Sigmar Dieu de l’Humanité lançant une croisade avec ses Stormcast Eternals transhumains pour reconquérir les mondes perdus lors de la Long Night.

    Sauf que, les fans de Battle préfèrent une armée de fragiles esclaves skavens en horde qu’une escouade de surhommes en armure lourde. Et les fans de 40k, déjà qu’ils s’en foutaient de Battle, mais là pourquoi aller sur un jeu qui a des mecs comme les Space Marines mais qui n’en sont pas ?

    GW se prive de ses fans Battle et n’arrive pas à convaincre les joueurs 40K. Comment faire pour trouver son public ?

    – La technique de non communication de GW. La fameuse. La seule entreprise multinationale capable de supprimer son facebook/twitter sans rien dire, de fermer ses boutiques, de changer des tas de choses comme ça sans se soucier de la gronde de ses clients. Ils sont forts. Encore, GW aurait bien précisé « on termine Battle, on va mettre un nouveau jeu en place, bla bla bla » pour bien expliquer, je ne dis pas. Mais là, ils ont juste viré les références Battle puis débarqués avec AoS comme ça sans rien dire et « PAF TON ARMEE N’EXISTE PLUS MAIS VIENS ACHETER MES STORMCAST, ILS SONT BIEN TU VERRAS ». On ne sait toujours pas quelles armées seront encore en lice ou non, même ceux intéressée par AoS n’osent pas se lancer de suite sans informations. Or, on s’est tapé 3 mois de sorties sur les Stormcast, puis Khorne, puis on va avoir une pause de quelques temps, puis peut être d’autres sorties (on parle d’une nouvelle armée AoS d’ici la fin de l’année). Tant d’incertitude, pourquoi investir dans un système si je ne sais même pas si mon armée est encore viable ?

    Anecdote rigolote, alors que leur jeu fait un gros bide et une montée de rage énorme sur les forums du web (anglophones, francophones, russes, espagnols, …), ils te font une nouvelle statue dorée au devant de leur QG histoire de bien dire « AoS c’est le futur, les anciens on s’en fout ». Bon, on a vu plus respectueux comme moyen de faire.

    Mais là encore, cela va se retourner contre eux. GW n’a jamais fait de communication efficace, son succès se base essentiellement sur les fans, les vétérans, ayant pour « devoir » de convertir les nouvelles générations. Or là, comme dit plus tôt, les vétérans / fans de Battle sont en très grande majorité extrêmement déçus et mécontents de cet AoS. Qui va dire du bien du jeu ? Qui va conseiller un jeune au détour d’un rayon de commencer une armée ? C’est plutôt l’effet inverse qui risque de se produire « non n’achète pas, GW c’est des voleurs sans aucun respect et AoS c’est nul à côté de Battle ».

    En tournant le dos à ses clients fidèles, ses vétérans, GW s’est coupé de son outil de communication le plus important.

    – Sans entrer dans le détails des règles, qui semblent plus tactiques qu’au premier abord mais nettement moins complexes que pour Battle, il y a vraiment un truc qui dérange. Ils ne font pas d’équilibrages et disent « ba les joueurs n’auront qu’à s’entendre ». Ce ne pas connaître la mauvaise foi de la nature humaine… oui des gens sont sympathiques et conciliants, mais d’autres pas du tout. Déjà sous une forme Battle codifiée, il y avait toujours des malins pour exploiter les règles à outrance et sortir des listes fumées dans le seul et unique but d’écraser le mec en face. Mais là, sans limites, que faire ?

    GW rétorque que grâce à ses scénarios l’affaire est résolue. Super, c’est gentil. Sauf qu’il y a deux soucis, déjà quid des parties comme ça pour s’amuser entre amis de façon non scénarisées ? Et ensuite, et surtout, leurs scénarios c’est bien sympathique mais pour les avoir il faut acheter leurs livres. Or, ces fameux livres coûtent 60 € pour une dizaine de scénarios. Et vu que leur nouveau fluff est construit par étapes comme une série, ils en profitent pour sortir régulièrement des livres avec de nouveaux scénarios pour continuer la trame. En 3 semaines d’intervalles, déjà 2 livres à ce prix pour jouer des parties équilibrées, et cela va continuer. Le manque de cadre dans leurs règles générales est un moyen de pousser les gens à utiliser leurs scénarios, qui vont sortir régulièrement, à un tarif excessif. Si tu veux jouer sans soucis d’équilibrages, il te faut les scénarios, et si tu en a marres de jouer toujours les mêmes, tu paies.

    Et là, on en revient au premier point.

    En cumulant tous ces facteurs, et bien d’autres, on se rend vite compte qu’AoS est un pari très bancale pour GW. Ils se coupent d’une large majorité de leurs clients au profit d’hypothétiques nouveaux arrivants. Alors oui, Battle ne représentait plus grand chose dans leur CA, mais quand même. On parle aussi de leur image dans le milieu de la figurine, fortement dégradée depuis cet été (à une convention aux US, même leurs concurrents n’étaient pas heureux de constater cette chute de GW, c’est quand même la boite qui les a tous inspirés/tirés vers le haut). Si cet AoS fait un gros bide, GW aura perdu 2 ans de développement (temps pour pondre AoS) puis de distribution, et surtout beaucoup de clients. Si cela ne fonctionne pas, ils pourront toujours tenter de revenir avec un Battle V9 mais les gens seront déjà passés à autre chose (King of War notamment).

    Si GW a lancé cette politique, c’était à la base pour relancer ou faire augmenter les ventes auprès de ses clients. Or, un fan fidèle qui se sent insulté, dénigré, mis de côté, trahit, ça n’oublie pas et ça consomme moins/plus.

    1. Karha
      23 septembre 2015 à 19 h 49 min

      Il est énorme, ton post, ça valait le coup de se taper ton pavé. De mon coté j’ai arrêté de suivre la politique de vente de GW depuis 15 ans, mais je constate qu’apparemment rien n’a changé en fait, en tout cas concernant leur politique tarifaire. A te lire c’est même pire qu’avant on dirait.

  7. Kenshikant
    23 septembre 2015 à 19 h 59 min

    Excellent article qui reflète toutes les pensées et conversations que j’ai pu tenir avec des camarades joueurs et les vendeurs du GW que je fréquente.

    Par ailleurs je rejoins complètement l’avis de Nico étant également joueur Battle depuis la V6 et 40K.
    – La politique tarifaire honteuse
    – Les règles simplistes au possible et sans un quelconque équilibrage qui laissent les habitués en mode « démerdez-vous avec ce qu’on vous vend »
    – La communication aux abonnés absents
    – Le lancement d’AOS avec des sorties à la limite de l’insulte.
    – Ce nouvel univers à la prise de risque minimaliste (prenez les spaces marines, ajoutez l’univers Diablo, agitez !)
    – Balayer 30 ans de fluff …

    Je le dis, je suis joueur AOS mais avec une boule au ventre à chaque partie. Il est agréable, entre amis, de pouvoir « scénariser » des parties régulièrement déséquilibrées mais fun à jouer et qui ne prennent pas forcément l’après-midi ou la soirée interminable pour avoir une conclusion. De plus, il est maintenant plus aisé d’initier des personnes à ce jeu. A mon sens, le seul réel point positif de ce jeu …

    Age of Sigmar et Warhammer Battle V9 auraient pu cohabiter pour les nouveaux et les anciens joueurs et ainsi entretenir l’héritage et la notoriété d’un univers extrêmement riche.

  8. Marelle
    24 septembre 2015 à 0 h 01 min

    Déjà, je trouve cet article intéressant et bien écrit.
    Un sentiment fervent et sincère…Un peu parce que le sujet me parle, un peu parce que l’article est factuel…Et puis parce que j’ai senti une pincée de nostalgie dans ces mots.

    Les commentaires suivants sont intelligemment construits, et dégagent aussi un sentiment que je partage, sans trop tomber dans le pathos.
    On est d’accord, c’est pas parce qu’on a connu cette époque (bénie) qu’on est forcément un vieux con qui raconte sa guerre « parce que c’était mieux avant « . Merci de ne pas être tombé dans ce piège.

    Moi pour ma part j’ai une anecdote que je me gardais depuis longtemps, basique mais factuelle, pas très originale mais c’est la mienne.

    Je suis rentré dans une boutique GW dans la ville où j’ai grandi l’été dernier. Dans les années 90 il y en avait pas il a fallu attendre les années 2000 pour en voir s’installer une. A l’époque on allait donc faire nos petits achats chez les détaillants indépendants mais peu fournis en produits GW.

    Aussi, quand je partais en Angleterre en vacances linguistiques entre 88 et 94 , j’avais un carnet de commandes pour les copains entre Warhammer, Manowar Gorkamachin etc..et j’étais un vrai messie à mon retour vous imaginez…
    Sur place c’était le bonheur, on jouait dans les boutiques GW avec les copains français sur des tables de ping-pong recouvertes d’une toile verte et on y passait nos après-midi. On avait les règles en anglais, mais on s’en foutait parce qu’on pouvait se servir en figurines et jouer à tout sur place.
    On jouait aussi avec les gérants qui pourtant auraient pu nous jeter dehors vu qu’on achetait jamais rien.

    20 ans plus tard je rentre dans ce GW de ma ville de naissance que j’appelai tant de mes voeux quand j’étais adolescent.

    Je passais par hasard et je suis rentré par curiosité pour voir les nouveautés et tailler le bout de gras avec des passionnés.
    Le gérant en personne se présente (il n’y avait personne dans sa petite boutique). C’était un jeune d’une vingtaine d’années, pas très taillé physiquement mais un vrai puit de science qui m’a tout de suite traité avec de grands égards pour me vanter les mérites du pack starter Warhammer 40000…

    J’ai essayé pour ma part de lui rappeler au bon souvenir de Bloodbowl afin de savoir si GW allait enfin relancer le concept… Il m’a dit ne pas savoir ce que c’était. Fort heureusement j’étais équipé de ma tablette 4G et je me suis empressé de lui montrer les anciennes boîtes de jeu… visiblement il en avait rien à foutre.

    Il en avait rien à foutre car il ne le vendait pas. Ce qui l’intéressait c’était de m’amener à la table de jeu pour jeter les dès et tester les bienfaits de Warhammer 40000. Croyez le si vous voulez mais après avoir refusé plusieurs fois ces lourdes invitations il s’est tourné vers ma compagne qui souriait mais ne pipait mot (dès, pipés, humour…ne voyez pas plus loin).

    C’est donc elle qui a joué, par politesse et sans rien trop saisir aux nuances. Le jeune gérant en a profité encore une fois pour essayer de nous… Pardon de lui refiler à elle la fabuleuse boîte starter de Warhammer 40000 qui est trop bien.

    Après un quart d’heure de ce petit manège j’ai fait l’homme et j’ai invité ma compagne à tourner les talons dans un grand sourire mais sans trop me confondre en remerciements pour éviter que ce jeune homme essaye à nouveau de nous refourguer sa boîte merveilleuse de Warhammer 40000 avec plein de bonheur dedans.

    J’ai compris ce qui s’était passé bien plus tard, peut-être être parce que j’avais encore trop d’images de mon enfance dans la tête.

    En fait ce jeune gérant n’en avait rien à foutre que je sois un ancien joueur chevronné de jeu de plateau ou un simple badaud curieux… J’avais la tête et l’âge à avoir du fric c’est tout, j’étais le client idéal pour faire un achat compulsif, peu importe si la boîte termine au fond du placard, il aura fait sa marge et c’est son essentiel…Exit la passion, exit le client bien conseillé et satisfait qui devient parfois l’ami… Aujourd’hui ce qui compte c’est de faire du fric, du fric et encore du fric avec le premier gogo venu qui va se sentir bien con avec sa boîte ouverte et aucune aide à la maison…

    L’anecdote s’arrête là et moi je ne m’arrête plus depuis devant la jolie vitrine achalandée d’un GW de peur de voir un gommeux débouler pour faire le camelot, et accessoirement me percevoir comme ce que je suis aujourd’hui pour ces gens là: un portefeuille.

    Drôle d’époque…

    1. Nico
      24 septembre 2015 à 3 h 18 min

      « En fait ce jeune gérant n’en avait rien à foutre que je sois un ancien joueur chevronné de jeu de plateau ou un simple badaud curieux…  »

      C’est exactement cela, et ce depuis bien des années. Hélas. Quand je pense que quand j’ai acheté ma toute première boite de guerriers squelettes à 10 ans, le vendeur avait dit à ma mère « je ne suis pas sûr que ça soit bien adapté pour lui, c’est des règles compliqué, des trucs à monter etc ». Je n’avais pas cédé, et ce fut ma porte d’entrée dans cet univers merveilleux qui me passionne tant depuis 15 ans.

      Or, la dernière fois que je suis allé dans un GW en Septembre 2014 juste au début de The End Times (gros fanboy de Nagash, il fallait que je réserve le coffret), étrangement l’ambiance était toute autre. Je rentrais du boulots, j’avais réservé une commande à retirer sur place. Je vais dans la boutique, le vendeur était en train de jouer sur une table avec 5 ou 6 gamins de 10 à 13 ans. Il m’a vu entrer, je suis allé au comptoir comme il se doit vu que je venais récupérer une commande. Et le mec m’a fait attendre facilement 3 ou 4 minutes comme un gland, sans même m’adresser la parole. Trop occupé qu’il était avec les enfants à leur faire découvrir le fameux starter 40K. Puis finalement il est venu, m’a parlé vite fait, a tenté de me vendre le dernier WD et s’est barré. Comme ça.

      Disons qu’il y a mieux comme façon de commercer avec ses clients. Cela faisait des années que je n’étais pas allé dans un centre Hobby, je ne suis pas prêt d’y retourner. Et pour l’âge, de toute façon, l’année dernière mon CH a changé d’adresse, ils ont organisé cela un Mercredi aprem pour faire le trajet à pied avec les clients. Pourquoi donc ? C’est simple, c’était une horde de gamins de 8 à 12 ans, des dizaines, avec quelques parents, qui ont fait le chemin avec le gentil vendeur pour qu’il leur montre où aller consommer désormais. Cela m’a fait très étrange à voir (via photos, hein, je n’y suis pas allé). Drôle d’époque comme tu dis….

      Et sinon pour Blood Bowl, il y a des rumeurs comme quoi ils vont ressortir une boite type Space Hulk en Octobre/Novembre prochain… Après, attention, cela reste de la rumeur. Mais bon je partage l’info. :)

  9. ExtraLoose
    24 septembre 2015 à 3 h 16 min

    J’aimais bien durant mon adolescence, principalement pour le côté peinture initialement puis embarqué par les batailles assez sympas qui justifient un peu aussi le fait d’avoir des armées peintes au bout d’un moment. A l’époque sur le net « l’Antre de Nurgle » sortait ses premiers « donjons de naheulbeuk » qu’on mettait longtemps à d/l et à savourer, y avait aussi Lelfe, la French Waaagh, L’Auberge du Loup Blanc ♥ et beaucoup de fansites excellents (j’en avais fais un « petit » très moche à l’époque l’Esprit de la Ruche si quelqu’un y est passé un jour coucou ^^) qui n’existent plus pour la plupart.

    Déjà à l’époque la politique GW était très critiqué par les joueurs. Mais il y avait peu d’alternatives et malgré tout une certaine qualité un peu trop revendiqué pour justifier tout et n’importe quoi.

    Je suis retourné il y a peu à la Petite Boutique qui s’occupait de tout ça, qui s’est vu gratifiée elle aussi comme expliqué plus haut par un autre, d’un magasin « rattaché » à GW (pas un officiel). Ce dernier avait du coup une priorité sur l’acheminement des marchandises et exclusivités, réduisant la boutique plus ancienne et généraliste à vendre le « bas de gamme » en gros.

    Après concernant Battle, j’avais commencé par ça mais ai vite basculé sur le 40k qui était je trouve plus débridé et bourrin (et je préfère la SF de toutes façons). Je n’étais pas fan entre autre des régiments. En soit ce n’est pas mal d’avoir fait table… « en marbre » du passé, mais de là à simplifier réellement toute la globalité… Bof ce n’est pas pour autant que ça me donnerait envie de m’y intéresser vraiment à nouveau. Depuis tout ce temps seul le premier Dawn of War avait réussit à me replonger dans l’univers.

  10. Athropos
    24 septembre 2015 à 8 h 48 min

    Je n’ai que vaguement joué à Warhammer dans ma lointaine jeunesse, mais la lecture de cet article était tout de même très intéressante. Et la qualité des commentaires m’impressionnent tout autant, bravo !

Réponse